‹ Les grands écrivains françaisChapitre 30 sur 84 · Voir n · texte numérisé non relu

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167. Abbé Victor Vaillant : Etudes sur les Sermons de Bossuet d’après les manuscrits ; Paris, 1851, in-8°.

168. Dans son article de novembre 1868 sur Eugène Gandar, Sainte-Beuve reviendra sur les diverses éditions des sermons de Bossuet. Il écrira : « Longtemps les premiers sermons de Bossuet furent négligés et restèrent comme inconnus : il ne paraît pas lui-même y avoir attaché la moindre importance. Ses splendeurs dans l’oraison funèbre et dans son rôle d’évêque gallican éclipsaient tout. Cependant, au dernier siècle, un bénédictin; dom Déforis (1772) s’était avisé de fouiller dans les manuscrits de Bossuet et d’en tirer neuf volumes de sermons ou de canevas de sermons. L’abbé Maury, avec son coup d’œil d’orateur, les avait hautement signalés à l’admiration publique. Mais le texte assez difficile à débrouiller dans ses surcharges n’avait pas toujours été bien donné. Un jeune ecclésiastique mort trop tôt, l’abbé Vaillant, un disciple de M. Cousin pour la révision de nos textes français classiques, avait dénoncé des inexactitudes, indiqué des corrections, et ouvert la voie. Un éditeur de nos jours, M. Lâchât, avait prétendu mieux faire que dom Déforis et n’avait pourtant rien fait qu’à demi. Gandar, qui avait étudié de près la question, qui avait eu recours aux manuscrits et les avait longuement tenus entre les mains; qui de plus, et avant tout, avait une dévotion toute particulière à cette grande prose du maître de la chaire sacrée, à toutes les époques de sa carrière, s’attacha dans un premier ouvrage, après l’abbé Vaillant et après M. Floquet, à ressaisir ce premier Bossuet, ce Bossuet déjà célèbre, mais avant la gloire, à le

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suivre pas à pas, à fixer la date et à déterminer l’occasion de ses plus anciens sermons ou panégyriques, à traiter la question de priorité pour certaines pensées entre Pascal et lui, et, enfin, dans un second volume, se faisant éditeur dans toute la rigueur du mot, il donna le texte restitué in extenso de quelques-uns de ces premiers sermons prêchés tant à Metz et à Dijon que dans les églises de Paris et à la chapelle du Louvre. Lors même que Gandar n’eût rien laissé que ces deux volumes, il serait sûr d’avoir sa place dans l’histoire littéraire : il a gravé son nom au bas de la statue de Bossuet. »

Le premier ouvrage de M. Gandar, mentionné dans le texte précédent, est l’objet d’une note de Sainte-Beuve que voici :

« Bossuet orateur. Etudes critiques sur les Sermons de la jeunesse de Bossuet (1866). — - Il eût été plus exact d’intituler le livre : Bossuet prédicateur ; car tout l’orateur est loin d’être compris dans cette Étude. C’est une remarque que sut très-bien faire un orateur distingué, M. Dufaure, lorsque le livre fut présenté au jugement de l’Académie française; il n’y trouvait pas tout ce que le titre promettait. Je me rappelle encore son opinion si nettement exprimée et un peu sévère. C’est qu’aussi M. Dufaure jugeait avec le simple bon sens ces études principalement philologiques et grammaticales, études utiles, mais dont on a fait grand bruit dans ces derniers temps, et dont on a exagéré, je crois, la portée, pour ce qui est du moins de notre littérature. On est entré à plein collier dans l’ère des scholiastes, et l’on s’y est un peu appesanti. La gloire du talent a fléchi et s’est déplacée. Je glisse en toute humilité cette réserve au milieu de tant d’éloges mérités. » Sur le deuxième volume mentionné dans le même texte, Sainte-Beuve dit : « Choix de Sermons de la jeunesse de Bossuet, édition critique donnée d’après les manuscrits de la Bibliothèque impériale, avec les variantes du texte, des fac-similé de l’écriture, des notices, des notes, et classée pour la première fois dans l’ordre des dates (1867). » (N. L. XII, 397-399.)

