‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 12 sur 559 · XXII ÉTUDE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

XXII ÉTUDE LITTÉRAIRE

dèle aux instincts natifs de notre râpe, à la mesure, au goût, à la raison, en un mot à cotte logique inconsciente ou réfléchie dont le travail assura victorieusement la précellence du langage français,

Influence exercée par l'Italie

On ne saurait refuser à un peuple le droit d'emprunter à ses voisins les termes qui lui manquent ; c'est un exemple que nous donnent les anciens eux-mêmes ; et si Montaigne conseillait à ses contemporains de puiser à toutes les sources, aux patois provinciaux comme « au jargon de nos chasses et de nos guerres, » le néologisme qui procède d'origine étrangère est légitime! lorsqu'il répond à de» besoins nouveaux qui n'ont pas encore leur expression. Cet importations sont surtout naturelles quand tllet noua viennent d'uucliangu» soeur de la notre, et qui, par conséquent, e'aaoommods à ces analogîetj dont les combinaison» permettent «tut mots de e'aoeUninter et de prendre racine, Mais s'ils sou* transplantée, sans préeautioti, par une indiscrète mntaisie ou par «ne brusque violence, Us ne tardent pas à périr, ou, s'ils végètent, ils ressemblent à eee herbes folles qui ne vivent qu'eux dépens de la moisson, et l'étoufferaient sens 1» main qui les arrache.

C'est ainsi que l'usage et l'abus ee confondirent dune os courent d'iMïTATiOK iTalib*M8 qui, de 1690 à 1176, fut provoqué d*un e6té par les expéditions de Charles VIII, de Louis XII et de François I«§ de l'autre par 1a régence de Catherine de Médiois. Ce mouvement eut done en raison d'être, et l'on ne s'étonnera pat que la Péninsule ait séduit les imaginations par le prestige de tes lettres et de eee arts. Mais bien des travers compromirent est hommage de Juste ad* miration pour les élégances de l'esprit. Parmi ees causes stoen» daim, signalons une peinte de vanitéohe» tous oeux qui se piquaient d'avoir fait campagne nu delà des monts. Ils se donnèrent un air de bravoure en bégayant la langue du peuple vaincu par des équipées chevaleresques. Si Pétrarque et Léonard de Vinci montraient à In France un idéal digne d'éveiller son génie et de charmer son cœur, de fâcheux exemples franchirent aussi les Alpes avec le cortège de la jeune reine que Florence venait de donner au Louvre. Ils ne mirent en vogue que des finesses équivoques, cajoleries et calineries filmes, rodomontades et simagrées, baise-mains et révérences servîtes, mensonges sophistiques, mièvreries, fadeurs galantes, parfums écœurants , en un mot les ridicules ou les vices d'une civilisation ingé-

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nteu» suais corrompue. Cette contagion fut propagée par doux pais» sauces, 1m courtisans et las femmes, qui rivalisèrent de faveur complaisante pour cas grâces artificielles dont les coquetteries ferdé» risquèrent de ravir à nos mesure comme au gentil parler de Villon et de Marot sa verte et naïve franchise. On n'entendit plut que soupira, on ne vit plus que langueurs larmoyantes, dards, torches, carquois, coure embrases et transpercés. Les oouoetti (bisou* Dirent t

Il n'y cet roc qef a'eatendtt leurs voir i

Leu» piteai vers âreat sent mille fois .

Pleurer lés monts, les plaines et les bois.

(Do Bbllot.)

Bref, ce Ait le règne des prtofru* bien avant celui des préo4*m$.

Tandis que l'Italie faisait tourner lei têtes, et que toute la oout •'habillait, ce Coiffait, dansait et saluait à- l'italienne, notre langue s'italianisait, elle aussi. Parmi oes acquisitions, il / en eut de nécessaires. L'architecture, la sculpture, la peinture et la musique noue envoyèrent, avec des colonies d'artistes, l'idiome de leur métro* pôle. Ceci de là que datent tant de vooafeles spéciaux i «reorft, crcM* w/ft, èafeetrv, tatou, oeJdoeirf», eaJo/aJfus, cmrkmeke, — artisan, aq oeroffr, cosfctm», frète. «# , fetieefoi *fpto,-HR«o^Jf,^e4eft'e9 atiHU^ avéamU, arpège, Notons aussi des termes de cour, de plaisir, de ma* rine ou de commerce : offdé, eemtVteJe, ccaWHér, afcerfs , oerreest, brigue, chmrlaUn^ csmacaJ, arlequin, eaftfenea's, — escale, baMmgagH, bourrasque, coaatoft, — bilan, agi», Oencce, banquemuU, Bcmarquons er.core bagne, bandit, brigand, et autres mots dont nous ne revend»» qnons pas la provenance. Mais ce fut surtout l'art militaire qui mit l'Italie à contribution. La chevalerie ayant fait son temps, et ses armes n'étant plus de saison, il fallut bien que le dictionnaire -suivit les progrès de la science; et l'usage adopta baguette, arquebuse, bombe, arsenal, alarme , alerte , tonrflère, bandoulière, barricade , bastion, escalade, escadron, carabine, canon, Colonel, condottiere, escarmouche > estoc, escrime , fleuret, per'tuisane , redoute , soldat , spadassin, brème, brataele, eraveart, orneeene, (wfanurit, et autres mots de même famille. Telle fut la foule de ces nouveaux-venus qu'Henri Estiennc*, ■ ce vray François natif du cœur de la France, » s'écriait avec indi* gitation : « D'icy à peu d'ans qui sera celuy qui ne pensera que la

1. It appartenait à une dynastie d'imprimeurs et de savants français, dont la chef naquît à Paris, vers U70, et mourut en 1520. Son fils fnt Robert <tu* tenr éa T*ewm-H* toque* Mi**> 1503-4659), et «.ère d'i/eeri, qnt eut 1* pa*ùoû de grec (1583 -151)8). On lai doit U première édilion à'Auacrèon, des traduction* de ThéocrUe et de Pimlare, le Traité de la conformité du françois exec le grec (1509), et le Tlieuuraê tlnguts gracs (lMi).

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