Forme latine. [Expediebat
5. Entre autres le connétable de *i. Avant que. Montmorency, qui voulait l'écarter des 12. De ce que... m'eût été. conseils, disant : • Les gens de robe „ LUisons ^^ longue ne savent pas conduire les
armes. » 14. L'accent est tout patriarcal*
jamais eu rien de si cher que le bien et le salut du Roy et de ma patrie, et en ce1 me sentant grandement offensé que ceulx qui m'avoient chassé prenoient une couverture 2 de religion, et eulx mômes estoient sans pieté • et sans religion4.
l.En cela, into.
t. Se couvraient du prétexte de...
3. Ce passage est tiré de son testament. Il parle devant la postérité) devant Dieu.
4. D'antres magistrats du zvi« siècle mériteraient aussi de figurer dans ce recueil. Citons au moins ce fragment de Pasquier écrivant à son fils, qui suivait la profession des armes :
« Combien que rostre vie me soit chère, toutefois c'est la moindre partie dont je fais estât. Surtout je crains en vostre charge la foule et oppression du peuple... Je vous prie et vous commande de penser que si vous voulez que Dieu bénisse vos actions, il faut sur toutes choses espargner ce pauvre peuple, qui ne peut mais de la que-
relle, et néant moins en porte la principale charge. Quand je vous recommande le peuple, je vous recommande vous rnesme. Les bénédictions qu'il vous donne sont autant de prières à Dieu, et très-certains présages de nostre bonne fortune pour l'advenir. Les fautes que font les chefs ne sont si grandes d'elles mesmes que d'autant qu'elles traisnent quand et soy une longue queue, parce qne ceux qui sont i leur suite se façonnent sur leur exemple.
Je m'assenre que vous vous souviendrez d'appartenir à un père qui vons aime comme son fils ; mais si dégénérez de la vertu qui vous doit servir de guide, je vons désadvout tout à fait»
Adieu. (1586.) n
Né à Melun, de parents très-pauvrei, qui, chaque semaine, lai envoyaient son pain au collège de Montaigu, où il fut réduit à servir de domestique à de riches écoliers, et à travailler, dit-on, la nuit, à la lneur de charbons embrasés, Amyot devint maître ès-arts à l'âge de dix-neuf ans, et dut à la protection de Jacques Colin, lecteur du roi, une chaire de grec à l'université de Bourges. Sa traduction des Amours de Thêugène et Charielée lui valut bientôt l'abbaye de Bellozane, bénéfice dont le gratifia la faveur de François I«». Après un séjour de deux années en Italie, où il put étudier les manuscrits antiques, il ent l'honneur d'être choisi par le cardinal de Tournon comme précepteur des fila d'Henri II, et fit paraître en 1559, mais sans y mettre son nom, les Pastorales ds Longus, puis les Vies complète* de Plutar que. Nommé grand aumônier de France par Charles IX, son élève favori, il lui dédia les Œuvres morales de Plutarque, aux approches de la Saint-Barthélémy, en 1572. Sa vieillesse fut tristement troublée par la fureur des guerres civiles qui ne respectèrent pas «a retraite pacifique et studieuse. Il mourut dans son évêché d'Auxerre, en 1593, sans avoir eu la joie d'entrevoir le retour de la eoneorde publique.
Traducteur de génie, il fit une riche moisson sur le sol qu'avaient défriché les érudits de là Renaissance. Le succès de ses biographies fut un des événements du siècle. Ronsard lui-même en prit ombrage, t Les beaux d'iots des Grecs et Romains, remémorés par le doux Plutarehus, » mirent en oubli les fades romans de chevalerie que lisait encore la cour dissolue des Valois. En faisant circuler ces trésors de vertus, il épura, il humanisa - du moins un siècle fanatique et corrompu. Ce fut une découverte même pour les lettrés; car si le latin était alors très-répandu, le greo ne comptait encore que de rares interprètes dans le cercle des doctes.
