‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 14 sur 559 · ET PHILOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ET PHILOLOGIQUE

crite *. Est-ce à dire qu'il proscrive -tous ces intrus auxquels il donne lt chasse? Non; il y a des mots qu'il se résigne à tolérer, entre antres bouffon, poltron et assassin ; car ils ne 'pouvaient , dit-il, naître de notre fonds, et à des mœurs venues d'Italie il fallait bien des termes italiens.

Sous cette polémique, parfois trop injurieuse, on sent du moins battre le cœur du citoyen luttant pro aris et focis. Si les anathèmes sont excessifs, pardonnons ce défaut de mesure aux entraînements d'une raison passionnée. Ces éloquentes satires ne réussirent pas moins contre l'Italie que la Ménippée contre l'Espagne ; et les Alpes, comme les Pyrénées, virent bientôt battre en retraite ces étrangers qui voulaient être maîtres chez nous. Dès lors , affranchi par cette double victoire, notre pays put enfin s'appartenir, et rentrer en possession de sa langue aussi bien que de son territoire. Du tableau que nous venons d'esquisser ressort donc cette leçon, que tout engouement est un danger, que des richesses improvisées appauvrissent une langue, et qu'une nation n'abdique jamais sans péril ses propres

De l'imitation des anciens au XVI* sièole usage et abus

Si les littératures vivantes portent parfois malheur à ceux qui les adoptent aveuglément, c'est qu'elles sont trop voisines de nous pour être jugées par un goût sûr et définitif. Il arrive même d'ordinaire qu'elles nous plaisent surtout par leurs défauts. De là, le caprice qui conduit vers elles une curiosité trop prompte à fêter ce qui paraît neuf. Mais il n'eu va pas ainsi de la littérature antique ; car, réduite à quelques chefs-d'œuvre, et séparée de nous par la distance des siècles, elle a, comme la sculpture, je ne sais quelle beauté impersonnelle et abstraite, qui semble offrir des exemplaires immuables à l'admiration non d'un temps ou d'une école, mais de tous les âges et de l'humanité même. Aussi est-ce la raison pure qui admire ces types à.m art souverain, où s'entrevoit l'autorité des lois éternelles.

Et pourtant, bien que ces maîtres ne nous trompent pas, ils peuvent égarer aussi ceux qui, prenant la lettre pour l'esprit, et transformant les dieux enjdoles, font dégénérer le culte en superstition.

' t. Ici, c'est un grand seigneur qui s'écrie : Oh ! la belle monarchie de cloches ! en voulant dire la belle harmonie ! Là, c'est nn gentilhomme qui demande à toute force que son cuisinier lui fasse manger an plat ri&iveaa appelé épigramma.

XXVI ftTUBB LITTÉRAIRE

C'est ce qu'atteste l'histoire du xvï siècle. Nom y surprenons au vif tantôt le pédentisme d'une érudition qui s'assouvit brutalement jusqu'à l'ivresse, tantôt la féconde originalité d'une émulation indépendante, qui, inspirée par l'étude pratique et intime des modèle», rivav liso au lieu de copier, et finit presque par égaler ou surpasser ceux tout elle croit suivre pieusement les tracts.

Voilà les deux termes sous lesquelles se continua la Benaisesuioe durant le xvV siècle. Nous voyons d'abord se produire une eoolsiatique nouvelle, qui prétend oréor d'emblée la langue française par un coup d'autorité, en lui imposant on dictionnaire grec et latin et une grammaire despotique, où l'ignorance de la philologie multiplia à plaisir 1m règles arbitraire». Telle fut l'ambition de la Pléiade, lorsque, alliant au mépris de notre passé une confiance illimité* dans l'avenir, elle brisa la chaîne 4c nos traditions nationales, et vint trou* blor par sa turbulence la belle économie des principes auxquels obéissait le développement spontané de l'esprit français. £nga*nt l'art en mystère, et la poésie en sacerdoce, oes orgueilleux aappri* mèrent d'un trait de plume la gloire de deux ou trois générationa , et tentèrent de soumettre à leur doote alchimie l'idiome populaire j qu'ils appelaient dédaigneusement un patois néo-latin. Ils crurent ; P enrichir et l'anoblir en s' ingéniant à transvaser dans son vocabulaire si expressif et sa syntaxe jusqu'alors si logique, non-seulement toute la poésie et toute la science des anciens, mais tous les vocables de Rome et d'Athènes, tous les procédés qui ne pouvaient convenir qu'à une langue née de la synthèse. Cette entreprise exigeait un critique, ce fut Joachim Du Bellay ; un poète, ce fut Ronsard.

Tous deux valurent mieux que leurs œuvres. Nous dirons même j qu'il serait injuste de ne voir qu'outrecuidante impertinence dans la présomption de ces enthousiastes qui s'embarquèrent pour leur Atlantide comme à la découverte d'un nouveau Monde. Il y eut là une heure d'espérance radieuse qui laissa de profonds souvenirs dans l'imagination des contemporains ; et l'on ne doit pas oublier que la Défense et illustration de la langue française 1 fut un généreux chant du départ. Mais les promesses ne furent pas suivies d'effets, et les préceptes d'exemples, lorsque Joachim Du Bellay, défiant les anciens et j les modernes, convia les descendants de Brennus à l'escalade du | Capitoîe et au pillage de Delphes, ce cri de guerre ne fut que trop entendu $ car ces conquérants se conduisirent en barbares. Ils saccagèrent les provinces classiques, et, affublés de leurs dépouilles, ne firent que s'enivrer dans le temple d'Apollon.

Mais le bon sens français fut encore ici le plus fort. Il avait eu

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