‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 58 sur 559 · Beaucoup. glais · texte numérisé non relu

Beaucoup. glais

3. C'est encos» du Pline» 10. Un mouton, à la fin du ivr siè-

raier de ma congnoissance qui, trop toust voulant riche devenir et parvenir, est a l'envers tumbé en paovreté, voyre pelquefoys s'est rompu le col. — Par le digne voeu de Charrous ', dist le marchant, le moindre de ces moutons vault quatre foys plus que le meilleur de ceulx que jadis les Coraxiens * en Tuditanie, contrée de Hespaigne, vendoyent ung talent d'or la .pièce. Et que penses tu, o sot a la grande paye *, que valoit ung talent d'or? — Benoist monsieur, dist Panurge, vous vous eschauffez en vostre harnoys S a ce que je veoys et congnoys bien. Tenez, voyez la vostre argent. Panurge ayant payé le marchant, choisit de tout le troupeau ung beau et grand mouton, et l'emportoit criant et bellant, voyans * tous les au 1 très et ensemblement bellans et reguardans quelle part on menoit leur compaignon. — Ce pendent le marchant disoit a ses moutonniers : O qu'il a bien scen choisir, le ch allant I II s'y entend, le paillard ! Vrayement, le bon vrayement, je le reservoys pour le seigneur de Candale, comme bien congnoissant son naturel. Car, de sa nature, il est tout joyeux et esbaudy : quand il tient une espaule de mouton en main bien séante et advenente, comme une raquette gauschiere 6, et avecques ung cousteau bien tranchant, Dieu sçayt comment il s'en escrime.

Comment Panurge fait en mer noyer le marchand et ses montons.

Soubdain, je ne sçay comment, le cas feut sujrit, je n'eus loisir le considérer. Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons, cri ans et bellans en pareille intonation, cornmencearent soy jecter et saulter en mer après a la file ?.

de, valait deux livres (environ dix 3. Le Dachat prétend que, les ar-

francsJ.Dindenault vend donc trop cher, chers écossais ayant une grande paye,

1. La reliqne ainsi nommée, que eeci est nne «^nsion de sot à scot. possédait la ville de Charrous en Poi- *• Locution proverbiale empruntée toa, était une grande statue de bois aux habitude* de la chevalerie, représentant un vieillard et couverte S. Tous les autres le voyant —, de lames d'argent. On la montrait au (ablatif absolu), peuple (ous les sept ans, mais lesfem- 6. Gomme une raquette qu'on tiennes n'avaient pas le privilège de la drait de la maiu gauche, toucher comme les hommes. 7. Illico (nam mos est ôriam seqnittr*

t. Peuple de la Colchido; ils ex- Omni, gre* ..quhur. Ij^rem.)

portaient en Tuditanie, province d;Bs- Comme un moutQIl qo| ^ dMgu9 u M d,M.

pagne , des moutons qu ils vendaient [truj.

n talent d'or. I** Fq»ta>»>

La foulle estoyt a qui premier y saulteroyt après leur compaignon. Possible n'eBtoyt les en guarder. Gomme vous sçavez eslre du mouton le naturel tousjours suyvre le premier, quelque part qu'il aille *. Aussi le dict Aristoteles, lib. IX de Histor. anim. estre le plus sot et inepte animant du monde1. Le marchant, tout effrayé de ce que devant ses yeulx périr voyoit et noyer ses moutons, s'efïbrceoyt les empescher et retenir de tout son povoir. Mais c'estoit en vain. Tous a la file saultoyent dedans la mer et péris* soyent. Finalement, il en print ung grand et fort par la toison sus le tillac de la nauf, cuydant ainsi le retenir, et saulver le reste aussi consequemment. Le mouton faut si puissant qu'il emporta en mer aveo soy le marchant, et t'eut noyé, en pareille forme que les moutons de Polyphemus le borgne cyclope emportarent hors la caverne Ulysses et ses compaignons. Autant en feirent les aultrea bergiers et moutonniers, les prenans ungs par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels tous feurent pareillement en mer portes et noyez mise» rablement.

Panurge, a couste du fougon8, tenant ung aviron en main, non pour aider aux moutonniers, mais pour les enguarder de grimper sus la nauf et évader le naufraige, les preschoyt éloquente ment, comme si feust ung petit frère Olivier Maillard *, ou un second frère Jean Bourgeois 5, leur remonstrant par lieux de rhetoricque les misères de ce monde, le bien et l'heur de l'aultre vie, affermant plus heureux estre les trespassez que les vivans en ceste vallée de misère, et a ung chascun d'eulx promettant ériger ung beau cénotaphe et sepulchre honoraire au plus hault du mont Cenis, a son retour de Lanternois : leur optant e ce néanmoins, en cas que vivre entre les humains ne leur faschast, et noyer ainsi ne leur vint a propous, bonne adventure et rencontre de quelque baleine, laquelle au tiers jour subséquent les rendist sains et saulves en

1. De là le proverbe : Saute comme Louis XI, Charles VIII et Louis XII. les moutons de Panurge, On a souvent cité les bizarreries et les

, .» * , naïvetés de ses serinons latins entre-

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