‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 411 sur 559 · Beaucoup · texte numérisé non relu

Beaucoup

5. Terme de féodalité j celui gni tenait en roture (ruptura, action de briser la terre , de défricher) des terres dépendantes d'un fief (de feod, bétail, biens, avoir; haut allemand). Ce mot s'est depuis appliqué à un petit fermier.

Ajoute aussi tes maladies, Ajoute encore tes folies, Si tu pouvois t'en souvenir :

Et tout cela qui, sans usage1, S'en est allé pour ton dommage :

Si tout cela tu en rabas, Te verras * avoir moins d'années Que tu ne t'en étois données, Et que tout jeune tu t'en vas 8.

i. Toutes les heure» écoulées mus profit.

S. Que ta as.

S.' Ne pouvant donner ici égale hospitalité à tons les poëtes , citons au moins, quand l'occasion s'y prête, des fragments qui rappellent leur nom et signalent leurs heureuses rencontres.

"Voici quelques strophes supérieures , ce me semble, par le sentiment et l'expression : elles continuent et agrandissent le motif traité par Baïf. L'auteur en est François Maynard (1582-1646), l'élève le plus habile de Malherbe. On y trouve la précision vigoureuse et fière de Corneille; c'est une belle paraphrase du linquenda lellus d'Horace :

Il fant quitter l'ameublement \}\i\ nous cache pompeusement Sous de la toile d'or le plâtre de ta chambre.

11 faut quitter ce» jardins toujours vert*, Que l'haleine des fleurs parfume de son ambre. Et qui fout des printemps «a milieu des ni* [vers.

On cherche en vain les belles tous Où Paris cacha ses amours, fit d'où ce fainéant vit tant de funérailles.

Rome n'a rien de son antique orgueil, Et le vide enfermé de ses vieilles murailles N'est qu'an affreux objet et qu'un vaste cercueil.

Mais tu dois avecqoe mépris

Regarder ces petits débris.

Le temps amènera la fin do tonte* choses;

Et ce beau ciel, ce lambris azuré, Ce théâtre, où l'aurore épanche tant de roses, Sera brûlé des feux dont il est éclairé.

Le grand astre qui l'embellit

Fera sa tombe de son lit.

Lratr ne formera plus ni grêles, ni tonnerres; Bt l'univers qui, dans son large toer,

Voit Courir tant da mers et fleurir tant de [fci rr».

Sans savoir où tomber tombera quelque jour. Maynard inscrivit au-dessus de la porte de sa maison ce quatrain d'an* fière tournure :

Rebuté des grand* et in sort.

Las d'espérer et de me plaindre.

C'est icy que j'attends la mort.

Sans la désirer ni la craindre.

La pensée de Baïf est plus voisine encore de cette réflexion, que j'emprunte i une lettre de Luther : « Pauvres gens que nous.sommes ! nous ne gagnons notre pain que par nos péchés. Jusqu'à sept ans, nous ne faisous que manger, boue, jouer ou dormir.

De là jusqu'à vingt et an ans, nous allons aux écoles, et suivons nos caprices. C'est alors seulement que nous commençons à travailler. Yen la cinquantaine, nous avons uni, nous redevenons enfants. Ajoutez que nous dormons la moitié de notre vie. Fi de nous! sur notre existence, nous ne donnons pas même la dîme à Dieu!

Qu'ai-je fait, moi? J'ai babillé aujourd'hui deux heures, mangé pendant trois, je suis resté oisif trois autres heures. A lit Domine, ne inires i* judicium cnm servo tuo ! »

Terminons par ces vers de Boufflers :

Dans les jours de la folle, On jouit sans rien prévoir; En avançant dans la vie»

Le bonheur n'est qu'un espoir; La vieillesse encor projette; Mais avant d'exécuter L'heure sonne, et l'on regrette Sans avoir « regretter.

Né à Troyes, en Champagne, comme Pierre Pithou, Jean Passerai acheta ses humanités an collège de Reims. Nommé professeur a« Plessis, il résigna bientôt sa chaire pour aller à Bourges étudier la jurisprudence, et entendre les leçons du fameux Cujas. Pendant vingt-neuf ans, il vécut, au milieu des livres, dans la maison de son ami» Henri de MesmeB, mattre des requêtes. En 1572, la chaire de Ranius étant devenue vacante par suite d'une mort tristement tragique, il fut choisi pour lui succéder. Ses leçons, qui eurent pour auditeurs Ronsard, Baïf et Muret, durent être suspendues pendant la Ligue. Ce fut alors qu'il mit sa verve gauloise au service de la causa toute nationale que représentait Henri de Navarre. Il compta parmi les bons citoyens dont les sarcasmes vengeurs collaborèrent avec tant d'esprit et d'éloquence à la 6atire Ménippée. Il fut un des plus alertes improvisateurs de cet immortel pamphlet, où il sema le sel de sa* épigrammes *. Au retour du roi légitime, il reprit ses fonctions, et, bien que privé do la vue, il les quitta seulement avec la vie, en 1602.

Signalons en lui le premier poète français qui, depuis la réforme de 1549, revint enfin à la gaieté du bon vieux temps. Par ses couplets courageux sur la journée de Senlis, il prouva une fois de pitw qu'en Franoe tout commence ou même finit par des chansons. Son badinage venait du eœur, et s'élevait parfois à l'éloquence. Dans ce bourgeois lettré du seizième siècle, on aime une physionomie antique, ouverte, franche, souriante et sérieuse qui, par certains traits, rappeUe tout ensemble Lucien et Varron, l'Hôpital et de Thou. Saluons de nos sympathies la figure si française de cet honnête homme qui eut allier les fortes études aux joyeux propos, travaillait quatorze heures par jour à des lexiques ou commentaires, et, le soir, dans un frugal repas, entre amis, s'égayant en libres causeries, savait dire des vérités patriotiques aux criminels comédiens de la guerre civile».

f . J2n Voici une qn'il fit sur les dOU- S'il faut que maintenant en la fosse je tombe,

Mes crois des ligueurs ; ?"j ay lou,jour* *?* ia pais eVe rep08»

Mali dite*-mol que signl6e Amis, de mauvais ws m chargés pointus

Que les ligueurs ont double croix? [tomba.

C'«t qu'en la Ligue on cruciOe ,

Jésus-Christ encore une fois. 11 avait rédigé cette inscription en

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