169. Cf. La Bruyère : Discours de réception à l’Académie française ( Les Caractères, édit. Garnier frères, p. 406). — Dans son article du 28 octobre 1861 sur les Caractères de La Bruyère, Sainte-Beuve dit que, entre les portraits des grands écrivains de son temps, que La Bruyère traça dans ce discours, celui « de Bossuet, notamment, était de toute grandeur ». (N. L. I, 125). — Bossuet connaissait depuis longtemps La Bruyère et l’avait même protégé, ainsi que le rappelle Sainte-Beuve dans son portrait de La Bruyère (1er juillet 1836) : « Il venait d’acheter une charge de trésorier de France à Caçp, lorsque Bossuet, qu’il connaissait on ne sait d’où, l’appela près de M. le Duc pour lui enseigner l’histoire. » ( Port . litt. I, 389). Le même fait est rappelé dans l’article du 28 octobre 1861, ci-dessus mentionné, avec cette addition que La Bruyère était « en haute estime » auprès de Bossuet. (N. L. I, 125). — Autre rappel dans l’article sur la Comédie de La Bruyère par M. Edouard Fournier (27 janvier 1866), où on lit que La Bruyère fut « placé, à la recommandation de Bossuet, auprès

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de monsieur le Duc pour lui enseigner l’histoire », et que « Bossuet Ta tout d’abord pris par la main et patronné ». (N. L. X., 424 et 432.)

170. Sainte-Beuve (article sur Eugène Gandar; novembre 1868) cita de nouveau ce jugement de Rémusat, dans un passage sur le caractère de Bossuet. Il écrivit : « Il n’y a qu’une opinion sur le génie oratoire de Bossuet : il y en a, il peut y en avoir deux sur son esprit, sur sa personne et son caractère. On a trouvé dans les papiers de Colbert la note suivante, qu’un correspondant bien informé adressait au ministre, au sujet de l’abbé Bossuet, alors âgé de trente-cinq ans (1662) : « Attaché aux Jésuites et à ceux qui peuvent faire sa fortune plutôt par intérêt que par inclination, car naturellement il est assez libre, fin, railleur et se mettant au-dessus de beaucoup de choses. — Ainsi, lorsqu’il verra un parti qui conduit à la fortune, il y donnera, quel qu’il soit, et il pourra servir utilement. » [Madame de Montespan et Louis XIV, Étude historique par M. Pierre Clément, Paris 1808, p. 55-56, note.]

<t Quel qu’il soit n’est pas juste, et rien dans la vie de Bossuet n’autoriserait cette idée d’une ambition à tout prix; c’est un mot mis à la légère. D’ailleurs, l’information qu’on vient de lire et que le correspondant anonyme semble avoir donnée dans un esprit non pas d’hostilité, mais de parfaite indifférence, n’a rien qui doive surprendre. Bossuet, d’abord attaché aux Jésuites ou à leurs adhérents, puis lié avec les messieurs de Port-Royal, puis se tenant à distance et observant la neutralité, était assurément un politique; il ne se sentait pas de goût en général pour être du parti des disgraciés, des persécutés et des vaincus ; il avait fort égard à la doctrine et aux opinions en faveur à la Cour; il avait un faible pour tout ce qui régnait à Versailles; son esprit même, son talent avait besoin, pour se déployer tout entier et atteindre à toute sa magnificence, de l’appui ou du voisinage de l’autorité et de l’accompagnement de la fortune. Ce n’est pas sans raison qu’un des hommes les plus spirituels de ce temps-ci, et des plus indépendants par le jugement, M. de Rémusat, qui n’a pas craint d’appeler Bossuet « le sublime orateur des idées communes », a écrit autrefois de lui ce mot, comme il l’aurait dit de M. Cuvier : « Bossuet après tout était un conseiller d'État. »

« Mais cette question, quand on aborde uniquement Bossuet par le côté de sa parole et par les productions de son éloquence, n’est que secondaire; l’idée ne vient même pas de se la poser. Étant donné un talent de cet ordre et de cet emploi, il est impossible qu’il ne se subordonne pas tout le reste. Les conséquences suivent de soi : commentitout l’homme n’inclinerait-il pas insensiblement, même au prix de quelques concessions, du côté où le talent qu’il porte trouve son espace, sa nourriture, son air et son soleil? Naturellement et sans calcul, la manière de penser et même de croire se met d’accord avec ce don, cette puissance de dire, quand elle existe à ce degré souverain. Bossuet est invinciblement un orateur, un prédi-

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cateur de la première volée, et tout ce qui lui est nécessaire en fait d’idées, de doctrines, de points d’appui, de considérations et d’images pour le plus grand développement de sa faculté oratoire, on peut être sûr qu’il l’aura. Dans le plein exercice de son admirable éloquence, il retrouvait toute sa sérénité, sa tranquillité de conviction, son unité morale, comme toute sa majesté de pensée et sa hauteur. » (N. L. XII, 395-396.)

— - Sur l’attachement de Bossuet pour la Cour, voir la note 172.

— Notons enfin que dans un article sur Sénancour (18 mai 1833) Sainte-Beuve avait cité une opinion de Bossuet sur la richesse : « Bossuet..., dans une lettre au maréchal de Bellefonds [datée du 9 septembre 1672, Correspondance, I, 254-255] a dit : « Je n’ai, que je sache, aucun attachement aux richesses; néanmoins, si je n’avais que le nécessaire, si j’étais à l’étroit, je perdrais plus de la moitié de mon esprit. » (P. C. I, 188 n.)

