Après les avoir intimidés, il cher* majeur
ehe à leur rendre du cœur par 11 >sou- % ^ , wf hé8ita<foM rt ^
tenir de leurs exploits passés. Cette ^^7
lettre est d'un homme qui sait parler
autant qu'agir, et maoier habilement 9* ** ■MW«,.«. (Il Utta lu» amonr-
les esprits. propre.)
5. Ne sommes-pous pas des cheva- 10. Aussi sensible i ses intérêts, I sa liers si nombreux que nous pe man- sûreté, aussi prompte à prendre alarme.
bien estre la vostre, mais nêanmoingz ft elle ne preste l'aureille aulx faibles2. Dernièrement que je fus à Liboumej par le commandement du roy, le maire propre du dit Bourdeaux me vint remonstrer qu'ilz avoient en adver-l tissement certain qu'en la maison d'ung gentilhomme, à trois lieues de Bourdeaux, près de la rivière, on avait; faictz un magazin de toutes armes. Et pource que telles nouvelles amènent tousjours malheur s, je priay le procureur général du roy, qui estoit là avec moy, et le dit maire mesme que, sans assembler gens ny faire aulcun bruict, ils se transportassent sur le lieu a Timproviste; s'il y avoit apparence de vérité, soubdain je tourneroys en arrière.
Ilz y furent au partir de moy*, et m'ont mandé n'y avoir trouvé qu'une harquebouze à rouet et deux ou trois vieilles picques. Or ne fault pas trouver estrange ce rapport qui avoit esté faict audit maire ; car à Thoninx *, il me fut dist qu'il n'y avoit que cinq jourz qu'il estoit passé un bapteau • où il y avoit cinq cens picques qui alloient là, et tout s'est trouvé mensonge.
Je vous metz en advant ces exemples , et une infinité d'autres, sy je voullois. Mais je me résoulz tousjourz qu'il n'y a homme en tout le royaume de France qui ausast 7 lever la teste pour faire telle eslévation qui a esté faicte par cy-devant. Et cependant 8 je fais le mîeulx que je puis à faire entretenir les éditz et ordonnances du roy, sans me partialiser • aulcunement pour favorir ny les ungz ni les autres; et par ainsy 10, nous irrons en paix par tout* ceste Guyenne, sans11 ceste querelle particullière, qui est au haut Commenge, où le roy m'envoye.
Et sy vous voulez faire comme moy, vous vivrez en paix et toute vostre cité1*, qui vous sera une louange si grande
1. Nèsnmohu. Dans cette orthogra- 5. Tonneins ( Lot-et-Garonne ), I
phe, on croit entendre une prononcia- 18 kil. de Marmande. tion méridionale. 6. Bateau.
t. A ceux qui accueillent , propa- *• Je «o™1»8 en disant <F™ ne P00*
gent des rumeurs raines ou suseepti- rait T avoir nomme «ttl osâL blés d'émouvoir , d'effrayer les imagi- 8. Interea. nations. 9. Sans être partial, ni favoriser tel
- « . , ou tel.
3. Encouragent les mouvements se- ,n n. ,, AA. ditieux, les ennemis de la paix pn- *;• "e " 80"6* „ . ,.x
%\\qn», **• Sttf celte qnerelle particulière
" & laquelle je vais mettre fin.
t. En me quittant. lî. Ct qui tous sera.
qu'an chacun pourra dire que vous ne méritez pas seulement d'estro cappitoulz, mais de gouverner une monarchie *. Et vous prie croire que toutes ces remonstrances et exemples que je vous metz devant procèdent de l'amitié que je porte à vostre ville, et que je vouldrois que par toute la France vostre renommée fust sy grande, que les magistrats des autres cités vous en portassent envye *•
Et, pour retourner à Partillerye, j'attendz la response du roy et croys qu'il vous mandera de me prester deux couleuvrines que ', à ce que j'ay pu entendre , suffiront. El croy fermement que les chefz de cette querelle ne vouldront attendre leur grande ruyne et perdition. Car, si Sa Majesté avoit envoyé au général faire délivrer l'argent pour faire payer quatre cens arquebuziers, je fusse en chemin4, et ne crains poinct maistre.
Que1 est tout ce que je vous pays escripre, sinon que je me recommande tousjours à vostre bonne grâce, priant Dieu, Messieurs, vous donner bonne et longue vie.
D'Agen, ce dernier de mars 1567.
Votre meilleur voisin et amy,
DE MONLUG
(Lettre originale, Signature autographe; archivée de Toulouse ; communication de M. Roschah, archiviste.)
