Ibid., p
228. Dans un article sur Bonald (18 août 1851), Sainte Beuve compare cet écrivain à Bossuet, auteur de la Politique tirée de l’Ecriture : « J’ai voulu faire une expérience qui n’a rien de pénible. A côté des pages denses et serrées de M. de Bonald, j’ai lu quelques pages de Bossuet, dans le même ordre d’idées absolues : la Politique tirée de l’Ecriture. Quand on lit ce bel ouvrage de Bossuet on est à l’instant comme un voyageur qui se sent porté sur un grand fleuve aux ondes pleines, majestueuses et sonores sous le soleil. Avec Bonald, au contraire, on est comme si l’on s’embarquait d’abord sur un fleuve assez peu navigable; puis le patron vous fait entrer dans un canal et vous met à bord d’un bateau exactement fermé, où l’on descend et où l’on est sans plus voir la lumière ni le ciel et l’on ne peut sortir la tête et regarder sur le pont que par intervalles, pour apercevoir en effet d’assez hautes et grandes perspectives, mais en regrettant de les perdre de vue si souvent. Tel est véritablement l’effet que produit la méthode à demi scolastique de Bonald, mise en regard de la marche naturelle et large de Bossuet dans les mêmes matières. » Quelques pages plus loin, Sainte-Beuve note : « Quand M. de Bonald parle de Bossuet il se sent presque son contemporain, il l’appelle habituellement M. Bossuet. » (C. L. IV, 435 et 441).
— Dans son article du 17 janvier 1830 sur Racine, Sainte- Beuve, au sujet du style de Racine, avait déclaré : « le style de Racine, comme celui de La Fontaine et de Bossuet, digne, sans doute, d’une éternelle étude, mais impossible, mais inutile à imiter ». (Port, litt., I, 111.)
— Les noms de Bossuet et de La Fontaine ou de Racine sont plus d’une fois rapprochés, par Sainte-Beuve, dans ses jugements généraux sur le xvne siècle littéraire. Le 1er juillet 1844 (article sur les Pensées et fragments de Lettres de Biaise Pascal) il écrit : « Pascal à part, on ne trouverait, en effet, dans ce grand siècle de Louis XIV, que trois hommes d’un goût tout à fait libre et indépendant, comme nous l’entendons, Bossuet, Molière et La Fontaine. Tout le reste est relativement timoré; le goût des meilleurs voulait la régularité et ne concevait point qu’on s’en passât. » (C. L. V, 209.)
— Le 21 octobre 1850, article : Qu’est-ce qu’un classique?
« Athalie et le Discours sur l’Histoire universelle, tels sont les deux chefs-d’œuvre les plus élevés que la théorie classique rigoureuse puisse offrir à ses amis comme à ses ennemis. » (C. L. III, 45).
— Dans Port-Royal il revient sur ce point : « Racine, dans Athalie a égalé les grandeurs bibliques de Bossuet, et il les a égalées avec des formes d’audace qui lui sont propres, c’est-à-dire toujours amenées et revêtues, et sans avoir besoin des brusqueries de Bossuet. Le Discours sur l’Histoire universelle, Athalie et Polyeucte (ne l’oublions pas), — ce sont les
NOTES
trois plus hauts monuments de l’Art chrétien au xvn® siècle, les Pensées de Pascal, par malheur, n’ayant pu atteindre au monument proprement dit et étant restées à 1 état de grandes
ruines. » (VI, 150-151.) . ,
Dans son article sur l 'Histoire de la Littérature française
de Nisard (10 juin 1861), Sainte-Beuve oppose à Bossuet Voltaire en qui il reconnaît un meilleur représentant de 1 esprit français : « Le vrai représentant de l’esprit français dans ce que j’appelle un congrès européen serait Voltaire. Gcethe 1 a vu et l’a exprimé avec sa supériorité de critique et de naturaliste : « Lorsqu’une famille s’est fait remarquer, dit-il, durant quelques générations, par des mérites et des succès divers, elle finit souvent par produire, dans le nombre de ses rejetons, un individu qui réunit les défauts et les qualités de tous ses ancêtres, en sorte qu’il représente à lui seul sa famille entière.
