‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 8 sur 559 · SB LA LÀHGUE FRANÇAISE JUSQU'AU DIX-SEPTIKMB SIECLE · texte numérisé non relu

SB LA LÀHGUE FRANÇAISE JUSQU'AU DIX-SEPTIKMB SIECLE

Avant d'aborder les monuments ou les modèles que nous offre la littérature française depuis ses premiers essais jusqu'à la fin du xvi« siècle, nous croyons utile de dire quelques mots sur les origines de notre langue, la nature de son génie, et le caractère des différentes époques dont nous déroulerons le tableau dans une suite d'extraits empruntés aux œuvres qui expriment le mieux la physionomie de chaque siècle, de chaque genre et des principaux talents. Esquissons donc ce résumé, sans autre préambule.

Origines de la langue française. — Lois qui présidèrent à sa formation

La langue française, comme notre sol lui-même, s'est formée par une série d'alluvions successives. J'entends par là que chaque race et chaque révolution politique a laissé dans notre vocabulaire la trace de son passage. Superposées ou confondues, ces influences ont toutes contribué plus ou moins à la formation de l'idiome que nous parlons aujourd'hui. Or, nous savons qu'avant la conquête romaine, les îbériens et les Celtes se partageaient le territoire de la Gaule. Mais les éléments qu'ils nous ont légués se réduisent à de rares vestiges. Si le langage des Ibériens se retrouve encore dans celui des Basques, le français proprement dit ne leur doit qu'un très-petit nombre de mota1.

I. Eutr'autres celui de savate, qui vient de l'espagnol sapai+ et celui de truffe (irufa) , qui signifiait primitivement tromperie; il nous" «a i«ut-ètr« douaé to nom propre de Tartuffe, immortalisé par Molière.

U INTRODUCTION

Quant au Celtique, dont le souvenir vit encore danc le bas-breton, on ne saurait lui attribuer l'importance que revendiquent en sa faveur les thèses paradoxales de Bullet et de la Tour-d'Auvergne. Dans le tûnce héritage qu'il nous a laissé, nous signalerons à peu près cent mots qui désignent, en général, des plantes et des objets agricoles ou maritimes1.

\ Nous n'insisterons pat lion plus sur l'action exercée par les fréquents voyages des Phéniciens t qui visitèrent nos côtes dès la plus haute antiquité; l'empreinte de leur passage a disparu. Les Phocéens de Marseille ne comptent pas davantage dans les importations dont nous avons profité. Car les mots qui nous viennent du grec dérivent tous du latin, c'est-à-dire de la Renaissance, et des emprunts qu'ont opérés les savants.

La part de l'invasion germanique est beaucoup plus considérable. Dès le u* siècle, les digues de l'Empire Avaient fléchi, et do lentes infiltrations ne cessèrent pas de les miner jusqu'au y siècle, où les Burgondes, les Wùigotht, les Alain* et les Franck* débordèrent comme un déluge. Toutefois, ces bandes, relativement peu nombreuses, tarent bientôt submergées elles-mêmes dans les six millions de Getit» ffomafaf que dominait la terreur de leurs armes. Ces barbares nous apprirent neuf cents mots environ, soit des termes militaires, comme guerre (werra), heaume (helm), haubert (haltbero), auberge (heribergft); soit des désignations féodales, telles que vassal, alleu, ban, fief, eschevin, maréchal, sénéchal, etc. Nous leur devons aussi des sons peu harmonieux, de rudes aspirations, par exemple : Harangue (de Hring, cercle), Haire (de Hera) j et des suAùem en «r#* ou art, Ayant le sent du superlatif : (babillard, richard, vieillard). La révolte de l'instinct national contre des oppresseurs grossiers se trahit encore par le sens défavorable de plusieurs mots empruntés eux vainqueurs. Ces* ainsi que iand (terre) devint lande, pays stérile) eue* (livre), oeueeftt; rot* (coursier), roeet j bm (seigneur), air* (pauvre diable). Il est du moins certain que les conquérante oublièrent vite leur propre langue. Si le tndesque put et retremper à sa source, lorsque Charlemagne choisit

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1. Ce tutti, par exemple, Mè, boitte t8$,im, parc, dru (drnd, héros), qunt cai), corde (oord), banc, cri, blanc (Man), amarrt, dan, bnupte (bryskj, rousse (tro&s, vêtement), havre, fur (qui existe daos la locution au fur et à m* sure), truand (tuan, misérable), etc. Ajoutons à ces échantillons les désinences des termes géographiques en dun télération de terr»), en dor (conrs d'eau), en van et ven (montagne). S'il faut en croire "W. Edwards, les sons èt e, étrangers au latin, seraient aussi de provenance gauloise, comme la voyelle tr, dont l'usage s'est perpétué au nord de l'Italie, dans l'ancienne Gaule Trans- Iisdaue ; car c'est seulement au sud du Pô que commence la prononcation toute latine do l'es italien. — On eipliqne par la même origine les articulations ch et j, le son nasal des lettres m et *, eaftn l'emploi des Jf mouillées.

ItiTlODUCTlOK lit

AiidkGatpaUe pour se résidence, le démembrement de son empire rendit te tfééminoaao à VùUem$ reesaf», comme le prouvant Jcs «r» *** prfttt par Louis le Germanique m 648, et par Jetéle* qui, in 911, à Sâint-Clair-sur-Eptê, jurant fidélité à Charles le ftaple, Ait itweilli par on éclat de rire, lorsqu'il prononça» dans ton jargon maternel, la formule consacrée, (By 901).

