Ibid, I
364. A la suite de ces opinions sur Bourdaloue, rappelons : 1° celle de l’abbé Maury, transcrite à la note 324; — 2° celle de l’abbé Legendre. Sainte-Beuve, dans son article du 15 janvier 1863, sur les Mémoires de l’abbé Legendre, chanoine de Notre- Dame, secrétaire de M. de Harlay, parlant du jugement de cet auteur sur des prédicateurs de son temps, écrit : « Il laisse le Père Bourdaloue à la première place où l’estime publique l’avait d’abord porté, quoiqu’il prétende n’avoir pas eu à se louer personnellement de lui; voici ce qu’il en dit : «Peut-etre n’v a-t-il pas eu de prédicateur plus suivi que le Père Bourdaloue, — j’ajoute, ni qui ait plus mérité de l’être. Il avait un air prévenant; sa voix était d’une etendue prodigieuse, il prononçait fort vite, et cependant si distinctement, qu on ne perdait pas une seule de ses paroles. Quoiqu il gesticulât un peu trop, son action ne déplaisait pas. A l’egard de ses sermons, ils ont été accueillis par les acclamations de tous ceux qui lès ont entendus, et on les a trouves aussi beaux quand ils ont été imprimés. Ils ont été traduits en latin, en italien, en espagnol et en allemand; il n’y a pas jusqu aux Protestants qui ne les estiment. Est-il une plus forte preuve d un mente extraordinaire?... » En ce qu’il dit là de la rapidité de prononciation et de la gesticulation continue et trop uniforme de Bourdaloue, l’abbé Legendre se trouve d accord avec Fénelon dans ses Dialogues sur l’Eloquence [cf. second dialogue (édition Garnier frères, p. 42-44]), mais il n’en prodigue pas moins ses éloges à l’orateur; il n’y met pas les memes restrictions que ce suprême homme de goût qui avait le droit d être si difficile. (N. L. V, 154-155.) — 3° L’opinion de Tocqueville, Sainte-Beuve la cite dans son article sur les Œuvres e t la Correspondance de Tocqueville (7 janvier 1861) où il écrit : « Sur Gibbon, sur Bourdaloue, sur Bossuet, M. de Tocqueville a des appréciations qui méritent d’être retenues. On ne dit pas mieux en moins de mots : « Pour remettre mon esprit en équilibre, écrivait-il à M. de Corcelles (un esprit à la fois libéral et religieux, et à qui il savait que cela ferait plaisn),
e lis toujourf. de temps en temps, du Bourdaloue; mais je Crains bien que le bon Dieu ne m’en sache pas beaucoup de gré, parce que je suis trop'frappé du talent de 1 écrivain et
NOTES
trouve trop de plaisir à la forme de sa pensée. Quel grand maître, en effet, dans l’art d’écrire 1 Je ne saurais trop, surtout, admirer l’art avec lequel il conduit ses auditeurs, sans les en avertir, à travers des images qui leur sont familières, vers les objets qu’il a en vue, et la perfection avec laquelle il fait correspondre exactement ces images matérielles avec les vérités invisibles qu’il veut faire comprendre. Je remarquais notamment l’autre jour, — dans le sermon sur l’Aumône, je crois, — une de ces comparaisons non indiquées. Elle est entre Dieu et le seigneur féodal; cela m’a frappé, parce que je suis maintenant aussi savant qu’un feudiste en fait de féodalité. Dans cette matière si éloignée des habitudes de son esprit, Bourdaloue emploie avec une exactitude si rigoureuse, quoique non affectée, les termes justes, et ils s’appliquent si bien à ce qu’il veut dire, qu’il n’y a pas un des hommes de son temps auquel il ne rendît sensible sa pensée...
« L’adresse avec laquelle il varie les formes du langage pour soutenir et reposer l’attention de l’auditeur est véritablement merveilleuse. Où Bourdaloue, qui avait vécu si longtemps en province, avait-il pu acquérir ces finesses de l’art, et, parmi les qualités plus substantielles encore que celles dont je parle, le don de choisir le mot nécessaire (il n’y en a jamais qu’un), et de vider, pour ainsi dire, la pensée de toutes les choses qu’elle contient? » Je le demande, un critique de profession qui se serait occupé de Bourdaloue, un abbé Maury, ou un Vinet, trouveraient-ils mieux? » (C. L. XIV, 118-119.) — 4° L’opinion de Lamennais. Il écrivait à Sainte-Beuve: «Les Jésuites n’ont, que je sache, qu’un seul écrivain, et encore de second ordre, à citer : Bourdaloue. » ( Port-Royal , III, 258.)