Lettre du 16 juin 1701 (Ibid., VII
462. Sainte-Beuve a encore parlé de quelques lettres de Fénelon au duc de Chevreuse, en en faisant quelques citations, dans son article du 1er décembre 1856 sur le Maréchal de Villars. On y voit un Fénelon hostile au maréchal. Sainte- Beuve dit que certains résultats obtenus par Villars « ne s’obtenaient pas sans bien des soins, de l’application et sans une nature particulière de génie ». Cette sorte de génie, « Villars, dit-il, la possédait ». Puis : « Et ici je rencontre un nouvel et tout à fait imprévu adversaire et contradicteur, un juge sévère du glorieux général qui va sauver la France, et, avant d’aller plus loin, je sens le besoin de l’écarter, — je voudrais pouvoir dire, de le concilier : ce n’est rien moins que l’archevêque de Cambrai, Fénelon. Villars, durant ces années de campagne en Flandre, fit vers lui bien des avances; Fénelon, tout en les accueillant d’un air de bonne grâce, réservait son
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jugement, et, dans sa correspondance particulière avec le duc de Chevreuse, dans les mémoires et instructions confidentielles à l’usage du duc de Bourgogne, on voit qu’il n’estimait point Villars à sa valeur. Il appréciait son zèle et son courage, mais il augurait trop peu de son habileté; il le croyait une tête légère, sans modération, toujours prêt à se piquer d’honneur et à tout risquer au moindre mot de défi : « Le papillon, disait-il, se brûle à la chandelle. » [Lettre du 19 septembre 1711. (Œuv. compl., VII, 359).] Il le jugeait trop sur ses paroles et ne lisait pas dans ses pensées. « Je vous assure, Monsieur, écrivait Villars au ministre en lui peignant sa situation, que ces contradictions (que je rencontre) rendent le fardeau que j’ai bien pesant. On ne vous mandera pas que par ma contenance je donne lieu de croire que je le trouve tel; mais on passe de mauvaises nuits. » Fénelon n’était pas dans le secret de ces mauvaises nuits, et il en restait sur l’air d’audace et de fête du personnage, sur ses allures de bal et de plaisir aux plus graves moments. Et puis cette nature discrète et décente de Fénelon, qui était le goût suprême, devait être^ choquée de bien des outrecuidances de Villars. Il lui reconnaît cependant de l’ouverture d’esprit, de la facilité à comprendre, « avec une sorte de talent pour parler noblement, quand sa vivacité ne le mène pas trop loin; » et il ajoute « qu’il fait beaucoup plus de fautes en paroles qu’en actions ». Après cela, les réflexions de Fénelon à son sujet sont antérieures à Denain et aux victoires; elles se ressentent trop des mauvais discours des officiers généraux qui servaient sous Villars, et qui, dans leurs allées et venues, fréquentaient les salons de l’archevêché. Ces mauvais discours que Fénelon réprouve, tout en y cédant plus qu’il ne croit, allaient à décrier le général en chef et à lui ôter toute considération dans sa propre armée, à Yavilir, comme dit énergiquement Fénelon. C’est une difficulté de plus que Villars eut à combattre, et il n’en est que plus méritoire à lui d’avoir su, au milieu d’un tel dénigrement et de telles cabales d’état-major, ressaisir et retremper à ce point la fibre du soldat.
« Fénelon, ne l’oublions pas, inclinait à croire que tout était perdu et sans ressources; il le dit en termes nets, écrivant au duc de Chevreuse au commencement de 1710 : « La discipline, Tordre, le courage, l’affection, l’espérance, ne sont plus dans le corps militaire : tout est tombé, et ne se relèvera point dans cette guerre. Ma conclusion est qu’il faut acheter l’armistice à quelque prix que ce puisse être, supposé qu’on ne puisse pas finir les conditions du fond avant le commencement de la campagne. » [Lettre du 20 mars 1710. ( Œuv . compl., 'Nil, 310).] Or, l’honneur de Villars est précisément, par des moyens qui étaient en lui et qu’il puisait dans sa nature assez peu fénelonienne, d’avoir su remédier à ce découragement universel, et d’avoir tiré des étincelles d’héroïsme là où les plus pénétrants ne voyaient plus qu’une entière prostration. » (C. L. XIII, 108-109.)
— Dans un deuxième article sur le même sujet, et qui fut publié le 2 décembre 1856, Sainte-Beuve a écrit : « Il [Villars]
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abondait trop en lui-même. Il débordait... » Il lui échappait des saillies, mais « il n’avait pas la netteté, il s’embarrassait dans les digressions, ce qui a fait dire à Fénelon s qu’il n’avait que des lueurs d’esprit. » (G. L. XIII, 123-124.)
463. Lettre du 13 septembre 1710. (GE uv. complètes, VII, 325.)
464. Lettre du 15 novembre 1710. (Ibid., VII, 332.) Cf. aussi lettre du 15 février 1711 (p. 335).