Œuv. complètes, VIII
393. Cf. Pline le Jeune : Lettres, liv. VI, xxvn (édit. Garnier frères, p. 236).
394 Sainte-Beuve fait aussi allusion à ce goût de Fénelon nour Horace et à ce qu’il écrivait de ce poète a Destouches, dans son article du 29 mai 1854 sur Bossuet. Voir note 397, 12“
et 13°,
NOTES
395. Lettre du 28 novembre 1711 ( Œuv . complètes, VIII, 36). Mot rappelé encore dans l’article sur Y Histoire du Consulat et de l’Empire, de Thiers; 26 août 1861; C. L. XV, 281.
396. Lettre du 11 janvier 1712 (Œuv. compl., VIII, 43). Les strophes d’Horace citées dans cette lettre sont les strophes V et VIII de l’ode à Auguste, la 5e du liv. IV (Œuv. compl. d’Horace, édit. Garnier frères, p. 48). La stance de Malherbe ce sont quatre vers de l’ode pour le roi allant en Limousin, dont le premier est :
Ces veilles cesseront un jour au sommet de nos tours.
(Poésies, édit. Garnier frères, p. 15.)
397. Sur le sens qu’avait Fénelon de l’antiquité voici quelques textes de Sainte-Beuve :
1° i Fénelon n’excelle pas dans les traductions d’Homère » (26 juin 1827; article sur Tacite; P. L. I, 234).
2° Après avoir dit que « La Fontaine, sans y songer, était alors bien plus grec que tous de sentiment et de génie », il ajoute : « Surtout Fénelon l’est par goût, le délicat, le fin, le négligent, d’un tour simple et divin, il l’est dans son Télémaque, dans ses essais de traduction d’Homère, ses Aventures d’Aristonoüs ; il l’est partout, par une sorte de subtilité facile et insinuante qui pénètre et charme : c’est comme une brise de ces belles contrées qui court sur ces pages. » (5 mai 1840, article sur Maurice de Guérin; P. L. III, 389-390.)
3° « Aucun de nos écrivains depuis Fénelon n’avait eu à ce degré [au degré où l’avait Chateaubriand] l’intelligence vive du génie grec et, si Fénelon en avait goûté et rendu surtout les grâces simples et l’attique négligence, il était réservé à notre glorieux contemporain d’en exprimer plutôt les lignes grandioses et la sublimité primitive. » (27 janvier 1843, article sur Homère ; P. C. V, 328.)
4° « Dans les manières de la sentir [la poésie grecque] et surtout d’oser la rendre depuis le xvie siècle en France, on compterait différents temps et comme divers degrés d’initiation avant d’arriver à son expression toute nue et toute simple, à laquelle on n’est pas encore venu. Racine, certes, la sentait tout entière, mais il ne la rendait pas également, et il l’accommodait plus ou moins à l’usage de son temps, selon ce qu’on en pouvait porter autour de lui. Fénelon eût osé davantage, au moins dans les portions de naïveté et de grâce simple. La Fontaine cheminait, mais d’instinct seulement, dans le même sens. Plus tard, l’abbé Barthélemy ne s’aperçut pas qu’il se souvenait beaucoup trop du cercle de ChanteloupAen nous reconduisant jusque dans Athènes. » (15 décembre 1845, article sur Méléagre ; P. C. V, 409.)
5° « Les anciens lui étaient [à Montesquieu] un culte. Il ne connut jamais beaucoup cette première antiquité simple, naturelle, naïve, de laquelle Fénelon était, parmi nous, comme un contemporain dépaysé. » (18 octobre 1852, article sur Montesquieu, C, L, VII, 43,)
NOTES
6° « Au dix-septième siècle, la Grèce ne fut pas aussi bien comprise ni aussi fidèlement retracée qu on se le figure . Boileau qui, à la rigueur, entendait Homère et Longin, est cependant bien plus latin que grec; Racine, dans ses imitations de génie et en s’inspirant de son propre cœur, n a reproduit des anciens chefs-d’œuvre tragiques que les beautés pathétiques et sentimentales, si l’on peut dire, et il les a voulu concilier aussitôt avec les élégances françaises. Fenelon seul, sans songer à copier ni à inventer, et par une simplicité naturelle de goût, a retrouvé sous sa plume et r e c ° mm en c e f a c 1 lem e n t la Grèce. » (13 décembre 1852; article sur l abbé Barthélemy,
^ 1° « A continuer, après le siècle de Ronsard, d’adresser cette question à nos poètes et auteurs en renom : « Lisez-vous Homère? aimez-vous Homère? » ... c’est a Fenelon qu il en faut venir pour posséder l’esprit familier et adouci d Homère, tout ce qui pouvait alors se naturaliser de lui en France et y etre à l’usage de chacun dans une prose suave et persuasive. » (20 octobre 1855, article sur Pierre de Ronsard ; C. L. XI, 80).
