XXIV ÉTUDE LITTÉRAIRE
France ait appris l'art de la guerre en l'eschole d'Italie, quand elle verra qu'elle n'use que des termes d'Italie ? » Sans insister davantage, constatons seulement que la philologie reconnaît aujourd'hui près de cinq cents mots ultramontains qui ont encore droit de cité parmi nous.
S'ils méritèrent l'hospitalité, il n'en fut pas ainsi de tant d'autres qui durent être chassés plus tard comme des aventuriers; car l'italianisme devint une fureur dont les excès justifièrent cette protestation patriotique de Du Bellay : « La même loi naturelle, qui commande à chacun de défendre le lieu de sa naissance , nous oblige encore à garder la dignité de notre langue. » Or, on l'oubliait étran gement, lorsque tout gentilhomme bien appris « allait après le past (repas) spaceger (se promener) par la strade (rue) pour y étaler son garbe (tournure). C'était trahir et déserter. Ces raffinés ne s' étaientils pas avisés, pour adoucir la prononciation, de remplacer Vr par le z? 11} disaient les Paziziens et Mazie, au lieu de Parisiens et Marie. C'est de cette manie que nous tenens (pour le dire en passant) le mot chaize, substitué à chaire (issu de cathedra). François I** lui-même avait donné le signal; et nous lisons dans une de ses lettres : « Le cerf nous a menés jusqu'au tartre (tertre)... fanons espérance qu'il y fera beau temps. Pérot s'en est feuy, qui ne s'est ousé trouver devant moy. » Il est vraiment plaisant d'entendre ce promoteur des lettres parler ici comme ces paysans qui , sur notre scène comique, diront plus tard : « Je sommes pour être mariés ensemble. » En face de ces manies, qui n'approuverait la mauvaise humeur d'un poète apostrophant ainsi les Italianisant?
Vous, lourdement barbarisans Qui, y allions, je venions dis tes, N'estes vous pas de bien grans fous De dire chouse, au lieu de chose y De dire j'ouse, au lieu de )'ose?
En la fin, vous direz la guare, Place Maubart, et frère Piarre,
La mignardise et l'emphase furent les suites de cette épidémie qui tût fait ravage si des humanistes vraiment patriotes n'avaient réagi contre ce fléau. L'honneur en revient surtont à Henri Estienne , qui soutint le fort du combat dans son Dialogue du français-italianisé, pamphlet où l'épigramme littéraire est aiguisée par la haine politique. Il y représente, sous les traits de Philausone, toutes les manies que fustige le bon sens spirituel de Celtophile, un Gaulois de race, qui nargue de la belle façon « ces parleurs de baragouin. » Il nous les montre «c escorchant deux langues à la fois » par des quiproquos risiblei qui rappellent Petit-Jean pérorant' sur l'état dépotique et démo*