I. Traduction du Plutut d'Àrisko* 1. La Franciade. phaoe
ËONSARD 4ii>
faille de Pavie perdue le jour de sa naissance avait été compensée par Un tel événement. Aussi, quand il termina, par une mort qni fut lin deuil publid, une Vie qu'on pourrait appeler une longue ape* théôse, seà louanges retentirent aussitôt dans toutes les langues ha* mairies.
Comment se fait-il donc que ce prtiice des poitee et oe ponts d*$ yrincèi tiô survive plas à son immortalité viagère, et que le Capitol* dit été pour lui si voisin de la Roche f arpéienne ?
Nous pouvons dire qu'il n'a mérité ni cet excès d'honneur, ni cette tndt0*tftl«Pour être juste envers son œuvre, rappelons-nous ce qu'était devenu Vëëprit gaulois égaré dans le labyrinthe de l'allégorie, ou affadi par les mignardises d'une puérilité laborieuse. Disciple de Marot, Saint-Gelais n'avait réussi qu'à émousser la malice du maître et amollir sa grâce. Commencée par les subtilités seolastiques, lit décadence se continuait parlé badinage enfantin de là ballade et du rondeau. Aussi comprendrai qu'une génération forte et nourrie de l'antiquité ait pris en pitié cette misère. Pour en finir avec la routine^ fallait un vigoureu* coup de collier, une sorte d'assaut livré par une école épHSô d'une haute ambition, et Confiante jusqu'à la té* mérité. Toutes les dévolutions sont violentes, et ceux qui ss* font n'eti profitent pas.
Tel fut le rôle et le son de la croisade dont l'oriflamme avait été le manifeste de tft* IWfoy, et doht Ronsard était le héros. Les réformateur* de la Pléiade * eurent leur idéal. Hs.Voulurentdoter la FraUcé* du latttter épique, lVfiaUi oti tragique, et rivaliser aveu Pétrarque» Pindare, Homère, Sophocle s Visée généreuse, mais que trahirent leurs forces.
Avouons en effet les mécomptes qui suivirent. Oui, Ronsard tfé* bûcha sur son trépied. Oui, la trompette héroïque fatigua sa voix essoufflée. L'ironie a beau jeu contre les illusions d'un génie op<* primé par une érudition indigeste et pédantes^Ue. Il plia sous le poids des trophées qu'il rapportait de la Grèce et du Latium. Il y eut de la sénilité * dans ses tentatives de rajeunissement. Il prit
I. Daifrat, Jafflyn, du Bellay, ïtemy £t tondrait tout (Ton coupàoMlf hors de la
Balltfttt, Étïennè Jodelle» PontflS de . ■ lboBd«»
T» inrd Ardente, impatiente, et n'a point de repos
x :uara. pe g«euflerj «j'écumer, de jaillir à gros flots,
S. Ajoutons qu'après son accès de Tant que le froid hiver loi ait dorapié sa
fougue première , Ronsard vieillit , et (forée.
se cû8M prématurément. 8a poésie sem- Rembarrant sa paiisaoce aux berceaux d'une
blait tenir à 1* chaleur du saflg, et se .. , , , tÔCotce
refioidit ave* l'âge. Il en eut con- ^^^^JS* uw*
j i j- -a i • v Bouillonne oans nos cœurs. • • • scieuee, quand il disait à son ami Jean
Gailaud, principal du collège de Bon- Vers la quarantaine, il n'eu fut plus
court : ainsi :
Comme on volt en septembre au tonneaux Nos lauriers sont séchés, et le train de Sot
[angevins [ven
Bouillir ea éenmant la }eaneese des vins, Se prétests & nos veux boitens et de travers;
Qui, «bande en son berceau, à toute forée Toujours quelque malheur en marchant tee
[gronde, [retarde.
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il(J CLASSIQUES FRANÇAIS
l'emphase pour la noblesse, l'ardeur du savant * pour du feu sacré, l'imitation pour linspiratiou. L'ivresse de la renaissance lui monta au cerveau. Il fait souvent grimacer un style qui croit être sérieux ; des notes criardes que sa surdité n'entendit pas blessent les oreilles fines. Dans l'étalage de ses trésors, il y eut la morgue d'un parvenu. Il osa l'impossible, en s'ingéniant à créer d'emblée, et par brutale importation, une? langue improvisée que notre tempérament devait repousser. Pour grossir son vocabulaire, il usa de procédés artificiels qu'il tirait seulement de sa mémoire/et non de sa raison ou de sa sensibilité. Ne s'avisa-t-il pas do recommander la lettre B comme vraiment épique, « et faisant grande sonnerie ou batterie au vers ? »
Toutefois, si sa poétique, comme plus tard celle du romantisme, n'a pas tenu toute ses promesses, et fit plus de bruit que de besogne, reconnaissons que ces vaillants eurent le courage d'une foi résolue. En arborant leur drapeau, ils donnèrent du moins de beaux exemples. D'autres aborderont à ce nouveau monde qu'ils entrevirent à l'horizon nuageux. Mais c'est quelque chose d'avoir enhardi le goût public, remplacé la tradition du moyen âge par celle de l'antiquité, et provoqué des réformes salutaires dont les promoteurs furent les victimes.