1. On tent la Gascon parlant à des 8. Qui suffiront. Gascons. 4. Je serais déjà en ronte,
t. Gomme il oonnaU 1* faibli de crainte de trouver moo maître. •es compatriotes! &. Quoi ut q*odt ce qui est
Ufi CLASSIQUES FRANÇAIS
NÔ à Noyon, en 1509, fils d'un procureur fiscal, élevé dans l'Université de Bourges , destiné à l'Église , puis jurisconsulte en même temps que théologien, Jean Calvin finit par devenir le plus puissant organisateur de la réforme religieuse à laquelle il donna son nom. On sait qu'il fit de Genève la capitale de ce protestantisme dogmatique et rigide dont il façonna l'esprit et les mœurs à l'image de son propre génie. Banni de cette cité en 1538 par le parti des libertins, il y rentra triomphalement en 1541, et ne cessa pas dès lors d'y . exercer une diotature omnipotente jusqu'en Tannée 1564, époque de sa mort.
H ne nous appartient pas de juger l'œuvre du docteur qui, selon l'expression de Bossuet, « remua les bornes une fois posées, et se rendit l'arbitre de sa croyance. » Tout en regrettant qu'il ait troublé la paix du monde chrétien , bornons-nous à dire quelques mots de l'homme et de l'écrivain»
Cette grande et redoutable figure ne ressemble point à celle de Luther. Ne cherchons pas dans ses œuvres les accents d'une mélancolie parfois touchante, la fougue d'une verve joyeuse, les explosions orageuses de cette éloquence populaire dont les éclats mirent l'Allemagne en feu.;Il n'eut rien de l'artiste et du rêveur. Son visage osseux et blême, son œil fixe et méditatif, ses lèvres minces, crispées et frémissantes , annonoent le dialecticien froid et bilieux qui ne connut jamais ni le sourire, ni les larmes. Dans le politique vertueux à faire peur qui oréa sa république austère et bourgeoise, on retrouve le légiste nourri de chicane, l'avocat, l'aigre Picard, dont l'unique pas»sion fut l'ambition de convaincre et de dominer. Sa parole stridente, âpre et inoisive, a comme un arrière-goût d'amertume. Sa logique accable l'adversaire sous le poids de syllogismes dédaigneux et "superbes. On comprend que Rabelais n'ait jamais pu souffrir celui qu'il appela « le démoniaque de Genève, » ce sectaire flegmatique dont la vie fut un implacable combat, même contre ses propres soldats. Dur aux autres comme à lui-même, il'ofFrit aux âmes vraiment religieuses le douloureux scandale du persécuté q«i devient perséouteur au jour de la victoire, prêche la tolérance en dressant des gibets., et justifie sa devise : a Je suis venu apporter non la paix , mais la guerre. » Ne fit-il pas périr sur un bûcher Michel Servet, le savant qui soupçonna le premier la circulation du sang? Son regard inquisiteur pénétra jusqu'aux seorets du foyer, jusqu'au fond des consciences. Dans son église, dont les portes furent trop étroites, il était défendu aux nouveaux mariés de danser ou de chanter Se jour de leurs
CALyiN !
noces. H régi» la forme du habite, fixa le» dépenses de la ta*l raterait l'usage de» soulier» à la mode de Berne, fit attacher an pU( un citoyen surpris aveo un jeu de cartes. Il prétendait inspirer vertu par décret. Sa discipline pesa comme un joug de fer. H héril d'épines les voies du salut.
Mais s'il eut le cœur médiocre, parce que la charité lui fit défat respectons la pureté de ses mœurs, la sincérité de son tèle, et surto sa forte intelligence.