11 en est de même des peuples célèbres : la plupart ont vu naître dans leur sein des hommes profondément empreints de la physionomie nationale, comme si la nature les eût destinés à en offrir le modèle. — Et c’est ainsi, ajoute-t-il, que la nature produisit, dans Voltaire, l’homme le plus éminemment doue de toutes les qualités qui caractérisent et honorent sa nation, et le chargea de représenter la France à l’univers. » Et il énumère les qualités nombreuses et les quelques defauts essentiels qui font de lui l’image brillante du Français accompli. Que si on prétendait donner pour type de l’esprit français, tout autre plus sérieux, plus grandiose, Bossuet, par exemple, on se tromperait en visant trop haut, on déplacerait le centre. » (C. L. X., 210 n.) Cf. Conversations de Gœthe avec Eckermann, édit. Fasquelle, II, 77 n.] „ . ^ „
— Le 29 juin 1862 (article sur Ernest Renan), Sainte-Beuve écrit que Bossuet nous donne « dans son œuvre épiscopale, et pourtant si française, la contre-partie de La Fontaine » (P. C. 11,402); et le 18 juillet 1864 (article sur Mme Roland), proclamant l’originalité du génie de Bossuet et une fois encore, le rapprochement de Pascal : « En France, depuis l’ouverture de notre grand siècle littéraire, nous avons toujours eu de l’imitation et des réminiscences jusque dans l’originalité : c’est ce qu’on appelle être classique. Sauf un ou deux cas d’exception, — Pascal, Bossuet, — on reconnaît et l’on peut toujours nommer quelque ancien derrière un moderne, il eût semblé autrement que la caution, la marque de garantie, lui manquait. » (N. L. VIII, 239.)
— A noter qu’au t. III de Port-Royal, on lit, à propos de la clarté jointe à la naïveté que Pascal admire dans les paroles de Jésus-Christ : « C’est cette naïveté-là, ce je ife sais quoi d’humble, de simple et de doucement négligé dans la suprême vérité qui ferait le cachet du style chrétien, s’il en fallait chercher un, et je ne saurais le reconnaître ce cachet à part, ni chez Pascal, ni chez Bossuet, tous deux si puissants malgré qu’ils en aient. » (P. 463.)
— Sainte-Beuve a rapporté aussi, quand il en a eu l’occasion, les opinions de certains auteurs sur Bossuet :
1° Celle de M. de Sacy dans un article sur son ouvrage :
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Variétés littéraires, morales et historiques (28 juin 1858) : « Bossuet, à la bonne heure ! voilà celui sur lequel M. de Sacy ne tarit pas, dont il sent tous les mérites, et qu’il embrasse sans cesse. Ici, il fera comme Fénelon; il nous racontera ses impressions diverses aux lectures et aux relectures successives qu’il en a faites. D’abord il croyait admirer assez en choisissant parmi ses Oraisons funèbres : il y en avait trois sur six qu’il estimait fort inférieures aux autres. Il s’en confesse (c’est encore son mot), il s’en humilie et s’en repent : « La dernière lecture, nous dit-il, que je viens de faire des Oraisons funèbres m’a bien changé ! J’ai peur de retomber dans un autre paradoxe. » En effet, peu s’en faut que cette fois il ne déplace les rangs, qu’il ne les intervertisse, et qu’il ne mette au premier ce qu’il avait d’abord laissé descendre au dernier dans son estime. » (C. L. XIV, 187.)
2° Celle de M. de Tocqueville, dans un article sur les Œuvres et Correspondances inédites de cet auteur (7 janvier 1861) : « J'ai lu aussi des Sermons de Bossuet. C’est une partie de ses écrits que je connaissais peu, si toutefois on peut appeler cela des écrits : ce sont des improvisations dans lesquelles son génie, moins contraint qu’ ailleurs, m’a paru heurté et presque sauvage, mais plus vigoureux encore et peut-être plus grand que dans aucun de ses ouvrages. » [Lettre du 31 décembre 1853 à M. de Corcelle (Œuvres et Correspondance inédites, II, 247- 248).] Ce mot de sauvage est le mot juste; c’est bien l’effet que produit par moments cette singulière et si brusque éloquence des Sermons de Bossuet, à laquelle les critiques classiques proprement dits, de l’école de La Harpe, ont eu tant de peine à s’accoutumer. (C. L. XV, 119.)
