‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 210 sur 559 · Pour faire quoil tion · texte numérisé non relu

Pour faire quoil tion

pièce de l'équité. Qui se peult plaindre d'estre comprins où tous sont comprins ? Aussi avez-vous beau vivre, vous n'en rabattrez rien du temps que vous avez à estre mort ; c'est pour néant. '

La mort est moins à craindre que rien, s'il y avoit quelque cbose de moins que rien ; elle ne vous concerne ny mort ny vif : vif, parce que vous estes : mort, parce que vous n'estes plus. Davantage S nul ne meurt avant son heure : ce que vous laissez de temps n'estoit non plus vostre, que celuy qui s'est passé avant vostre naissance, et ne vous touche plus. Où que vostre vie finisse, elle y est . toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace; elle est en l'usage : tel a vescu longtemps, qui a peu vescu. Attendezvous y pendant que vous y estes : il gist * en vostre volonté ; non au nombre des ans, que vous ayez assez vescu *• Pensiez-vous jamais n'arriver là Où vous alliez sans cesse? Encores n'y a-il chemin qui n'ayt son issue. Et si la compaignie vous peult soulager *, le monde ne va-il pas mesme train que vous allez? Y a-il chose qui ne vieillisse quant8 et vous ? Mille hommes, mille animaux et mille aultrcs créatures meurent en ce mesme instant que vous mourez. A quoy faire y reculez* vous, si vous ne pouvez tirer en arrière ? Vous en avez assez veu qui se sont bien trouvez de mourir, eschevant • par là des grandes misères : mais quelqu'un qui s'en soit mal trouvé, en avez-vous veu ? Si est-ce grand'simplesse de condemner chose que vous n'avez esprouvée, ny par vous, ny par aultre.

Pourquoy te plains-tu de moy et de la destinée ? Te faisons-nous tort? Est-ce à toy de nous gouverner, ou à nous toy? Encores que ton aage ne soit pas achevé, ta vie l'est : un petit homme est homme entier, comme un grand : ny les hommes ny leurs vies ne se mesurent à l'aulne. Chiron refusa l'immortalité, informé des conditions d'icelle par le dieu mesme du temps et de la durée, Saturne son père. Imaginez, de vray, combien seroit une vie perdurable 7 moins supportable à l'homme, et plus pénible, que n'est la vie que je luy ay donné. Si vous n'aviez la mort, vous me

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