Deux textes aussi dans Chateaubriand et son gioupe
^^8°^ Sainte-Beuve vient de parler du « côté d’art re'çve, revenant à l’antique » de l’auteur d’Atala, » qu il appelle « quelqu’un qui a lu la Bible, qui a lu Homère et qui en a senti la mandeur ». Il ajoute : « L’inconvénient, c est d avoir a theicher ces beautés simples ou grandioses, en y remontant avec effort plutôt que de les rencontrer, directement, de premieie venue - mais ?et inconvénient, à peu près inévitable, devient un caractère inhérent à toutes les secondes ou troisièmes époques et c’est pour cela que nous ne sommes pas en 1800 a l auiore d’un grand siècle mais seulement au début de la plus ballante
d6« une 6 g r a n dcf époque, laquelle pourtant était à quelques égards une époque seconde, Fénelon avait trouve par l’etude par la puissance d’imitation [en note : « expression de M Villemain, qui excelle à ces alliances de mots »], mais sans apparence4 d’effort ni même de reflexion, et il avait épancwTans son Télémaque le sentiment de ces primitives
be«UOuand j’ai dit que nul écrivain au xvnD siècle n’avait pressenti cettfpoétijue élevée et tout à fait digne de son nom aue Chateaubriand remettait en lumière, je me trompe, il y en avait un qui l’avait retrouvée dans la pratique, avec plus dhirt que Fénelon et pourtant, comme lui avec une sorte de simplicité instinctive, je veux parler de Bernardin de Saint Se et de sa chaste et idéale manière se couronnant volontiers de l’image antique et rajeunie. Mais 1 indiscrétion et la Son même d’où cet art s’était offert avaient empeché d en
rC1gf «^out^l^f on^de la critique française, en ce qui concerne 1 antiquité se résumerait en un petit nombre de volumes qui ont peu à peu formé notre rhétorique. » Entre autres exemples : 4 Fénelon, Pdans la Lettre à l’Académie, ouvrage solide sous une
NOTES
forme charmante, a cueilli la tleur des plus beaux passages des Anciens. » ( Op . cit., I, 320-321.)
— Et quelques textes aussi épars dans Port-Royal :
10° « A Fénelon il seyait de traduire Homère. » (II, 362.)
11° « Il [Nicole] n’a pas, pour la belle Antiquité, ce culte délicat qui honore à nos yeux Racine et Fénelon. » (IV, 417.)
12° Comparaison entre Fénelon et Du Guet : « Il [Du Guet] n’a cessé de côtoyer Fénelon, mais du côté de l’ombre et dans un demi-jour conforme à la ligne janséniste... Dans cette allée où ils marchent l’un et l’autre, Fénelon est du côté de la lumière et du soleil, Du Guet est du côté de l’ombre. Du Guet n’a voulu et n’a pris de la lumière et du rayon que la chaleur et la vie, l’usage intérieur essentiel, le foyer, non l’éclat ni la couleur. Avec la distinction et la délicatesse qui leur sont propres et communes à tous deux, Fénelon a, de plus que Du Guet, une élévation et une légèreté naturelle et primitive de talent, un essor insensible mais irrésistible, des ailes dont il ne se sert pas, mais que l’on sent, qui le soulèvent même quand il ne fait que cheminer, et qui lui donnent en ces moindres pas, cette démarche angélique et presque divine. Fénelon a en lui un fonds d’atticisme, d’héllénisme intime, qui se trahit et qui transpire. Il a, quoi qu’il fasse, une réminiscence flottante d’Homère, une habitude incurable d’Horace, ce sentiment du fin et de l’aimable qui ne l’abandonne jamais, qui l’avertit tout bas, même en matière spirituelle, qui arrête sa plume à temps et qui lui dit : Rien de trop, c’est assez. Même quand il parle le langage de saint Paul, il y a un ressouvenir lointain (et pas si lointain !) d’Eucharis, la grâce heureuse. La Cymodocée (Je Fénelon est chrétienne, mais elle a été Cymodocée.
« Rien de tel en Du Guet... » (VI, 46-47).
13° Dans Mes Poisons : « Fénelon a en lui un fonds d’atticisme, d’hellénisme intime qui se trahit, et qui transpire. Il a, quoiqu’il fasse, une réminiscence flottante d’Homère, une habitude incurable d’Horace, ce sentiment du fin et de l’aimable qui ne l’abandonne jamais. » (P. 27.)
14° Enfin : « La Fontaine et Fénelon, s’ils ne l’avaient pas vue, avaient deviné la Grèce. » (Octobre 1868, article sur Eugène Gandar ; N. L. XIII, 364.)
— Parmi les Latins, on a déjà rencontré Horace et Tacite. Voici Catulle. D’abord dans l’article du 15 décembre 1845 sur Méléagre : « Catulle, qu’on ne peut nommer sans avoir horreur de ses obscénités, a écrit Fénelon en cette même lettre qu’il m’arrive d’invoquer souvent, est au comble de la perfection pour une simplicité passionnée; » et il cite un distique sur Lesbie. (P. C. V, 426.) [cf. Catulle : LXXXVI : ï>e amore suo ( Œuvres de Catulle... édit. Garnier frères, p. 108]; puis : « Il [Catulle] est au comble de la perfection (Fénelon l’a dit) quand il fait parler son désespoir; » (article du 15 décembre 1855 sur les Œuvres de Voiture, C. L. XII, 206); — enfin, dans l’article du 23 novembre 1863 sur les Œuvres de Louise Labé. Sainte-Beuve rappelle les deux vers de Catulle et que « Fénelon les donnait, comme un modèle de simplicité
NOTES
passionnée ». (N. L. IV, 307). — Et voici Térence. Dans son article sur Térence du 10 août 1863, Sainte-Beuve cite la sc. vi du Ier acte de Y Adrienne , et il ajoute : « Ce sont là de ces passages qui ravissaient Fénelon : « Tout ce que l’esprit ajouterait à ces simples et touchantes paroles ne ferait, dit-il, que les affaiblir. » Quelques pages plus loin, il cite cet autre jugement de Fénelon sur Térence : « Une naïveté inévitable qui plaît et attendrit par le simple récit d’un fait commun. » (N. L. V, 351 et 357.) Un peu plus loin encore (p. 367) recherchant quels sont « les écrivains attiques en français dont nous puissions comparer sans trop de contresens la diction à celle de Térence » il nomme comme en étant « certainement » M“e de La Fayette, Fénelon, Mme de Caylus, auxquels il ajoute Lesage pour Gil Blas, l’abbé Prévost pour Manon Lescaut.