Caillets. » Nom d'un chef de *»*»* Boucher
paysans révoltés sons le roi Jean. 6. « Spélunque. » Caverne.
f LA SATIRE MÉN1PPÉE 259
• ser! Tu n'as pu supporter une légère augmentation de ! tailles et d'offices, et quelques nouveaux édits qui ne f t'importaient nullement ; mais tu endures qu'on pille tes / maisons, qu'on te rançonne jusqu'au sang, qu'on emprisonne tes sénateurs, qu'on chasse et bannisse tes bons citoyens et conseillers ; qu'on pende , qu'on massacre tes principaux magistrats : tu le vois et tu l'endures l ! tu ne l'endures pas seulement, mais tu l'approuves et le loues, et n'oserais et ne saurais faire autrement. Tu n'as pu"! supporter ton roi débonnaire *, si facile, si familier, qui s'était rendu comme concitoyen et bourgeois de sa ville, qu'il a enrichie, qu*il a embellie de somptueux bâtiments, accrue de forts et superbes remparts, ornée do privilèges et exemptions honorables. Que dis-je ? pu supporter! C'est bien pis; tu l'as chassé de sa ville, de sa maison, de son lit! Quoi chassé? tu Tas poursuivi! Quoi poursuivi? tu l'as assassiné, canonisé l'assassinateur •, et fait des feux de joie de sa mort ! Et tu vois main* tenant combien cette mort t'a profité ; car elle est cause qu'un autre est monté en sa place, bien plus vigilant, bien plus laborieux, bien plus guerrier, et qui saura bien te serrer déplus près, comme tu as, à ton dam*, déjà V expérimenté.
Je vous prie, messieurs, s'il est permis de jeter encore ces derniers abois1 en liberté, considérons un peu quel bien et quel profit nous est venu de cette détestable mort , que nos prêcheurs nous faisaient croire être le seul et unique moyen pour nous rendre heureux. Mais je ne puis en discourir qu'avec trop de regret de voir les choses en l'état qu'elles sont, au prix qu'elles étaient lors. Chacun avait encore en ce temps-là du blé en son grenier, et du vin en sa cave ; chacun avait sa vaisselle d'argent, et sa tapisserie et ses meubles.6; les reliques étaient entières; on n'avait point touché aux joyaux de la couronne; mais maintenant qui peut se vanter d'avoir de quoi vivre pour trois semaines, si ce ne sont les voleurs, qui se sont en-
4. Il y a là imitation visible *deaCa- 4. A tes dé peu a. De damnvm, perte. HHnaires. 5. Abois est le cri du chien. Le cerf
1 « Ton roi débonnaire. » Henri III est anx a}ois quand il est serré de de Valois. . près par la mente.
%. V assassin , Jacques Clément. 6. C'est le cri dn bon sens bourgeois.
graissés de la substance du peuple, et qui ont pillé à toutes mains les meubles des présents et des absents? Avonsnous pas consommé peu à peu toutes nos provisions, vendu nos meubles, fondu notre vaisselle, engagé jusqu'à^ nos habits pour vivoter bien chétivement? Où sont nos salles et nos chambres tant bien garnies, tant bien dia-ï prées'et tapissées? Où sont nos festins et nos tables! friandes? Nous voilà réduits au lait et au fromage blanc ,| comme les Suisses; nos banquets sont d'un morceau dej vache pour tous mets. Bien heureux qui n'a point mangé j de chair de cheval et de chien , et bien heureux qui a toujours eu du pain d'avoine, et s'est passé de bouillie de son vendue au coin des rues f, aux lieux qu'on vendait jadis les friandises de langues, caillettes5 et pieds de mouton! Et n'a pas tenu à monsieur le légat, et à l'ambassadeur Mendosse 4, que n'ayons mangé les os de nos pères, comme font les sauvages de la nouvelle Espagne.
Peut-on se souvenir de toutes ces choses sans larmes et sans horreur? Et ceux qui, en leur conscience, savent bien qu'ils en sont cause, peuvent-ils en ouïr parler sans rougir et sans appréhender la punition que Dieu leur réserve pour tant de maux dont ils sont auteurs? Mômement, quand ils se représenteront les images de tant de pauvres bourgeois qu'ils ont vus par les rues tomber tout roides morts de faim ; les petits enfants mourir à la mamelle de leurs mères allangouries6...; les meilleurs habitants, et les soldats marcher par la ville, appuyés d'un bâton, pâles et faibles, plus blancs et plus ternis qu'images de pierres, ressemblant plus des fantômes6 que des hommes; et l'inhumaine réponse d'aucuns, môme des ecclésiastiques, qui les accusaient et menaçaient, au lieu de les secourir ou consoler! Put-il jamais barbarie ou cruauté pareille à celle que nous avons vue et endurée? fut-il jamais tyrannie et domination pareille à celle que nous voyons et endurons? Où