Ibid., p
211. Sainte-Beuve écrit, dans un article du 29 septembre 1862, sur les Saints Evangiles, traduits par Lemaistre de Saci :
« L'imagination de Platon avait fait plus et semblait s’être portée spontanément au-devant du Christianisme : on le voit, dans un de ses dialogues, se plaire à figurer en face du parfait hypocrite, honoré et triomphant, le modèle de l’homme juste, simple, généreux, qui veut être bon et non le paraître :
« Dépouillons-le de tout, excepté de la justice, disait un des personnages du dialogue, et rendons le contraste parfait entre cet homme et l’autre : sans être jamais coupable, qu’il passe pour le plus scélérat des hommes; que son attachement à la justice soit mis à l’épreuve de l’infamie et de ses plus cruelles conséquences; et que, jusqu’à la mort, il marche d’un pas ferme, toujours vertueux, et paraissant toujours criminel... Le juste, tel que je l’ai représenté, sera fouetté, mis à la torture, chargé de fers; on lui brûlera les yeux; à la fin, après avoir souffert tous les maux, il sera mis en croix... » [La République, livre II ( Œuv . complètes de Platon, édition E. Fasquelle, VII, 104-105).]
« C’est une vraie curiosité que ce passage de Platon, et même, à le replacer en son lieu et à n’y chercher que ce qui y est, c’est-à-dire une supposition à l’appui d’un raisonnement, sans onction d’ailleurs et sans rien d’ému ni de particulièrement éloquent, ce n’est qu’une curiosité. Bossuet, qui tire tout à lui, a voulu y voir, de la part du plus sage des philosophes, une espèce de pressentiment divin, une manière de prédiction sans le savoir. » (N. L. III, 250-251.)