ET PHILOLOGIQUE XLV
Mais ce qu'elle ne fit pas fat opéré peu à peu,' sans secousse, par ce besoin de simplicité qui est une de nos aptitudes natives. Daps cette œuvre logique, les maîtres du grand siècle eurent une part de collaboration efficace. Leurs exemples méritaient trop de faire loi pour ne pas forcer la main aux plus récalcitrants. Aussi la troisième édition du Dictionnaire, en 1740, prit-elle le parti de remplacer enfin par nn accent V* étymologique dans tous les roots qu'il embarrassait {lé te, honnête, apôtre). Elle sacrifia de même le d muet, dans avoué, avocat, aventure, etc. C'était capituler; mais elle s'en consola tant bien que mal, en maintenant la diphtongue oi pour ai, malgré des protestations qui dataient déjà de bien loin; car, en 1675, un certain Bérain avait proposé d'abolir cette forme désagréable i mais on s'était moqué de sa requête. Voltaire, lui-même, eût beau Tenir k la rescousse; en dépit de son prestige, sa plume toute puissante contre des institutions ou des croyances respectables échoua contre nn monosyllabe qui narguait son ironie. Il fallut la Révolution de juillet et la chute d'une dynastie, pour que l'Académie consentit à sanctionner l'inévitable. En 1835, elle enregistra dono ce que sa bonne volonté ne pouvait empêcher.
En grammaire comme en politique, les partis extrêmes sont vaincus d'avance. Leurs surprises ont toujours un lendemain, et, tôt ou tard, ils cèdent la place à l'autorité des faits ou du sens commun. Assujétir. l'écriture aux lois de la prononciation, c'eût été déclasser les mots, et falsifier cet air de famille qui est oomme leur état civil. Soumettre la prononciation à l'écriture, c'était plier l'usage à des servitudes dont la raison lui échappait trop souvent , parce qu'elles ne furent pas toujours raisonnables. Entre ces deux excès, le tiersparti se fraya ses voies par un esprit de conciliation qui modéra la turbulence des novateurs, sans lés heurter de front. Se conformant à la prononciation, toutes les fois que les lettres étymologiques étaient muettes, il réussit ainsi, sans fracas et insensiblement, à réduire de plus en plus les lettres doubles ou parasites, c'est-à-dire les difficultés inutiles ou rebutantes; Tout en tenant un compte suffisant de l'étymologie, il ne négligea point les dérivations qui peuvent la modifier légèrement^ c'est ainsi qu'il fit bien de maintenir ps dans corps, moins à cause du latin corpus que par égard pour les dérivés corporel ou corporal, d'une part, et corsage, corset, corselet de l'autre. Sans doute, il ne put remédier à toutes les anomalies dont étaient responsables tant de révolutions successives. Il toléra, par exemple, les contradictions qui nous font écrire abafis et abattoir, charretier et chariot, coureur et courrier, consonnance et dissonance, aplanir et applaudir, apercevoir et approuver ; que sais-je cncore ? — Mais r°r" thograpbe composite que produisirent ces transactions est, à tout
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prendre, un compromis sage qui satisfait le plus grand nombre. Or, il est remarquable que cette dernière réforme l'a ramenée de plue en plus vers les tendance* instinctive* qui précédèrent la Rejutiatactoe, et par conséquent le xvi» siècle. C'est que tout fleuve détourné de sou cours finit par renverser «as digues, et retrouver aa pcete natal» relie.
Conelusion
Des chapitres qui précèdent tirant quelques ooneluséons, Plue tm pratique intimement la langue française , plus on s'assure que se* mutations ont leur logique* Tout ce qui répugnait à son génie, «lie finit par le repousser. Tout ce qu'il Autorisait, elle fiait par foser , en dépit à%Ë injonctions qui prétendirent le défendre. Or, on qu'elle aime surtout, c'est la clarté. Voila pourquoi elle a répudié les tours qui n'étaient qu'un embarras au un piège, en particulier lea enlaeexnents de la synthèse, les ellipses et les inversions rbroées. Elle a ée plus en plus dégagé la phrase des obstacles qui la compliquaient. Elle a combattu l'équivoque dans les constructions comme dana Us mots. Aussi, les Traies fautes de français sont-elles les maladresse* qui rendent le discours pénible ou obscur*
Ce principe sera pour nous une lumière i il est plus infaillible qaê les règles des grammairiens, dont les contradictions firent des eeep* tiques, marna nu XVi' stèole, si j'en juge par ces vers de Philippe Lenoir «
Qui se Jje en si grwamsirt S'abuse manifestement !