Ronsard a dono des droits à un souvenir d'estime. «Ce n'est pas un poëte bien entier, disait Balzac, c'est le commencement et la matière d'un poëte. » Ses plus cruels ennemis furent peut-être ses disciples, je veux dire ces maladroits imitateurs qui s'abattent comme des mouches sur les endroits gâtés. Libre traducteur des anciens, il réussit du moins à « dénouer la versification naissante », suivant l'expression de Fénélon ; il dérouilla le vers héroïque, rencontra l'ode par hasard, eut le sentiment du rhythme, sut enchaîner des strophes, assouplit l'alexandrin, inaugura des genres inconnus de nos pères, excella mente dans l'élégie et la chanson. Car AnacréVn le servit mieux que Pindare ou Homère. Parti pour la conqr^te de Rome et d'Athènes, il revint de son expédition rapportant simplement quelques fleurs dont le parfum dure encore. Nous lui devons enfin l'école de Malherbe que la sienne avait rendue nécessaire, mais qui lut excessive dans ses rigueurs. Comme l'alchimie et ses folies profitèrent à la science, les audaces aventureuses d'un génie incom-
JU .comme par dépit la Muse le» regarde. poésie, il n'en futjama.s arcuiledc. i
Malherbe disait aussi : AJ0"tons pourtant que Chapelain k
poète de la Pucelle, fait bien triais
néttrm le repea a ees vieilles années figure auprès de Ronsard.
Par qui le sang est refroidi :
Tout le plaisir des jonraest en leurs mati- Il fat si grec et si latin qu'il disait'
[nées,
La nait e«t déjà proche 1 qui passe midi. Les Français qui met vers liront,
il se mit à sa Franctade. Chapelain ui- 0„.UB fêUai Wx eotw Iea aûm tait de lui : %Ce n'est qu'un maçon de
plet et trop oublié ouvrirent des voies nouvelles aux hommes de goût délieat mais trop dédaigneux qui allaient paraître1.
Dieu les tient agités, et jamais ne les laisse;
D'un aiguillon ardent il les pique et les presse.
Ils ont les pieds à terre et l'esprit dans les cieux;
Le peuple les estime enragés, furieux ;
Mais errant par les bois, par les monts, par les prées\
Ils fréquentent tous seuls les nymphes et les fées»
1. Voici qnelqoes vers de Robert Garnier sur sa mort : Adieu I non eher Ronsard 1 l'abeille en fotre
Fasse toujours son miel I [tombe
Que le baume arabique i tout jamais y tombe,
Et la manne du ciel I Le ieurier y verdisse avecque le lierre
Et le inyrtbe amoureux?
Riant ea mille boutons, de toutes parts l'en-
Le roder odoreux t [serré
Von* erres maintenant aux campagnes d'E-
A l'ombre des vergers, [lise,
04 mûrit en tout temps, assure de la bise,
Le fruit des orangers.
Ou les près sont toujours tapisses de verdurf ,
Lee vignes de raisin.
Et les petits oiseaux gazouillant an murmure
Des ruisseaux cristallins,
Charles IX lai adressa ces. vers s Ton esprit est, Ronsard, pins gaillard que le [mien ; lia» mon corps est plus jenne et plus fort [que le tien :
Par'ainsl je conclus qu'en savoir tu me passe. D'autant que mon printemps tes cheveux gris [efface.
L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner, Doit être à plus haut prix que celai de rt> [gner.
Tons deux également nous portons la coutrou ne :
Mais, roi, je la recens; pofite, tn la donnes. Ton esprit, enflammé d'nue céleste ardeur, Éclate par soi-même, et moi par ma grandeur. Si du côte des dieux je cherche l'avantage, Ronsard est leur mignon, et je suis leur fi mage.
Ta Ivre, qni ravit par de tl doux accords, Te soumet les esprits dont je n'ai que les [corps.
Elle t'en rend le mettre, et te fait introduire Où le pins fier tyran n'a iamais eu d'en; vire;
Elle amollit les eœurs, et soumet la beauté. Je puis donner la mort, toi l'Immortalité.
Le cardinal du terron prononça ces paroles dans l'oraison funèbre de Ron»
sard:
« Il s'est bien va aux sièeles passés des hommes excellents en un genre de poésie; mais qoi aient embrassé tontes les parties de poésie ensemble comme celui-ci a fait, il ne s'en est point va jasques i mainteuant. Homère a bien emporté la palme entre les épiques, Pindare entre les lyriques, un antre entre les bucoliques , et ainsi des autres; mais la gloire universelle de la poésie, ils l'ont tous divisée entre eux, et chacun en a pris sa partie. Il n'y a eu qu'un Ronsard qui Tait possédée toute pleine et entière. » M. Sainte- Beuve, qni Ta remis en lumière avec un goût si sûr, dit pins justement * ... Non jamais je n'espère an trène radieux D'où jadis tu régnas, replacer ta mémoire; On ne peut de si bas remonter i la gloire; Volcais impunément ne tomba pas des cieux.
S. Le mot prée, au féminin, représente le pluriel neutre prata, suitant l'usage de la langue qui de ce pluriel neutre faisait des féminins singuliers.
On dit encore la prèe-vallée. ■
3. Fée vient du latin fata (celle qtu préside à nos destinées).
Empruntons à un disciple de ;Ron« sard, a Uertaut, quelques vers, dont l'accent exprime bien les hautes visées d'une école qui eut le senti meut de la grandeur jusque dans ses chutes. Ils sont tirés du Bocace royal : le poète suppose qu'il rencontre une troupe er- J8.