‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 7 sur 559 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

un enseignement bien neuf encore, et qu! n'a pas eu le temps de prendre racine dans nos habitudes.

Tout en estimant fort des études qui honorent leurs initiateurs, et ont le plus sérieux intérêt , nous croyons pourtant que la Rhétorique est surtout une classe littéraire, et que le xvi* siècle ne saurait, sans dommage, être commenté seulement par la phonétique et la linguistique. Non, ne hérissons pas d'épines les avenues qui mènent à ces maîtres, dont les meilleurs firent si bonne guerre à la scolastique et à ses procédés ingrats.

• Un scrupule analogue nous a conseillé de ne pas réduire les notices à un catalogue de faits et de dates, dont la sécheresse ne rappellerait que les renseignements empruntés aux Dictionnaires. Nous nous sommes bien plutôt proposé d'éclairer la biographie des écrivains par la physionomie des talents et des caractères. Au sommaire substantiel où nous condensons la matière historique se mêlent donc ici les éléments d'un portrait littéraire et moral. •

Quant aux notes qui enseignent l'origine des mots, suivent leurs métamorphoses, élucident les étymologies, et précisent les diverses acceptions de l'usage, elles figurent au bas des pages, conformément à une pratique séculaire que justifie l'expérience de l'enseignement. Tout professeur sait, en effet, que le temps et la patience font trop souvent défaut à l'écolier. Or la patience et le temps sont nécessaires pour consulter un glossaire, et lui demander, sans cesse , à chaque ligne , la solution d'une difficulté dont un lecteur étourdi ne se doute pas toujours au premier abord, et qui peut lui échapper s'il n'est point averti de son existence par un renvoi. prêt à le conduire aussitôt, et sans fatigue, à une réponse prompte et aisée. Il est donc tout ensemble plus cdmmode et plus sûr d'offrir immédiatement l'explication urgente, et d'épargner à l'élève l'ennui d'une recherche indécise et lente qui ne satisfait pas toujours à toute question. Si l'on s'expose ainsi à certaines redites, dont on peut d'ailleurs varier l'expression, où est le mal? Enseigner, c'est répéter.

Ajoutons que nos remarques ne sont pas exclusivement des traductions de mots ; ce qui serait monotone et peu

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attrayant. Elles ne pouvaient donc pas s'aligner en longue? i colonnes dans un vocabulaire. Car on ne saurait classer ] et enrégimenter de la sorte des rapprochements nombreux, des citations variées , des jugements développés, des aperçus rayonnant en tous sens, en un mot les mille /éflexions courantes qui provoquent la curiosité, secouen* les engourdis, tiennent toutes les facultés en éveil, forcent l'esprit à ouvrir les yeux, à voir au delà de la lettre morte, à se soucier des sentiments et des pensées, du fond? comme de la forme.

Pour ce qui est du choix des textes, il a été d'autant * plus circonspect que les écrivains du xvie siècle n'étaient pas encore introduits par autorité dans nos écoles. Or, nous désirions vivement leur assurer ce droit de cité, que nous venions de revendiquer et d'obtenir pour les contemporains illustres du xix* siècle. La prudence la plus vigi* lante était donc notre premier devoir, et le sentiment de cette responsabilité est la meilleure garantie que puisse offrir ce recueil. Si par une initiative qui vient d'être officiellement approuvée, et par un exemple qui ouvrait à d'autres des voies jusqu'alors non frayées, nous avons pu contribuer au gain d'une cause que nous prenions à cœur, notre travail a, dès à présent, sa récompense.

GUSTAVE MERLCT.

INTRODUCTION

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