Chez Amyot, le tour d'esprit s'accommode si bien à son modèle que souvent on ne distingue plus l'aumônier de Bellozane du moraliste de Chéronée. Il demeure pourtant si français dans sa métamorphose qu'il semble parler en son nom, ou nous restituer ce qu'il emprunte. 11 est le premier qui ait su développer un talent original dans une œuvre de science laborieuse, sans perdre le charme du naturel, et sans l'étouffer sous l'artifice, comme fit Ronsard. De là vient qu'il donne à son modèle sa propre physionomie. Il le rend plus débonnaire qu'il ne fut réellement, il atténue ses raffinements, il le rajeunit par le fraîcheur de sa diction. En un mot, il en fait le bonhomme Pluiarque. S'il lui prête sa naïveté, n'exagérons cependant pas la
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portée de cet éloge, et l'illusion qui vient ici pour un lecteur moderne de l'effet produit par un idiome "vieilli dont le babillage a comme un air d'enfance.
Tempéré, facile, clair, délié, abondant et familier, son style coule de source. Il est tout égayé d'expressions qui sourient à l'imagination. C'est déjà du Télémaque et du Bernardin de Saint-Pierre, avec plus d'abandon et de grâce pénétrante. Aussi partageons-nous le sentiment de Montaigne disant avec enthousiasme : a Je donne la palme à Jacques Amyot... Nous autres ignorants étions perdus, si ce livre ne nous avait relevés du bourbier. »
AvecFénelon, nous regrettons qu'on ait trop négligé son vocabulaire. Car nous devons une durable gratitude à ce charmant écrivain qui a rendu Plutarque populaire, et que Plutarque a fait immortel.
AHTOT ilTGH «ON MVM
L'histoire a bien sa manière de chastier les meschants par la note d'infamie perpétuelle dont elle marque leur mémoire, qui est un grand moyen de retirer des vices ceux qui autrement auroient mauvaise et lasche volonté, comme aussy est-ce un bien vif et poignant aiguillon aux nommes de gentil * cueur et de nature généreuse, pour les inciter à entreprendre toutes hautes et grandes choses, que la louange et la gloire immortelle dont elle rémunère les bien faisans... Tels livres, d'autant qu'ils sont ornes; de beau langage , enrichis d'exemples tirez de toute l'antiquité, «t tissuz de l'ingénieuse invention d'hommes sçavans qui ont visé à plaire ensemble et à profiter , entrent quelquesfois avec plus de plaisir es oreilles délicates que ne fait pas la saincte Escriture , qui pour sa simplicité, sans aucun ornement de langage, semble commander plutost impérieusement que de suader gratieusement 2... Les vieux et les jeunes y ont une infinité d'advertissemens si notables et certains, que le plus sourd du monde lisant ou oyant un tel maistre, est contraint de baisser le front, 'et donner gloire h la vérité se faisant si bien ouyr en la bouche d'un pauvre payen. On void comme il tient en bride la prospérité, comme il redresse l'adversité, de quelle adresse il retranche les aisles à l'orgueil , à l'ambition , à l'amour des choses corruptibles ; et au contraire, de quelle véhémence il enflamme les lecteurs à la détestation du
1. De cœur noble, bien né. On aime à voir un théologien rendre
S. Que de persuader avec agrément, ainsi justice a la sagesse profane.
AMYOT • Vôi
vice, à l'amour de vertu, et comme il les eslcve hors de ceste vie terrienne *• Considérez un peu comme il esmeut les affection^ et vous ramentevez à vous-mesme combien de fois les discours de ce sage philosophe vous ont irritez contre les meschantes personnes qu'il eschaffaude 2, ont amolli vostre cueur, le fleschissant à crainte, amour et compassion. Car il n'appartient pas à un qui fourvoie *, de redresser : qui ne void goûte, de guider : qui ne sçait rien, d'enseigner : et qui ne veut obeyr à la raison, de commander*.
0B I/BLOQCBÏfCH
Je n'ai pas entrepris de dire ici les louanges de l'éloquence, et par là monstrer comme il est bien séant d'employer quelque estude à l'acquérir ; ello sert elle-mesme de louange aux aultres sciences, et spécialement a la vertu •, qu'on dict n'avoir aultre plus grande ni plus agréable récompense. Aussi n'y a-t-il rien tel que de sçavoir par8 bien dire manier .une multitude d'hommes, chatouiller7 les cueurs, maistriser les volontés et passions, voire les pousser et retenir à son plaisir, et, par manière de dire, en porter l'esperon • et la bride pendus au bout de sa langue.