Elle serait bien longue , en effet, la série des échecs eubk pet- «es législateurs qui disent 4 l'usage t « Tu n'iras pu plus hua. » Ce droit qu'Us s'arrogent, ils ne l'ont pas. Qu'il leur suffise d'emfegie* trer, de classer et d'expliquer les laite accomplit, c'est-à-dire ctm» sacrés par l'élection populaire et l'autorité des grands écrivais» % qui seuls, comme les souverains, ont le prWilége de frapper a leu* effigie la monnaie courante. Ce n'est pas que le langage échappe) 4 l'obligation d'obéir a des lois. Mais de toutes celles qui le régissent, la plus impérieuse est peut-être la nécessité du changement; «** tout ce qui vit étant par essenoe ondoyant et divers, la mort seule réduit les choses à «us apparente immobilité. Ce serait donc «lier contre la nature que de rêver pour la parole humaine je ne aeia quelle perfection stetionnaire. Elle refléter» toujours les vioissitudes des instincts, des sentiments, des idées ou des besoins qui, ehes les peuples, se modifient sans «esse aveo les temps. Elle ne sera doœ
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jsm» Asae daûai*iire«*n4, n'ta déplaise aux dûiéaaa« d'an go* trop exigeant qui' n'accepte, dans la fortuit littéral» d'an* nation, %*'aa iièii«t at, dans ot sieels, qu'un petit noua» d'élus.
An lieu de nous appauvri/ ainai da no» propre» suais», mieux ?«at reconnaît** 4»* abaque époque a la valeur ai aa beauté. A «a Utoe, la» écrivain» du xvr siècle méritaient, entra tous, d'être l'on* j«t de aa» étude» ; car, ai la jour est venu où il asl urgent da renouveler une eéve qui menace da «'épuisar « la remède la plu» cffîeaao sera da recourir, non pas aux Beauaae, an» Piunarsais ai aux Vaug«las> mai» à «as maître» qu'on pourrait appeler la» paras da notre laague» C'est à leur* exemples qu'il £»ut demander la secret da uette Tertu créatrice qui répare les pertes du" vocabulaire par da» acquisitions durables. Leurs fautes mêmes furent féconde», et leurs témérités étaient des conquêtes.
Mais ce sera surtout parmi les prosateurs que nous chercherons des guides. Car la poésie fut trop souvent alors un art de caprice éphémère et variable, une distraction d'érudits, un ornement des cours, un exercice d'école ou une parade académique. Elle n'exprimait pas d'idées générales, ou, si parfois elle l'essaya, la. mémoire et non la conscience en fit seule les frais. Elle répétait des lieux communs, au lieu de penser par elle-même. Elle fut un écho, non pas une voix. De là une indigence qui, du fond», allait à la forme , et que déguisèrent mal des ambitions aussi bruyantes qu'impuissantes. De là, tous les mécomptes de la Pléiade ; «'imaginant qu'on enrichit une langue par des procédés artificiels, elle apprit, à ses dépens, que les mots doivent se tirer de l'âme, du cœur et de la raison. Voilà pourquoi ses coups d'audace n'eurent pas d'avenir. A ces rhéteurs et à ces ouvriers malhabiles, le bon sens refusa ce qu'il accordait à des penseurs et à des artistes. Ce qui parut bonheur chez les uns fut réputé gaucherie chez les autres. Aussi , la prose seule représente-t-elle à cette époque la vraie mesure de l'esprit français. Rabelais et Calvin, Amyoi et Montaigne, voilà les classiques du xvi" st'écU. A ces chefs du chœur, il convient pourtant d'associer les plumes secondaires qui firent alors plus que dans les âges suivants œuvre d'utiles auxiliaires. Car l'initiative personnelle avait le champ plus libre en un temps si favorable à l'indépendance des talents et à l'originalité des caractères. N'oublions pas non plus qu'une part de gratitude est due à la royauté , dont les destinées se sont toujours associées parmi nous à celles de notre langue , depuis Charlemagne jusqu'à Louis XIV. François Ier n'a^t-il pas contribué singulièrement au crédit du français, lorsque, par trois ordonnances datées de 1522, de 1529 et de 1539, il en prescrivit l'emploi dans les actes publics et privés? Il octroyait ainsi des lettre de noblesse à la langue des