‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 347 sur 559 · Le demandeur porte plainte · texte numérisé non relu

Le demandeur porte plainte

I. Le même sentiment anime cette . «„„ M - it%„a Atan¥ An M-M

autre moralité , dont l'anteur est le J'JZnT[ ï„Ji EtîSl P '

mari de madame de la Sablière : n7?htDt# a ?»'ef e»drf- .

J , . , . . 5. Ce mot vient de lital. ciarlatano.

Rica ne dnre si p*o que le tempe des p a - -. ,.. v „ •■•""»•

"^ ^ [,JrSï 6- De mereatum (lien où l'on vend}.

La frits, l'engouement, la beauté, la jeu- 7. De oWoloç, Calomniateur.

On a bientôt perdn te qui fait la tendresse ; 8' ****** ^Y eal"il personne...

Il ne rwte que repentira; 9. I)e rem (chose).

THÉODORE DE BËZE

Né à Vezelay, dans le Nivernais, joyeux enfant de la Bourgogne Théodore de Bèze menait une Vie de plaisirs, et s'annonçait comme un émule d'Ovide ou de Martial, lorsqu'une maladie dangereuse, l'influence de son ancien maître, Melchior Walmar, professeur de droit à Orléans, et la lecture de la Bible le détournèrent des dissipations d'nne jeunesse frivole, et le jetèrent brusquement clans le parti de la réforme. S'éohappant de Paris, il s'enfuit à Genève, et ne cessa pas dès lors de mettre sa parole ou sa plume, sa prose ou ses vers au service d'une cause dont il devint l'oracle après la mort de Calvin. Professeur de littérature latine et grecque à Lausanne, nommé recteur de l'Académie fondée à Genève en 1559, il assista au colloque de Poissy et à la bataille de Dreux, 11 présida au synode 4e la Rochelle, et joua un rôle actif dans toutes les querelles religieuses avec l'ardeur d'un apôtre ou la violence d'un sectaire. Au sein même de son église, ce prédicateur de la tolérance ne poussa-t-H pas le fanatisme jusqu'à justifier le supplice de Servet? Il avait prédit la chute de la papauté, et, dans sa longue vieillesse, put assister à la résurrection du pouvoir qu'il jugeait anéanti.

Sa verve polémique rappelait la furie toute française de la cavalerie huguenote chargeant à Dreux, sous les ordres de Conde. Malgré sa fougue et son âpreté, il eut pourtant ses heures d'apaisement, ou du moins de joviale humeur; par exemple, lorsqu'il composa son pamphlet maoaronique du Pauatant, éclat de rire où Semble retentir la gaieté de- Rabelais.

Orateur, diplomate et théologien, ce grand batailleur rat respecté de ses adversaires. On disait de lui, à Genève t s Mieux vaux être en enfer avec Bèze, qu'en paradis avec Calvin. » Parmi ses disputes et ses négociations, il trouva le loisir d'être poëte. Les rigueurs du Parlement ayant imposé silence aux Confrères de la Passion et aux Enfants sans souci, le lieutenant de Calvin ouvrit asile dans le camp de la réforme à des genres proscrits par ses adversaires. Ce fut alors qu'il composa le Sacrifice d'Abraham. Ce mystère ramené aux proportions du drame antique, fut offert comme un modèle d'héroïque résignation aux exilés volontaires qui avaient renoncé aux douceurs de la famille et de la patrie pour rester fidèles à leur foi.

Par cette ébauche de tragédie chrétienne, où circule une inspiration toute mystique, il se rattache aux novateurs de la Pléiade, et S droit à l'attention des lettrés *,

1. Guillaume Guéroult avait fait sur Bèze, fépigramme qui suit : la Traduction des Psaumes , par de Qui de iiarot «t de Bin le» un

THÉOBORE DE BÈZB

MMmMMAM «ACaiMAKT*

Uonologum de Satan

BATHAN,

Je vay, jô vien, jour ot nuiot je travaille, Et m'est advia en quelque part que j'aille Que je ne pers ma peine aucunement.

Règne le Dieu en son haut firmament l Mais pour le moins la terre est toute à moy; Et n'en desplaise à Dieu ny à sa loy, Dieu est aux oieux par tes siens honoré : Des miens je suis en la terre adoré *. Dieu est au ciel : eh bien, je suis en terre. Dieu fait la paix, et moy je fais la guerre. Pieu règne en haut : eh bien, je règne en bas. Dieu fait la paix, et je fay les débats8,

Yandr&holsir pour les meilleurs élire, Tool fafen choisi de long et de travers, Dire il pourra, en Tes écoutant lire:

Ceux de Marot, c'est d'Amphlon la lyre, Ou du die a Pan le flageol gracieux ; Hais eeux de Bèze nn franco i s vicieux, Rade et contraint, et fâcheux à merveille, Donne à Marot le lanrier gracieux ; A Bèze, qnol? de Hidas les oreilles.

Th. de Bèze riposta par cette réponse :

Un certain esprit de travers Trovve mes vers rudes et verds, Fâcheux et eofttraints à merveilles, Donnant le laurier précieux A Marot, dois et gracieux ; A moy, de Ifldes les oreilles* Asne envieux, j'ay bien appris De donner à Marot le prix; Mais quant est des oreilles miennes, Ponr les changer qu'esMI besoin De chercher an Mldas si loin? ' Ne sçais-ta pas où sont les tiennes ?

