Tortueuses. 12. Il a le style fanatique
rieure h sa volonté. En un aultre endroit il nous advertit bien à propos que d'esmouvoir question de l'infinité des temps, c'est une aussy grande folie et absurdité que d'entrer en dispute pourquoi la grandeur des lieux n'est aussy bien infinie. Certes, quelque grandeur ou espace qu'il y ayt au pourpris * du ciel, si est-ce encore qu'on y trouve quelque mesure. Si maintenant quelqu'un plaidoit contre Dieu, de ce qu'il y a cent millions de foys plus d'espace vide, ceste audace tant débordée * ne sera-t-elle point détestable à tous fidèles? Or ceux qui contrôlent • le repos d% Dieu, d'autant que contre leur appétit il a laissé passer des siècles infinis avant de créer le monde, se précipitent en une mesme rage. Pour contenter leur curiosité, ils sortent hors du monde comme si en un simple circuit du ciel et de la terre nous n'avions point assez d'objects et rencontres, qui par leur clarté inestimable doibvent retenir tous nos sens, et, par manière de dire, les engloutir4, comme si au terme de six mille ans Dieu ne nous avoit donné assez d'enseignemens pour exercer nos esprits en les méditant sans fin et sans cesse. Demeurons donc entre ces barres auxquelles Dieu nous a voulu enclore , et quasi tenir nos esprits enfermez , afin qu'ils ne descoulent point par une licence trop grande d'extravaguer *. {Institution de la Religion chrétienne, liv. I, chap. xiv.)
Il n'y a vertu si noble ne admirable entre les créatures qu'est celle du soleil. Car, oultre ce qu'il esclaire • tout le monde de sa lueur, quelle vertu est-ce de nourrir et de végéter 7 par sa cbaleur tous animaulx, d'inspirer par ses rayons fertilité à la terre, en eschauffant la semence qu'on y jette. Après, la faire verdoyer de beaulx herbages,
1. Pourpris, habitation, enceinte—, 5. Vagari extra, se perdre hors des
do verbe pourptendre (prendre dans voie*,
son pourtour). 6. On dirait aujourd'hui : Outre qu'il
S. Bord est nn mot néerlandais. Maire.
, M m. 1. Donner la vie à, Calvin a dit
8. Qtntrôle {(mtre-rôle, tes*** ailleurs : « L'esprit avait été éternel
double qui vérifie le rôle original). en Dieu> d'autant qu'il a végété et
4. Voilà nn mot digne de Pascal, conservé cette matière confuse , dont
Engloutir vient de engluttre, absor- le ciel et la terre devaient être formés.»
to [Imt'U., 1. 1, c. un.)
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lesquels il fait croistre,en leur donnant tousjours nouvelle «ubstance, jusqu'à ce que le bled et aultres substances se lèvent en espis ', et qu'il nourrit ainsy toutes semences par ses vapeurs, pour les faire venir en fleur, et de fleur en fruict, cuyiant le tout jusqu'à ce qu'il l'ayt amené & maturité. Quelle noblesse et vertu aussy est-ce de faire bourgeonner1 des vignes, jeter des feuilles, et puys des fleure, et enfin leur faire apporter un fruict si excellent? Or Dieu, pour se réserver la louange entière de toutes ces choses, a voulu , devant que créer le soleil, qu'il y eust clarté au monde, et que la terre fust garnie et parée de tous genres d'herbes et de fruictB*. Par quoy l'homme fidèle ne fera pas le soleil cause principale ou nécessaire des choses qui ont esté avant que le soleil meeme fust créé etproduict; mais il le tiendra pour instrument duquel Dieu se sert pour ce qu'il lui plaist,nonpas qu'il ne peust par de tels moyens accomplir son œuvre par soy-mesme. D'aultre part, quand nous lisons qu'à la requeste de Josué le soleil s'est arresté en un degré l'espace de deux jours *, et en faveur du roy Ézéchias, son ombre a esté reculée de quinze degrés5, nous avons à noter que Dieu, par tels miracles, a testifié que le soleil n'est pas tellement conduiçt par un mouvement naturel, pour se lever et coucher chacun jour6, que luy* n'est le souverain gouvernement pour l'advancer et retenir, afin de nous renouveler la mémoire de ceste faveur paternelle envers nous, qu'il a monstres en la création du monde. Il n'y a rien de plus naturel que de veoir les quatre saisons de Tan succéder partout l'une â Taultre ; toutesfoys en ceste succession continuelle il y a une telle diversité et si inégale, qu'on aperçeoit clairement que chaque an , chaque inoys et chaque jour est disposé en une sorte ouenPaultre par une providence spéciale de Dieu,
Et de faict, le Seigneur s'attribue toute puissance, et veult que nous la recognoissions estre en luy, non pas telle que les sophistes l'imaginent, vaine, oisive, et quasi assoupie, mais tousjours veillante, pleine d'efficace.8 et d'action, et aussy qu'il ne soyt pas seulement en générai et comme en
. 1. Épi (spicns, spica). 6. Ckacm ne s'emploie ploa devant
^ S. De Çurjau, lever, mot germanique, un sohtt&ntif.