‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 152 sur 559 · Poindre, de pungere, piquer · texte numérisé non relu

Poindre, de pungere, piquer

AMYOT . 4j5

de l'une des bouches du Nil, que Ton appelle Héracléotique lesquels s'arrestèrent illecques * un peu, pour courir2 de l'œil la mer qui bat le pied de la montagne; et aprèz avoir jeté leurveue sur l'eau, voyans qu'il ne se présentait rien à leurs yeux, dont ils peussent faire butin, qui ne cinglast* en haute mer, ils descendirent au prochain rivage, pour veoir aussi s'il y avoit rien à voler; et là, trouvèrent ce qui s'ensuit. Premièrement, il y avoit une nef4 à l'ancre, vuide de gens, mais pleine nonobstant, et bien chargée d'autres choses, comme l'on pou voit ay sèment juger à la veoir seulement de loin, pour autant 8 que la pensanteur de sa charge Penfonçoit dans l'eau jusqu'à la troisième ceinte 6. Au demourant le rivage estoit tout couvert de gens fraischement navrés7, dont les uns estoient déjà tout roides morts, les aultres ne l'estoient qu'à demi ; et y avoit quelques parties de leurs corps qui battoient etremuoyent encore. Ce qui donnoit à cognoistre qu'il n'y avoit guère que le combat estoit, fini. Et n'y virent pas tant seulement les marques et enseignes1 d'un combat, mais aussi les pitoyables reliques du malheureux festin, qui s'estoit terminé en une telle déconfiture : c'est à sçavoir des tables encore toutes couvertes de viandes, et d'autres renversées par terre entre les bras de ceulx qui gisoient estendus sur la place, lesquelles leur avouent servi de pavois* durant le combat, à cause que ce confire t s'estoit faist à la chaude, avec tout ce qu'ils purent trouver sur le champ. Il y en avoit d'aultres qui couvroient entièrement aucuns de ces hommes morts, lesquels (comme il est vraysemblable) s'estoient cachés dessous ; force coupes jetées par terre, dont les unes tomboient encore des mains de ceulx qui les avoient prises, aucuns pour y boire, aultres pour les ruer f0 à la tête de leurs ennemis au lieu de pierres ; car la soubdaineté de l'émeute i! leur enseigna d'user de vaisseaux à boire au lieu de pierres et d'armes offensives. Vous en eussiez veu l'un porté par terre, et fendu d'un coup de cognée, l'aultre assommé d'un caillou pris et amassé au lieu

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