171. Mot rappelé encore dans Port- Roy al où Sainte-Beuve écrit : « Le fond de la pensée des Jansénistes sur Bossuet, c’est qu’il manquait d’énergie. Un jour que le prélat, alors évêque de Condom, demandait à l’un de ses amis les moyens de faire réussir une affaire dont il avait envie, cet ami lui dit qu’il fallait qu’il s’adressât à M. de Tréville, qui y pouvait quelque chose. « C’est un homme tout d’une pièce, répondit Bossuet; il n’a point de jointures. » Tréville, à qui l’on redit le propos, ne put s’empêcher de faire à son tour cette riposte : « Et lui, il n’a point d’os. » (Y, 464, n. 1).

172. A ce sujet, Sainte-Beuve, dans Port-Royal, ayant rappelé ces conseils de Saint-Cvran à une pénitente : « Dites les Psaumes de la Pénitence; toutes les paroles qui y sont contenues ont une vertu particulière pour guérir les blessures de l’âme. La Pénitence de David y est exprimée. C’est une merveille de ce qu’étant un roi, il en a pu faire une telle », ajoute en note : « Quelle profonde pitié des rois, qui s’échappe en passant I O Bossuet, à ce prix, que vous étiez faible devant Louis XIV 1 » (I, 350). Plus loin : « Ne voit-on pas... Bossuet louer tant de princes et de personnages à qui la vérité simple eût été de dire non et trois fois non » (I, 364). Ailleurs : « M. Pavillon est, chez nous, le dernier exemple, le plus entier et le plus intègre, de cette perfection de l’Evêque primitif : car on ne saurait citer Bossuet, qui était au besoin l’homme du roi contre le Pape. » (IV, 358 n.) — Puis : « Arnauld s’étonnait de son silence [du silence de Bossuet] au sujet d’un livre (Y Apologie pour les Catholiques) si avantageux à la religion et à la monarchie, si à l’honneur de la France en particulier : « Mais sue cela, écrivait-il au médecin Dodart, vous me permettrez de vous dire que je ne suis pas trop satisfait de votre ami (M. de Meaux), à qui vous l’avez montré. Ce n’auroit pas été un grand effort de générosité de se rendre garant qu’on ne feroit rien contre un tel livre : il a assez d’accès auprès du roi pour lui faire entendre raison sur cela, s’il avoit tant soit peu de zèle pour la vérité. Mais la grande maxime de ce temps est de ne se point faire d’affaires. » (V, 328-329.)

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173. Souvenirs et Correspondance de Madame de Captas, publiés par Emile Raunié, p. 46|(Eug. Fasquelle). — Dans un article sur Madame de Caylus (28 octobre 1850), Sainte- Beuve avait cité le texte même du « récit inimitable » de Mme de Caylus : « Le jubilé fini, gagné ou non gagné, il fut question de savoir si Mme de Montespan reviendrait à la Cour : « Pourquoi non, disaient ses parents et ses amis, même les plus vertueux (tels que M. de Montausier). Mmc de Montespan, par sa naissance et par sa charge, doit y être; elle peut y vivre aussi chrétiennement qu’ailleurs. » M. l’évêque de Meaux (Bossuet) fut de cet avis. Il restait cependant une difficulté : Mme de Montespan, ajoutait-on, paraîtra-t-elle devant le roi sans préparation? Il faudrait qu’ils se vissent avant de se rencontrer en public, pour éviter les inconvénients de la surprise. Sur ce principe, il fut conclu que le roi viendrait chez Mme de Montespan; mais, pour ne pas donner à la médisance le moindre sujet de mordre, on convint que des dames respectables, et les plus graves de la Cour, seraient présentes à cette entrevue, et que le roi ne verrait Mme de Montespan qu’avec elles. Le roi vint donc chez Mme de Montespan, comme il avait été décidé; mais, insensiblement, il la tira dans une fenêtre; ils se parlèrent bas assez longtemps, pleurèrent, et se dire ce qu’on a accoutumé de se dire en pareil cas; ils firent ensuite une profonde révérence à ces vénérables matrones, passèrent dans une autre chambre, et il en advint Mme la duchesse d’Orléans, et ensuite M. le comte de Toulouse. » (C. L. III, 67.)

174. Dans un article sur Ernest Renan (29 juin 1862), Sainte-Beuve note que Renan « tient à honneur d’instituer et de restaurer en France une haute étude [celle de l’hebreu] que Bossuet a fait proscrire et a étouffée à sa naissance dans la personne de Richard Simon. » (P. C. II, 419.)

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