‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 372 sur 559 · P. DE RONSARD · texte numérisé non relu

P. DE RONSARD

iS«-1585

Issu de race hongroise, né en 1524, an château de la Poissonnière (en Vendômois), page du duo d'Orléans, puis de Jacques Y, roi d'Ecosse, où il passa trois années, attaché à Lazare de Balf, notre ambassadeur à la diète de Spire et au capitaine de Langey, en Piémont, Pierre de Ronsard avait traversé mainte aventure, lorsqu'à dix-huit ans, pris de surdité, il se renferma dans le collège de Coqueret pour écouter les doctes leçons de Turnèbe et du principal Daurat. On raconte qu'il demeurait à l'étude jusqu'à trois heures après minuit. En se couchant alors, il réveillait le jeune Balf qui, «se levant et prenant la chandelle, ne laissait pas refroidir la place.» On était en pleine ferveur de renaissance. Durant sept années, il épuisa la bibliothèque grecque ou latine, et en dévalisa toutes les richesses. Sa langue « magniloquente et haut tonnante » faisait pressentir en lui « un Pindare et un Homère. • îl voulait être prête; il le fat. Aussi, vers 1549, quand éclata le manifeste de son ami du Bellay, cette Marseillaise de la Pléiade naissante, put* il reparaître à la cour, enrichi des dépouilles antiques, et précédé d'une réputation qui devînt un véritable triomphe, lorsqu'il eut publié, coup sur coup, sonnets, élégies, épithalaraes, odes, comédies ', tragédie», épopée* *< en un mot, des essais dans tous les genres que notre Muse enviait aux Anciens.

Jamais renommée ne fut plus bruyante. On l'écoutait comme l'oracle du Parnasse. L'admirer était une note de grand savoir : car ne le comprenait pas qui voulait. Peu s'en fallut que, de son vivant, il n'eût ses interprètes et glossateurs, comme Dante après Sa mort La ville de Toulouse lui lit hommage d'une Minerve en argent. Au milieu des guerres civiles, Belon, célèbre botaniste, ne sauva sa vie qu'en faisant valoir sa parenté aveo le grand Monsieur de Ronsard. Charles IX ne voyageait pas sans lui. Elisabeth offrit un diamant su maître dont la lyre avait célébré sa belle rivale, Marie Stuart, reine et captive. En 1571, le Tasse se fit honneur de lui être présenté. Sa surdité même faillit devenir un signe de vocation poétique. 11 fut de mode d'avoir l'ouïe paresseuse, quand on prétendait aux faveurs d'Apollon. Tous les grands hommes du siècle lui payèrent tribut d'éloges, depuis l'Hôpital jusqu'à Montaigne qui l'opposait à l'antiquité tout entière. Rabelais seul osa rire en face de l'idole ; mais il ne refroidit pas un enthousiasme qui alla jusqu'à estimer que la ha-

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