‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 100 sur 261 · III · texte numérisé non relu

III

Bourdaloue (1632-1704]

Parmi les prédicateurs qui succédèrent à Bossuet, le plus célèbre est le Pi;re Bourdaloue, de l'ordre des jésuites. Appelé pour la première fois à la cour en 1670, Bourdaloue y revint jusqu'à dix fois. Sa prodigieuse vogue nous est confirmée par tous les mémoires et par toutes les lettres du temps (cf. en particulier

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• de Stiviyaé). Au xviii' siècle encore (cf. VolLuire, Siècle de Louis XIV), ou considère Bourdalouc comme supérieur k Dossnet dans le sermon. Quelles sont les raisons de ce succès ?

D'abord. li<uirdaloue semble avoir préparé ses sermons avec beaucoup de soin, ci les avoir récités en ilisenr [)ai*l'aiL — Puis, Hourdaloue fait des plans dune loj?ique très serrée, où abondent les divisions ; et pour cet auditoire formé par la méthode de Descartes, cet abus de logique était une (jualité. — Mais surtout, Hourdaloue, très lin et très subtil psycholojiue, analysait les défauts et les vices, et les symbolisait en des porifaits sous lesquels la malignité des auditeurs mettait des noms.

Dans les deu.v extraits qui suivent, on admirera surtout la fi-anchise et la hardiesse de liourdaloue, (|ui ne craint pas de donnera la cour de rudes avei-tissements. Encore ne poUvonsnous citer les plus sé\ères. à pi'opos desquels M"'* de Sé\igné écrivait : « Il frappe comme un sourd : sauve (jui peut ! »>

Les dettes ItiTO?).

Bourd.iloue a stigmatisé avec une sévérité tout év.ingélique, comme Molière avec sa verve comique, l'habitude des grands seigneurs Je ne point payer leurs dettes (cf. la scène de Don Juan avec M, Dimanche, citée p. >î8). C'était presque devenu un lien commun dans les sermons, et l'on pourrait, sous ce titre, grouper un grand nombre de passages tirés de Bossuet, de Massillon, etc., qui étonneraient plus d'un lecteur.

Mais je laisse ces sortes d'abus ' ; et voyez seulement, mes chers auditeurs, la peine que témoignent certains riches et certains f^ens du monde quand il s'agit d'acquitter des dettes lég-itimement contractées; et la violence qu'ils se font, ou plutôt qu'il leur faut faire pour arracher d'eux un paiement dont ils conviennent les premiers qu'ils ne peuvent se défendre. Par combien de paroles et de vaines promesses n'éludent-ils pas les poursuites d'un créancier? Combien de rebuts ne l'oblig"cnt-ils pas à essuyer ? De combien de relardements

1. Bourdaloue vient de dire : « ... Où voit-on des juges, toueliés d"im remords salutaire, rendre à des parties lésées ce (ju'ils leur ont enlevé par un jugement lnir|uc et de nmuvaise foi ? Où voit-on des ecclésiastiques restituer les fruits des bènèliees qu'ils ijossodent sans en accoinpHr h.'S charges.' Avec cette seule ligure [{' inlerrogulion), qui est une figure de rhétori(iue, j'aurais de (luoi convnincrc et de quoi confondre tous les étals qui eoMiposeat le monde chrétien. »

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