3r Celle de Stendhal, dans l’article sur Stendhal du 2 janvier 1854 : « De ce qu’il y a de la déclamation voisine de l’éloquence, Beyle se jettera dans le contraire; il ira à mépriser Bossuet de ce qu’il appelle ses phrases. » (C. L. IX, 306.)
4° Celle de Thiers : « Thiers cause avec verve de la littérature du dix-septième siècle (12 décembre 1847); il met au-dessus de tout Bossuet, Molière et Racine; La Fontaine après, mais fort en dessous; Mme de Sévigné a un très haut rang près d’eux; mais il déclare en baisse Fénelon et même Corneille. » [Notes et Pensées, n° clvi; (C. L. XI, 503-504).]
— Ajoutons aussi une note à propos des rapports de Bossuet avec Santeul. Dans son article sur Santeul du 8 septembre 1855, Sainte-Beuve raconte que Santeul ayant en 1689 composé une pièce de vers qu’il intitula Pomone, « parce qu’il y avait introduit cette Nymphe, il s’éleva une grande rumeur de la part des amis de Santeul. Quoi ! le poète qui s’était publiquement consacré à célébrer les Saints dans ses Hymnes, revenir de la sorte à la mythologie païenne!... Bossuet en particulier, qui aimait Santeul et qui avait raison de l’aimer (car celui-ci a tracé du grand évêque, en beaux vers, un portrait des plus vivants), Bossuet faisait le fâché ou l’était un peu, tandis que d’autres, l’abbé de Fénelon, l’abbé Fleury, Nicole, après avoir lu la pièce en question, se montraient plus indulgents. Santeul publiait leurs lettres pour se justifier et s’en décorer, et en
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même temps il ne perdait pas l’occasion de faire amende honorable à Bossuet dans une pièce de vers imprimée, en tête de laquelle une vignette le représentait à genoux, et reçu à pénitence par le grand évêque de Meaux. Mais cette humiliation solennelle tournait encore à la louange. Bossuet y répondait de Versailles par une lettre pleine de grâce et d’enjouement (15 avril 1690) : « Voilà, Monsieur, ce que c’est de s’humilier. L’ombre d’une faute contre la religion vous a fait peur; vous vous êtes abaissé, et la religion elle-même vous a inspiré les plus beaux vers, les plus élégants, les plus sublimes que vous ayez jamais faits. Voilà ce que c’est, encore un coup, de s’humilier... » [Correspondance de Bossuet, IV, 73-74.] (C. L XII, 42-43.)
— Enfin, sur la gloire religieuse de Bossuet, Sainte-Beuve a écrit dans son article intitulé : Du point de départ et des origines de la Langue et de la Littérature françaises (8 novembre 1858) : « A partir de ce jour [le martyre de Paule Blandin] l’Eglise des Gaules est fondée véritablement et scellée dans sa première pierre, et elle croîtra, elle grandira sans interruption jusqu’à Bossuet qui apparaît debout au sommet. » (P. L. III, 79.)
FLÉCHIER
229. Nous avons deux études de Sainte-Beuve sur Fléchier. La première a paru dans le Journal des Débats le 17 août 1844; elle a été recueillie au t. V des P. C.; elle y est intitulée : Fléchier : Mémoires sur les Grands Jours tenus à Clermont en 1665-1666, publiés par M. Gonod, bibliothécaire de la ville de Clermont. La deuxième est une notice pour une édition postérieure des mêmes mémoires : Mémoires de Fléchier sur les Grands Jours d’Auvergne en 1665, annotés et augmentés d’un Appendice par M. Chéruel et précédés d’une notice par M. Sainte-Beuve de l’Académie française; Paris, L. Hachette et C'% 1856; cette étude a été recueillie au t. XV des C. L.
230. « MUe de Verthamon [puis Mme de Caumartin], celle sous les auspices et d’après l’inspiration de laquelle Fléchier écrivit ses Grands Jours de Clermont... » (Article sur Une réception académique en 1694 d’après Dangeau, 18 août 1855;