‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 268 sur 559 · Extase («0x0*1;, ravissement d'esprit sorti de lui-même · texte numérisé non relu

Extase («0x0*1;, ravissement d'esprit sorti de lui-même

5. «De Genève, où il s'est retiré, dit M. Lenient, d'Aubigoé prête encore l'oreille aux bruits qui viennent de France; il recueille, avec un malin plaisir, les épigrammes sur la Reine- Mère, sur Goncini et sa femme, les édite, et les amplifie an besoin.

On demande à quoi sont utiles Conehine et force antres eneor ; Philippe en eût pris des villes ; Ce sont des ânes chargés d'or.

Fidèle aux affections comme aux inimitiés de toute sa vie, il solde un arriéré de médisances rétrospectives.

C'est aux nouveaux venus surtout qu'il en vent. Il toise cette race de* pygmées qui vient prendre au soleil la place de ses pères. 11 ne croit pas plus au cou-

rage qu'à la probité de ses petitsneveux. Il rit des escarmouches do Pont-de-Cé, de la Valteline et du Val- Saint-Pierre, pompeusement ornés do nom de batailles, jeux d'enfants, à côté des tueries épiques de l'âge précédent. Pourtant; quelques années encore, et ces bambins dégénérés enfonceront à Roeroy les vieilles bandes espagnoles. Mais d'Aubigné ne s'en doutait pas. Il déteste d'instinct le Zfn« siècle. Pouvait-il en être autrement ? Que fût devenu le hardi gentilhomme en face de Richelieu et de Louis XIV? Eût -il pu se résigner â incliner sa tête blanchie devant la robe d'un cardinal, ou à révérer comme un demi-dieu le petit-fils du maître dont il avait été toute sa vie le serviteur et pas un jour le courtisan. •

Issu d'une ancienne famille de Savoie, né au château de Sales, voué à Dieu par sa pieuse mère, Françoise de Sionas, il fit ses études au collège d'Annecy, sa rhétorique à celui de Clermont, sa philosophie en Sorbonne. Élevé comme un gentilhomme, docteur en droit et en théologie, puis conseiller au sénat de Cbambéry, il n'eut qu'une ambition, celle de se consacrer à l'apostolat religieux. Des missions, que suivirent des conversions nombreuses opérées parmi les calvinistes du Chablais, lui valurent en 1596 l'honneur d'être nommé, malgré lui, coadjuteur de l'évêque de Genève, auquel il devait succéder.

La situation de cette pauvre église semblait désespérée, lorsque, se jetant au milieu des infidèles, il réussit à relever la croix daus les baillages recouvrés par le duc de Savoie sur les bords du lac. Ce fut le mérite de son éloquence et de sa vertu.

Vers 1602, il vint prêcher le Carême à Paris dans la chapelle du Louvre, et « ses sermons » eurent tant de retentissement qu'Henri IV voulut, par ses offres séduisantes, fixer en France un prélat dont l'esprit modéré pouvait servir utilement ses projets de pacification. Mais ce fut en vain ; François de Sales aima mieux rester catéchiste populaire dans l'humble diocèse auquel il rendit son unité perdue. Il y mourut à cinquante-cinq ans, consumé par un zèle que sanctifia l'Église.

Son œuvre principale fut Y Introduction à la vie dévote, qui parut en 1608, et ne tarda pas à être traduite dans toute les langues. En un temps où la piété n'avait pas encore eu son prédicateur mondain, il en réconcilia les pratiques avec les grâces de la politesse. Son art fut de rendre la religion familière, domestique et accessible à tous les courages. Il fît pour elle ce que Montaigne avait tenté si heureusement pour la morale et la philosophie jusqu'alors renfermées dans les écoles, parmi les docteurs rébarbatifs. Il « emmiella » le vase pour apprivoiser les farouches. Il sema de fleurs la route du salut, qui paraissait être toute hérissée d'épines. Aussi ne cherchez plus dans les œuvres de l'aimable prélat les aspérités de la controverse. C'est par ruse, adresse et patience qu'il s'insinue dans les coeurs ; c'est par la grâce, par la sienne, qu'il captive les esprits. Que de touchantes paraboles, quelle délicatesse d'analyse, quelle science des âmes, que de solidité sons ses légères broderies 1 Un air de joie et de divine allégresse anime sa parole. Il y eut en lui de' l'Amyot et du Join ville, mais transfigurés par une lumière qui éclaire et réchauffe, parce qu'elle part d'un ardent foyer.

Toutefois, ne dissimulons pas ses défauts. On voit bien qu'il fut contemporain de VAstrée. Il y a trop de gentillesse dans oe style tout fleuri de métaphores et d'images, du reste simples, cueillies chemin faisant, et naissant pour ainsi dire sous ses pas, sur les bords de son lao transparent, dans sa riante vallée d'Annecy.

Les lettres à Mme de Chantai sont un des plus précieux monuments de l'esprit chrétien au xvii* siècle. Voilà bien l'intime entretien de deux âmes sœurs. Les juger en littérateur serait ne pas comprendre cette suavité toute mystique , cette alliance rare d'imagination et d'onction, cette abondance de cœur, cette oharité d'une tendresse qui téraphhe, parfois avec une sorte de verve lyrique. L'excès en serait périlleux ; mais sous ces transports on retrouve l'équilibre du bon Bons, et l'on aime les ravissements de cette âme où la sainteté fut visible.

Quelques gens de marque1 m'ont averti que certains livres ont esté publiés sous les seules premières lettres du nom de leurs auteurs, qui se trouvent les mesmes avec1 celles du mien; aussi quelques-uns ont estimé que ce fussent besognes * sorties de ma main, non sans un peu de scandale de ceux qui ouidoient * que je me fusse détraqué6 de ma simplicité pour enfler mon style de paroles pompeuses, mon discours de conceptions mondaines, et . mes conceptions d'une éloquence altière ou bien empanachée6. A ceste cause, mon cher lecteur, je te dirai que comme ceux qui gravent ou entaillent sur les pierres précieuses, ayant la vue lassée à force de la tenir bandée sur les traits déliés de leurs ouvrages, tiennent très-volontiers devant eux quelque belle esmeraude 7, afin que, la regardant de temps en temps, ils puissent récréer • en son vert et remettre en nature leurs yeux allangouris : de mesme en ceste variété d'affaires que ma condition me donne incessamment, j'ai toujours de petits projects de quelque traité de

1. Personnages constitués en dignité. Détraquer, c'est faire perdre à un-ehe-

t q val sa bonne allure.

. -, . ... . . 6. Jolie expression. « Villars a le

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raeraud pour forcer le gibier ou le rabattre. 8. Reposer. Sens fatl*.

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