Sophiste. Gargantua n'avait pas 15- En fac
encore l'expérience des méthodes ah- 16. En sorte que {ita ut).
très Lien endoctriner * par Aristoteles, qui pour lors estoit estimé sus * tous les philosophes de Grèce. Mais je vous dy qu'en ce seul propos que j'ay présentement devant vous tenu à mon fils Gargantua, J3 cognoy que son entendement participe de quelque divinité; tant je le voy agu *, subtil, profond et serain. Et parviendra à degré souverain de sapience, s'il est bien institué. Partant, je veulx le baillera quelqu'homme sçavant, pour l'endoctriner selon sa capacité. Et n'y veulx rien espargner*.
• 1. -ÉDUCATION VIS GAUGANTUA
Gomment Gargantua f«t institué par Ponocrates • en telle discipline, qu'il ne perdoit heure du jour.
Quand Ponocrates cogneut la vicieuse manière de vivre de Gargantua, délibéra aultrement l'instituer es lettres; mais pour les premiers jours le toléra •, considérant que nature n'endure mutations soubdaines, sans grande violence. Pour donc mieulx son œuvre commencer, supplia ung sçavant médecin de celuy temps, nommé maistre Théodore7, à ce qu'il considérast si possible estoit remettre Gargantua en meilleure voie. Lequel le purgea canonique-
1. Rendre docte. Ce mot a maintenant le sens défavorable à' enjôler.
t. Far-dessus.
S. Aigu, fin.
4. Rabelais ajoute : « De fafet, l'on luy enseigna ung grand docteur sophiste, nommé maistre Thubal Holoferoe , qui luy apprint sa charte (son A B C) , ai bien qu'il la dlsoit par cueur au rebours t et y feut cinq ans et trois mois; puis luy leut Donat , le Facet, Theodolet, et Alanus in paraboles , et y feut treize ans , six mois et deux sepmai nés. — Mais notez que, cependant, il luy apprenoit à escripre gothicqnement , et escripvoit tous ses livres. Car l'art d'impression n* estoit enoores en nsaige.— Et portoit ordinairement ung gros escriptoire, pesant plus de sept mille qnimaulx, duquel le g n al i m art {étui à plumes) estoit aussi gros et grand que les gros pilliers de Enay (abbaye à Lyon) : et le cornet y pendoit à grosses chaisnes de fer, à la c:pac:*6 d'un tonneau de
marchandise.— Puis lui leut De tnoâi$ signifieandi avecqne les commente de Hurtebise, de Fasquin, de Tropditeuz, de Gualehault , de Jehan le Veau , de Billonio , Brelingandus et ung tas d'aultres; et y feut plus de dix-hniet ans et nnze mois. Et le sçut si bien que, au coupelaud (à f examen) y il le rendait par cueur à revers. Et prouvait sus ses doigts a sa mère que de modh significandi non erat seientia.
Fuis leut le compost où il feut bien seize ans et deux mois , lorsque ton dict précepteur mourut. »
$. navo< , travail, xfaw, je commande.
6. Il est sage, en matière de réformes , de procéder, comme la naturo, doucement, et sans soubresauts ni brusques secousses.
7. Par le nom grec de ce médecin, Rabelais donne à entendre que ce fut nn don de Dieu si Gargantua fut mis enfin sous d'autres maîtres que ceux qui jusque-là lui avaient gâté l'esprit et corrompu les mœurs.
RADBLalS 11
ment1 avec Elébore d'Anticyre9, comme faisoitTimothée», et par ce médicament luy nettoya toute l'altération et perverse habitude du cerveau *. Par ce moyen aussi Ponocrates luy fît oublier tout ce qu'il avoit appris soubs ses antiques précepteurs, comme f ai soit Tiraothée à ses disciples, qui. avoient esté instruicts soubs au 1 très musiciens. Pour mieulz ce faire, l'introduisoit es compagnies des gens sçavants, qui la estaient, & l'émulation desquel z luy creust* l'esprit et le déBÎr d'estudier aultrement, et se faire valoir.
Après, en tel train d'estude le mit qu'il ne perdoit heure quelconque du jour : aine tout son temps consomment en lettres et honneste scavoir. S'esveilloit donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant9 qu'on le frottait, lui estoit leue quelque pagine * de la divine Escriture haultement1 et clairement, avec prononciation compétente à la matière, et à ce estoit commis un jeune page, nommé Anagnostes *. Selon le propos et argument de ceste leçon, sou ventes fois s'adonnoit à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu ,0 : duquel la lecture montroit la majesté et jugements merveilleux... Son précepteur répétoit ce qu'avoit esté leu, lui exposant les points plus obscurs et difficiles'*. Eux, retournant, considéraient Testât du ciel**, si tel estoit comme l'avoient noté au soir précédent : et quels signes entroit •> le soleil, aussi la lune pour icelle journée. Ce faict w estoit habillé, peigné, testonné *», accoustré " et
i. Selon l$i règles. . S. Pendant qus.
t. Ellébore d'Anticyre. On s'en par- 7. Page, pagina.
geait le cerveau ponr mieux vaquer à 8# 4 ^ai,te voix l'étoda. Pline , 1. XXV, e. «v, et
Aaln^eUe, 1. XVII. c. xt. 9' *~t»~™ tectc tr'
t. Qnlntillcn, 1. II, e. n, rapport* «0- #«0 «i par rontine; tout par
que ceux qni voulaient que ce fameux raison et nature.
musicien leur enseignai la musique h. Comparatif pour la superlatif,
étaient obligés de lui donner an don- Latinisme autrefois très-fréquent,
ble salaire", s'ils avalent déjà reçu , ....
nomie.
d'ailleurs quelque teinture de cet art,
parce que Timothéo commençait par
leur faire oublier ce que d'antres mai- 13. Ce verbe est encore actif i Ceux
très leur avaient appris. qui èttlent entré» le elou II an est