‹ Les grands écrivains françaisChapitre 38 sur 84 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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245. Cet article sur les Lettres de Rancé, éditées par M. Gonod, est du 29 septembre 1846. C’est dès le début que Sainte-Beuve y parle de Fléchier. Il y dit : « Est-ce pour faire amende honorable, pour faire pénitence d’avoir publié les charmants Mémoires inédits de Fléchier sur les Grands-Jours, que le même savant éditeur nous donne aujourd’hui les Lettres de Rancé? Le fait est que ces agréables Mémoires, dont nous avons rendu compte dans ce journal en nous y complaisant, qui ont été lus ici de chacun avec tant d’intérêt et qui ont singulièrement rajeuni et, pour tou* dire, ravivé la renommée som-

NOTES

meillante d’un grave prélat, ont causé dans le pays d’Auvergne un véritable scandale. On a essayé de nier leur authenticité, comme si de tels récits s’inventaient à plaisir, et comme si une langue aussi exquise et aussi polie se retrouvait ou se fabriquait à volonté après le moment unique où elle a pu naître. Puis on s’est rejeté sur le tort qu’une semblable publication faisait à la mémoire de Fléchier, et on s’est porté pour vengeur de sa gloire officielle, comme si, après tout à l’heure deux siècles, il y avait une meilleure recommandation auprès d’une postérité blasée que de parvenir à l’intéresser encore, à l’instruire avec agrément et à faire preuve auprès d’elle des diverses sortes de qualités qui brillent dans cet écrit familier, esprit d’observation, grâce, ironie et finesse. Enfin on a fait jouer les grosses batteries, et on a crié bien haut à l 'immoralité et à Y irréligion. Le clergé et la noblesse d’Auvergne se sont mis à guerroyer contre le livre, la noblesse surtout; car on se rappelle qu’elle ne fait pas une très belle figure dans les Grands-Jours. De loyaux militaires, d’anciens officiers de cavalerie se sont piqués d’honneur; ils sont venus, plume en main, discuter le plus ou moins de convenance des historiettes racontées par le jeune abbé dans la société de Mme de Caumartin et s’inscrire en faux contre ses plus insinuantes malices. Ce serait à n’y pas croire, si nous n’avions sous les yeux une brochure par laquelle M. Gonod a jugé à propos de répondre à ces pauvretés qui ont fait orage dans le pays; nous ne savions pas que l’Auvergne fût si loin de Paris encore. Ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est qu’on nous assure que l’éditeur, pour couper court à ces criailleries de chaque matin, a pris le parti de retirer le plus d’exemplaires qu’il a pu de la circulation. L’ensemble de cette petite tracasserie est un trait de mœurs locales au xixe siècle. Nous savions bien que le succès des Mémoires de Fléchier avait été grand; nous ne nous doutions pas qu’il eût été tellement à point et de circonstance. » (Port, litt., III, 424-425).

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