Une séparation. 7 Les Prançais ne sortant qa'avec
3. Il y avait eu bien des morts eau- ks honneurs de la guerre, tout armés. «es par la famine. Les haèitants n'a- 8. Ils ne livrèrent pas leurs dravaieut plus à manger que de l'herbe , peaux, mais les déployèrent fièrement des orties et des mauves. Les Aile- devant le vainqueur.
■aida, qui tenaient garnison parmi 9 Montlnc lus à u sàrel6 ^
les troupes de Montluc, ne purent se son monde qtfà £ sienne.
«signer à ce régime, et aimèrent mieux . ... . x .x ,
sortir des murs que de jeûner. Cette *»• Voilà des traite qui peignent
race est décidément vulgaire dans les lûomme*
occasions héroïque*. il* Encore uu généreux souci*
avec lui. tout au long des files, pour garder que personne ne touchât aux Sieunoie; car, quant à. notre bagage*, il était si petit qu'il ne faisait point nombre. Les trois mes* très de camp des Espagnols me vinrent saluer, et tous leurB capitaines. Les mestres de camp ne descendirent point, mais tous les capitaines descendirent et me vinrent embrasser la jambe3, puis remontèrent à cheval et m'accompagnèrent jusqu'à ce que nous trouvâmes le marquis et le sieur Cbiapin, qui pouvaient être à trois cents pas de la porte de la ville; nous noua embrassâmes '; ils me mirent au milieu d'eux « et allèrent toujours parlant du siège et des particularités qui y étaient survenues, noua attribuant beaucoup d'honneur; môme il dit qu'il m'avait beaucoup d'obligation; car, outre qu'il avait appris beaucoup de ruses de guerre ', j'étais cause qu'il était guéri de la goutte6 ; et me conta la peur qu'il avait eue, et le gentilhomme de l'empereur. Gela ne se passa pas sans rire. Je lui dis qu'il m'avait bien fait plus de peur la nuit de l'esr calade e, et que malgré cela je n'étais pas guéri de ma fièvre. Sur quoi je lui dis qu'il avait fait une grande faute d'être venu à moi, comme firent les Juifs pour prendre Nôtres-Seigneur, car ils avaient apporté lanternes et flambeaux, qui me donnaient grand avantage. Il me répondit, haissant la tète , car il était fort courtois : Signor, un* al4r* volta saro piû savio1. Après, je lui racontai que, s'il eût continué sa batterie, il n'en eût pas eu si bon marché; que les Gascons étaient d'une nation opiniâtre, mais qu'ils
i. Bagage dérive de bague, qui si* de toutes les pratiques où excellent les
gnifiait autrefois panels fardeaux. Ce hommes de guerre prussiens,
mot est resté dans la locution : Sertir ,# A ré(JÛ,e de MoQtluo à un pènl vie et bagues sauves. I/ely-
mologie est baga, du celtique bag, pa- &• Il f lit allusion à nn épisode dn
qnet. siége- Montluc avait dirigé le fen de
2. Ott se demande ici où est le vain- son,artlller;e •« ™« maisonnette ocaneur cupée par le général ennemi. L'émo- ™ ' tion du marquis fat telle qn'il fat
3. Il n'y avait entre eux aucune ani- gnéri subitement d'un accès de goutte mosité. — Ce siège ne fut qu'un du l dont il souffrait.
-fffar l'honneur. Mo n 11 uc dit ailleurs de ,
son adversaire : « Il servait son maitre ?; T6 escaIade doat Mo»UuC pou.
et moi le mien : il voulait acquérir de vait P^ler sans honte; car il avait r«.
la réputation et moi aussi. —Le mar- V™&* 1 caillant au péril de sa vie,
qnis de Marignan n'était pas homme à L alta1lie avait eu lien pendant la nniU
se servir d'armes déloyales, de la tra- 7. Monsieur, une antre foi» je serai
bison, de Vespiouuage , du mensonge, plus sage.
étaient de chair et d'os comme les autres» qu'il fallait manger ■. Sur ce propos et autres nous nous entretînmes jusqu'à ce que nous fûmes un mille au delà de Saint- Lazare; et là il dit au sieur Chiapin Vitello qu'il allât à la tête de nos gens, et qu'il parlât au sieur Cabri ' qu'il gardât bien qu'aucun désordre ne se fît, et que, si personne faisait sem* blant de rien prendre du nôtre1, qu'il tuât tous ceux qui y mettraient la main, et qu'il donnât le même ordre au capitaine des trois cents arquebusiers. Et comme le sieur Cbiapin se fut départi de nous *, le marquis m'embrassa, me disant ces paroles en aussi bon français que j'eusse su dire ; « Adieu, monsieur de Montluc, je vous prie, recommandez-moi très-humblement à la bonne grâce du roi; assurez-le que je lui cuis très-humble et affectionné serviteur, autant que gentilhomme qui soit en Italie, mon honneur sauf*. » Alors je le remerciai de la bonne volonté qu'il portait au roi, et des courtoisies que j'avais reçues da lui, desquelles je porterais témoignage partout, et m'en revancherais 6 là où j'aurais moyen de lui faire service. Il m'en offrit de môme, et ainsi nous tournâmes rembras* ser T. Il n'avait avec lui alors que quatre ou cinq chevaux, car tout était derrière en même ordre qu'il avait laissé, et s'en retourna; et bientôt après je repris le sieur Chiapin Vitello, et nous embrassâmes et dîmes adieu.
Nous allâmes à Arbia-rotta, qui est un petit village sur la Tresse (ou bien la rivière môme s'appelle Arbie), et là trouvâmes dix-huit ânes chargés de pain, que le marquis y avait envoyés pour nous le distribuer en passant8; et en baillai une partie aux Siennois, une autre aux Italiens, et l'autre aux Français ; et, passant parmi les Espagnols, les soldats avaient porté des pains tout exprès9, et en don* naient aux nôtres. Je veux dire, au témoignage de ceux qui
1 . Pas de forfanterie dans Montluc. nage hypocrite on la brutalité tndesqne
S. Pour -veiller à ee qu'il n'y eût des ennemis crnl franchirent nos fron-
ancun désordre. tières.
9. Ges gens»U ne volaient pas les 6 . Et lui rendrais la pareille... pendules et les titres de renies ; ils ne £ Embra8ser de nouveau. faisaient pas la guerre comme des usuriers, des juifs ou des bandits. 8. ta guerre était alors humaine e*