J'advoue • que c'est grand chose d'amener les hommes par force à la raison que Ton veult ; mais c'est plus de les y conduire de gré l0, sans coup férir, sans perte ni danger,
i. Terrestre. * 5. L'oratenr éloquent est l'honnête
1. Terme de l'ancienne jnrispru- homme « qui ne se sert de la pacojs dence. (Paire monter un criminel nr 1ne P0Tir tla ?*™e> e* de la Penséo téekafaud et l'exposer.) (De cada fat- ^f pour la vente et la vertu. » {faim) nelon')
S. Forts via, hors de la route. 6- Le Yerbe est Pr.is substantivement.
*. n s'adresse ici i Charles IX. Il a 7- De catulliare,' cotultire [titillari,
encore fait i Plutarque de nombreux chatouiller),
disciples, ses lecteurs assidus, qui, 8. L'un pour pousser, l'antre pour
dans les conseils publics, dans les par- retenir,
lements, dans les camps même, ont A . , . ., , , . ,
contribué à faire prévaloir, au terme . \A™f. fa* d™"* "™ 1°
d'une lutte sanglante, les principes de dr0,t ^odal ; on d.saU :« Tav oue un
la modération et de la justice. Son ?e,.Sn.fir' • eMt"M,M/« me vot" à
, "r „ . . AtA itÂmi,A At m lui; y'approuve ses paroles, ses actes.
œutre n'a donc point été stérile, et il \f ,\rmAttMnA MJH)iI JM.„„m „„:.
/ * -~ ♦«. i -f «i««-« ,«,« «,»™,i Do l* Ie second sens d approuver, puis
plus habile et le plus influent, Michel (wacnei.j
de Ypntaigne. 10. Vient de gralum (ce qui plaît).
et à leur contentement. Thucydidcs, jadis excellent personnage en sa république, fut quelquefois enquis par le roy Archidamus, qui estoit plus adroit à la lutte, lui ou Périclès : cela seroit, dit-il, difficile à juger, car aussitost que je l'ay porté par terre avecq* l'adresse et la force de ma personne, il faict croire par son bien dire à ceux qui l'ont veu qu'il n'est pas tombé, et le gaingne sur moi l par le plat de la langue. Or puis que nous avons, comme par préciput2, sur tous les animaux le bien de pouvoir deviser * et discourir entre nous, et doscouvrir noz pensées les uns aus aultres par l'usage do la parole, certes nous en devons faire beaucoup d'estime, et nous fault mettre en peine d'acquérir encor'cest avantage. Car la mesme ebose qui avant toutes aultres nous faict surmonter les bestes , est celle aussi par la vigueur de laquelle nous surmontons les aultres hommes. A vrai dire il n'y a chose plus désirable que parmi une iniinité de personnes paroistre seul, ou avec peu de semblables, sachant 4 mieux faire que les aultres ce que nature néanmoins a ottroié h à tous.
Or y avoît il en la ville d'Antium* un person-nago nommé Tullus Aufidius, lequel tant pour ses biens que pour sa prouesse et pour la noblesse de sa maison , estoit honoré comme un roy entre lesVolsques : et sçavoit bien Martius7 qu'il lui vouloit plus de mal qu'à nul aultre des Romains, poureeque souventefois • es rencontres où ils s'étoient trouvés, ils s'estoient menacés et défiés l'un l'aultre, et comme deux jeunes hommes courageux, qui avoient une jalousie et émulation d'honneur entr'eulx, avoient fait plusieurs bravades9 l'un à l'aultre, de manière que oultre la querelle publique, ils avoient encore chargé une haina particulière l'un contre l'aultre. Ce néanmoins, considérant que ce Tullus estoit homme de grand cueur,et qui désiroit, plus que
1. L'emporte... par le plat de la .., 4. Paraître savoir seul...
comme on dit par te plat de l'épêe. 5. oclroyer (de auctoritare, ac-
S. Privilège vient de prmcipuum : corder),
(principal). 6. Ville an pays des Volsques.