De» qui précède, noni eonoluerone qu'il faut chercher ailleurs te fonds mime de notre langage. En effet, nous allons voir que U «feu* français, ou langue romane, dérive directement du folt'n, qu'au X* siècle il eut déjà son existence indépendante, qu'au xil» et an Xin* il produisit sa littérature, et qu'an xivf il disparut insensiblement pour céder la place au Français moderne qui s'organisa au XV* siècle, s'enrichit au xvi*a et atteignit sa perfection dans les deux Ages suivants.

Ce fat vers l'an 163 avant notre ère, que les Romains, appelés au «court de Marseille contre les Ligures, occupèrent le bassiu du fitfse, Or, eeat ans plus tard, après une lutte héroïque de huit saoéis, toute Us Gaule avait cessé d'être une nation pour devenir use province romaine. Par les violences on l'habileté de sa poli» tism, le vainqueur lui avait imposé sa langue avec ses lois et ses institution». Entraînés dans le~ courant de la elvilisatiom latine, les rainées n'étaient plus des barbares, mais des Qatt^Homaine.

Si le latin patricien et littéraire régnait alors parmi les hautes cluses, et dan* les célèbres écoles d'Autan, de Bordeaux eu de Lyon, le Jeu» iet camp» ttéet rue*, (castrmet* et elettto tfrmo), qui datait de loin, (car il remontait aux premières guerres puniques), se propagea rapidement dans les couches populaires ou se répandirent les soldats et les colons. Or, l'usage de ce parler inculte ne tarda pas à prévaloir sur l'emploi des formes savantes, instrument trop délicat pour des mains ignorantes, brutales et maladroites.

Lorsque la bourgeoisie, dans les rangs de laquelle se recrutaient les cariai**, eut été réduite h la misère, ou même à l'esclavage, par la nécessité de percevoir les impôts aux dépens de sa fortune privée qui en était responsable, tanéantietement de la classé moyenne fit disparaître toute culture, et le latin vulgaire gagna le terrain envahi par la barbarie. Dans la tourmente où s'engloutit la civilisation, il devait, par un travail, latent, se transformer en une langue rustique justement appelée Romane, et qui prit conscience d'elle-même vers le vin* siècle. Le premier témoignage que nous en offre l'histoire est un fragment d'une tretdHction de la Bible. Connu sous le nom de Gloses de Mchtneau, il date de 768, l'année même où. Charlemagne montait sur le trône. On voit par là que l'Église dut expliquer en langue vulgaire les textes sacrés, devenus alors inintelligibles pour des gé*

IV INTRODUCTION

nérations illettrés; et nous savons aussi que l'étude de l'idiome Roman fut imposé au olergé par le concile de Tours, vers 813. Le serment de Louis le Germanique sera le premier monument de la prose officielle, comme le cantiUne de sainte Eulalie est le premier symptôme de la poésie populaire. Un trouvère nous apprend aussi qu'au ixe siècle des vers satiriques furent composés contre un comte de Poitiers qui s'était conduit lâchement en face des pirates Normands, Mentionnons encore le fragment de Valenciennes, lambeau de sermon déchiffré sur la garde d'un manuscrit.

Hais n'allons pas croire que la France Carlovingienne ait été soumise à l'unité d'un vocabulaire régulier. Ce nom générique de langue romane ne rappelle, en effet, qu'une simple communauté d'origine, et n'exclut pas la diversité des influences locales.

Sans parler de l'Italien et de l'Espagnol, rameaux du même tronc, nous distinguons dans nos frontières, encore indécises, deux régions qui ont chacune leur idiome propre, correspondant à des rivalités1 de races.C'est d'un côté la langue d'Oc*, qui régnait au Midi; de l'autre la langue d'OiJ, dont le domaine fut le Centre et le Nord. Leur empire est séparé par le cours de la Loire. Elles diffèrent par des aptitudes spéciales que détermine leur caractère d'euphonie. L'une, plus musicale, sera de préférence l'organe des chansons et des sirventes ; elle se prêtera mieux à l'expression des sentiments lyriques. 'L'autre, avec ses sons étouffés, mais vibrants et mâles, conviendra davantage au roman, à la narration et à l'épopée.

L'espace nous manque pour nous occuper de la première, qui périt noyée plus tard dans le sang des Albigeois. Laissons donc les troubadours, et, allant aux trouvères, indiquons les révolutions subies par leur idiome, qui nous intéresse de près, puisqu'il fut le berceau du français.

Si Charlemagne fut assez puissant pour communiquer une apparence d'unité factice à tant de nations hostiles et rapprochées artificiellement, ce faisceau ne tarda pas à se rompre dans les mains débiles de ses successeurs, et la conséquence de cette dissolution politique fut la confusion des langues; ou plutôt, chaque province eut la sienne, aussi indépendante des autres que les seigneurs féodaux l'étaient eux-mêmes, en face d'une royauté trop faible encore pour attenter à leurs droits.

Quatre dialectes* se partagèrent donc la Gaule : le Picard, le Nor-

1. Le Provençal appelle encore Franciot uo beau parleur. — Le François voit volontiers un Gascon daus l'homme du midi.

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