1. Le sacrifice d'Abraham «it plutôt un long dialogue qu'une tragédie. Les interlocuteurs sont Abraham, Sara, Itaat, une troupe de bergers, l'Angn et Satan. La première édition est de 1551.

Au début de la pièce, Sara bénit le ciel de ses bienfaits;, et surtout du

bonheur d'être mère qui lui est accordé dans sa vieillesse; cette reconnaissance, qu'accompagne un cantique célébrant la gloire du Trèt-Hant, est pathétique dans le voisinage de la tragédie qui s'apprête, et dont elle ignore la deuil cruel.

C'est alors que parait Satan, sous le froc d'un moine. Dans le choix de ce costume , on reconnaît les haines dn sectaire qui a composé ce drame au moment ou un arrêt du parlement tenait d'abolir les mystères au milieu des guerres religieuses. Satan représente ici le traître qui se propose de perdre Abraham. Cette scène a le ton de la comédie* Elle est inspirée par les passions qu'a suscitées la Ligue et la Saiut-Barthélemy.

2. Il y a des analogies entre le Satan que voici et celui de Milton Dans les deux poètes, le prince des ténèbres s'obstine en sa rébellion , se proclame Dieu de la terre , et pourtant cruit ati Dieu do ciel , en cela moins coupable que l'athée, osant nier son créateur et son père.

3. Il veut dire : Je fais la guerre, les luttes entre les hommes.

Dieu a créé et la terre et les cieux :

J'ai bien plus i'aict, car j'ai créé les dieux».

Dieu est servy de ses anges luisans :

Ne sont aussi mes anges reluisans2 ?

Tous ces vauriens, ces gourmans, ces ivrongncs.

Qu'on veoit reluire avec leurs rouges trongnes*,

Portant saphirs et rubiz les plus fins,

Sont mes supposts, sont mes vrais chérubins.

Dieu ne feit onc chose, tant soit parfaicte,

Qui soit égale à celui qui l'a faicte :

Mais moy j'ay faict, dont vanter je me puis,

Beaucoup de gens pires que je ne suis.

Car quant à moy, je croy et sçay très-bien

Qu'il est un Dieu, et que je ne vaux rien *.

Les adieux*

ABRAHAM, SARA, ISAAO.

SARA

Nous avons cest enfant seulet* Qui est encore tout foiblet, Auquel est toute l'asseurance De nostre si grande espérance.

ABRAHAM

J'espère en Dieu 7.

1, Les dieux du paganisme. Seigneur, me pardonnerae-tu T

Héla» 1 donne-moy la vertu

t. N'ai-je pas aussi mes anges? D'accomplir ee commandement.

4. Satan a le mérite de la franchise. Me veux tu donc mettre si La»?

. A. Hélas 1 mon filx, hélas! hélas !

5. L'Ange est venu annoncer a Abra- p^ qael bout doJ.je commencer! bam la volonté du Seigneur; La chose vaut bien le peuer.

Ton fllz bien aimé, Il se résigne donc, et annonce à S.ira

Ton fils unique I*ac nommé, son départ, sans lui en faire connair*

Par toy soit mené jusqu'au lies ]& WttBm Compare* ia situation aux

Surnommé la myrrhe de Diea. ^ analogues d'IpAfcé»* (dans Ra-

La, devant moy, tu l'offriras, rwuw» ««•» e> r v \

Et tout entier le brusleras. Cl ne).

Au mont qne je te monatreray, 6. Sara a de vagues craintes. Sa ien-

Abraham a répondu : ***** «" ici *»* ^irgeois. ***

„ . ... , , . , . l'expression, mais bien touchante.

Brasier 1 brasier! je le feray. »•***»« »

Mai., mon Dieu ! ai caste nouvel,, 7. n v a la des réticences d'un grand

Ma semble fasebeus* et oouveUe, effet.

THÉODORE DE BfiZE 381

SARA

Laissez-moy dire.

Dieu se peut-il jamais dédire ?

Partant, asseurée soyez

Que Dieu le garde, et me croyez.

SARA

Mais Dieu veut-il qu'on le hazarde?

ABRAHAM

Hazardé n'est point * que Dieu garde*

SARA

Je me doubte de quelque cas.

ABRAHAM

Quant à moy, je n'en doubte pas1.

SARA

C'est quelqu'entreprise secrette.

Mais telle qu'elle est, Dieu Ta faiote9.

SARA

An moins si vous sçaviez où c'est.

ABRAH\M.

Bientost le sgauray, si Dieu plaist.

SARA

Il n'ira jamais jusques là*.

Dieu pourvoira à tout cela.

SARA

Mais les chemins sont dangereux.

ABRAHAM

Qui meurt suivant Dieu est heureux6.

1. Ce que. Voilà une sublime ré- préfère beaucoup Abraham à Agamemponse, où la foi et l'espérance Rallient non.

i Ja résignation. 4. irait naïff et tout maternel, dans

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