Ls plus mémorable de ses titres littéraires est V Institution ek tienne, dont la première édition parut en 153$ , et qu'il transfert Jusqu'à la fin de sa vie, pour en faire le code de ses fidèles. L'ada rable dédicace qui en est l'ouverture, et qu'il adresse à François 1 est un modèle de polémique supérieure. Les quatre livres que ri ferme cet ouvrage traitent : 1° de Dieu, 2° de Jésus médiateur, 3° d if tt$ de cette médiation, 4« des formes extérieures de l'Église. C'est première fois, depuis Commines, que la langue française traite < grandi intérêts, avec l'éloquence d'une passion convaincue. Ferm simple, sobre, clair et pur, son style est une merveille pour cet époque, où l'on ignorait la méthode et la gravité soutenues. Il éi nomise les mots en un temps ou ils débordaient sous la plume d meilleurs. Sa précision et son argumentation nerveuse s'acoordi bien avec la trempe énergique de son caractère. Son expression s pleine, sa véhémence exempte de déclamation, son érudition de p dantisme. Tandis que Rabelais prend les Grecs pour guides, Calv: relève du génie latin, dont il aime la rigueur et l'autorité. Il inai gars enfin le plan harmonieux d'une vaste conception. Il substiti un ordre lumineux aux subtilités captieuses de la scolastique. Mo il ne cherche pas à plaire. Son discours est triste, et ne dit rien i cœur. Ajoutons qu'il confond souvent le raisonnement avec la ni son, U n'en est pas moins un des pères de notre idiome,
PnOVBftTATlOft*
A.u roi de France. *
Vcras ne vous deves ôsmouvoir de ces faux rapports, ] i lesquels nos adversaires s'efforcent de vous jetter en qi ! que crainte et terreur : c'est à sçavoir que ce nouvel Ev i gile, (ainsi l'appellent Ils), ne cherche aultre ohose qu'o< i
t. C'est l'introduction de son însti- sécutions endurées, pour U eau
Htion chrétienne: dans cet eiorde, l'Église nouvelle. Ajoutons que
Calvin reconnaît l'impopularité de la plaidoyer est éloquent, la résigr j
cause qu'il défend , et l'ezpUque par n'est qu'apparente et enveloppe
l'injustice ordinaire à l'esprit de parti, des menaces. On trouve ici un é< .
En prenant la royauté pour juge entre Y Apologétique de Tertullien, ;
la réforme et ses adversaires, Ù essaie avec des sentiments qu eussent
d'émouvoir un arbitre puissant par le voués les premiers chrétien*. tableau de ses souffrances et des per-
sions de séditions et toute 'impunité de malfait ». Car Dieu n'est point Dieu de division, mais de paix 3 : et le fils Dieu n'est point ministre de péché , qui est venu pour rompre et destruire les œuvres du diable. Et quant a nous, nous sommes in justement, accusez de telles entreprises, desquelles nous ne donnasmes jamais le moindre souspeçon * du monde. Et il est bien vraysemblable que nous, desquels jamais n'a esté ouye une seule parole séditieuse, et desquels la vie a tousjours esté cogneue simple et paisible, quand nous vivions sous vous, Sire, machinions de renverser les royaulmes! Qui plus est, maintenant estans chassez de nos maisons , nous ne laissons point de prier Dieu pour votre prospérité, et celle de vostre règne 4. Il est bien a croire que nous pourchassions un congé1 de tout mal faire sans estre reprins : veu 6 (combien que nos mœurs soyent reprehensibles en beaucoup de choses), qu'il n'y a toutes fois7 rien digne de si grand reproche. Et d'avantage* grâces a Dieu, nous n'avons point si mal proufité en l'Evangile, que nostre vie ne puisse estre a ces détracteurs exemple de chasteté, libéralité, miséricorde, tempérance» patience, modestie, et toutes aultres vertus '•
!. De méfait (de mai faire). à Rabelais lui-même, on sera frappé du
S. Calvin ne proche ^toujours par caractère que le chef des réformateur!
l'exemple. a donné * ht P1™6 française. Jusqu'à-
.. lors rien de semblable n'avait para s
S. Soupcm; souspeco* [susptem) »vsnt Calvin, la prose, lorsqn'eUc e«-
est devenu soupepm par la chute de «, M ^ de deTCnir pWoiiqte1i M tnh
pms soupçon par la chute de «. ^ g»enCheTêtrait et ne parvenait
4. Voilà de nobles accents. qu'à devenir obscure en restant vul-
5. Qoe nons pommions liberté de... «*«• Calvin Ini donne le nombre , la Congé vient de commeatus (permission, noblesse, la clarté ; il la décharge d'an autorisation) , qui est déjà eommiatus insupportable bagage de locutions sudans les Capitulâmes de Charlemagne. rannées, d'incidences obscures, de oon-
6. Ici, la phrase se complique d'in- Jetions disgracieuses; d'un seul bond. Cidentes' qui rembarrassent mais rap- " WjWÏ. î ^"^ pellent des origines latines. J*0" î .* ?al lal * ,em dei»od««-
peucu» ue> urigmc» Mimes. ^ ^ ^ ^ wmarqnerf ^ langage,
7. Le mot fois vient de vice (qu'on que nos grands écrivains n'ont fait retrouve dans vice versa). que tremper plus finement et colorer