JOACHIM DU BELLAY 4Ô
ceste superbe cité1 romaine, et des serves9 dépouilles d'elle (comme vous avez faict plus d'une foys) • ornez vos temples et vos autels. Ne craignez plus ces oyes* cryardes, ce fier Manlie et ce traistre Camille, qui, soubs ombre de bonne foy, vous surprennent tout nuds comptansla rançon du Capitole ; donnez » en ceste Grèce menteresse • et y semez encore un coup la fameuse nation des Gallo-Grecs. Pyiez-moy sans conscience les sacrés trésors de ce temple delphique, ainsy que vous avez faict aultrefoys, et ne craignez plus ce muet Apollon, ses faulx oracles ni ses flèches rebouchées7. Vous souvienne8 de vostre ancienne Marseille, seconde Athènes, et de vostre Hercule gallique, tirant les peuples après luy par leurs oreilles avec une chaisne d'or attachée à sa langue 9.
De tous les anciens poètes françois, quasi un seul, Guillaume de Lauris, et Jan de Meun 10, sont dignes d'estre leus, non tant pour ce qu'il y ait en eux beaucoup de choses qui se doibvent imiter des modernes, comme u pour y veoir quasi comme une première image de la langue françoise, vénérable pour son antiquité. Je ne doubte point que tous les pères criroient la honte estre # perdue, si j'osois reprendre ou emender « quelque chose en ceux que jeunes ils ont appris : ce que je*ne veulx faire aussy : mais bien soutiens je, que celuy**est trop grand admirateur de l'ancienneté , qui veult défrauder15 les jeunes de leur gloire méritée, n'estimant rien, comme dit Horace, si non ce que
I. Il invite les poètes à rivaliser son continuateur, si connus tous dtux
avec les anciens. par le Roman de la Rose. Du Bellay
l. Servîtes, ou plutôt conquises et ftst décidément ennemi de toute anti-
asservies. qni » il ne îure qne par les modernes»
' * . x. . . n .. , L'enfance de l'esprit français, avec ses
3. Allusion à la prise du Capitole promesses et sesFtraits ch\rmants, lui
par Brennus. faisait ombrage, comme les anciens de
4. Oie (de auca, contraction de avica, Rome on d'Athènes» dérivé de avis). u. (Ji* pour y voir.