Des moments, quelquefois
1. Harlay. Achille III de Harlay, comte de Beaumont, premier président du Parlement f^f 1712). — 2. Etait pour, était de nature à.
xvir siici.F
Ce prélat était un j^raiid homme maiji^re, bien l'ait, pâle, avec un grand nez, des yeux dont le feu et Tesprit sortaient comme un torrent, et une physionomie telle que je n'en ai point Nue qui y ressemblât, et qui ne se pouvait oublier quand on ne l'aurait vue qu'une fois. Elle rassemblait tout, et les contraires ne s'y combattaient point, l'allé avait de la g-ravité et de la galanterie ', du sérieux et de la g-aieté ; elle sentait également le docteur ^, Tévêque et le ^rand seig-neur ; ce qui y surnageait, ainsi que dans toute sa personne, c'était la finesse, l'esprit, les grâces, la décence, et surtout la noblesse. Il fallait faire effort pour cesser de le reg'arder. Tous ses portraits sont parlants, sans toutefois avoir pu attraper la justesse de l'harmonie qui frappait dans l'original, et la délicatesse de chaque caractère que ce visage rassemblait. Ses manières y répondaient dans la même proportion, avec une aisance qui en donnait aux autres, et cet air et ce bon goût qu'on ne tient que de l'usage de la meilleure compagnie et du grand monde, qui se trouvait répandu de soi-même dans toutes ses conversations : avec cela, une éloquence naturelle, douce, fleurie ; une politesse insinuante, mais noble et proportionnée ^ ; une élocution facile, nette, ag-réable ; un air de clarté et de netteté pour se faire comprendre dans les matières les plus embarrassées et les plus dures : avec cela un homme qui ne voulait jamais avoir plus d'esprit que ceux à qui il parlait ; qui se mettait à la portée de chacun sans le faire jamais sentir, qui les mettait à Taise et qui semblait enchanté ; de façon qu'on ne pouvait le quitter, ni s'en défendre, ni ne pas cherc-her à le retrouver. C'est ce talent si rare, et qu'il as ait au dernier degré, qui lui
l. Galanterie, sigaifie ici un air de politesse aimable. — 2. Le docteur celui (|ui a autorité pour euseigner. Le uiol est pris ici dans un sens théologique. Cf. Bosstiet, portrait de Cromwoll {Or. fun. de la reine tl'Aiiffleterre) : ... « Faisant le doclciir et le prophète, aussi bien que le soldai cl le capitaine. » — 3. Proportionnée à la «pialité de chacun.
(îrunds écrivains. 11
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titil tous ses amis si entièrement attachés toute sa vie, mal^^ré sa chute % et qui. dans leur dispersion, les réunissait pour se parler de lui. pour le rcf^retter, pour le désirer, pour se tenir de plus en plus à lui, comme les Juifs à Jérusalem, et soupirer après son retour, et l'espérer toujours, comme ce malheureux peuple attend encore et soupire après le Messie.
Mémoires, éd. Chcruel, \'1I, 59.)
Saint-Siniou n'excelle pas moins à raconter qu'à peindre. L'anecdote qui suit le prouvera. C'est une petite comédie, avec son exposition, soji nanti, son dénouement. Le caractère de Montausier y est présenté avec une estime qui n'exclut pas tout à fait l'ironie. Moljère joue lui-même au naturel le rôle le plus comique ; il se croit menacé, mystifié, et ne se rend qu'avec peine A l'évidence. On voit ici les physionomies et les gestes : les personnages sont aussi vivants que l'action est bien enchaînée.
M. de Montausier et Molière.
En 1668, monseigneur le dauphin arri\'ant à làge de sept ans, il lui fallut un gouverneur. M. de Montausier', fait chevalier du Saint-Esprit dès 1661, etduc et pair à la fin de 1665, fut choisi. Il avait alors cinquantehuit ans. Le choix ne pouvait être plus digne, et il y répondit pleinement. Il fut seulement accusé de trop de sévérité, et il était vrai que si ses mœurs étaient naturellement austères, son esprit ne l'était pas moins, et que, parvenu à ce degré de faveur, de considération et de confiance, il le contraignit beaucoup moins, et se icçnciait assez souvent à des espèces de sorties qui embarrassaient d'autant plus les gens, qu'elles avaient toujours une grande justesse jointe au poids qu'il y donnait.
4. Chute, allusion à la disgrâce qui siuvit la publication du Télémaque (169'.|)Ot la condamnation à Rome de la doctrine du Quiétisme Ces nmifi étaient en particulier les ducs de Beamilliers et de Chevreusc.
1. Montausier. Charles de Sainte-Maure., duc de Montausier 1610-1601',. fréquenta longtemps Ihôtel de Rambouillet ; il épousa en 1645 Julie d'Angennes. fille de la marquise de Rambouillet, pour laquelle il fit composer îa Guirlande de Julie. Il avait attendu pendant quatorze ans le consentement de la famille. C'était un liomme de caractère et de mérite, fort estimé par Boileau. Nommé gouverneur du Dauphin, il choisit Bossuet pour précepteur.
Cela le l'ai.'^ail craindre à beaucoup de f^ens, tellement que, dès que la comédie du Misanthrope parut '', il se débita publiquement que c'était lui qui y était joué. Il le sut et s'emporta jusqu'à faire menacer Molière, quoique alors si à la mode, de le l'aire mourir sous le bâton. Il arriva que, fort peu de jours après, cette pièce fut représentée à Saint-Germain, et comme monseig^neur le dauphin commençait à suivre le roi à ces sortes de plaisirs, nécessité fui à M. de Montausier de voir cette comédie, et, spectacle pour toute la cour, de l'y voir après ce qui s'était passé à cette occasion.
M. de Montausier y arriva intérieurement fort en colère ; mais il voulut, puisqu'il y était, la voir et l'entendre bien. Plus elle avançait, plus il la coûtait, et il en sortit si charmé, qu'il dit tout haut que ce misanthrope était le plus honnête homme qu'il eût vu de sa vie, et qu'il tenait à ;^rand honneur, quoiqu'il ne le méritât pas, ce qu'on avait dit sur lui ; et, sitôt quil fut rentré chez lui, il envoya chercher Molière. Le célèbre comique connaissait quel était M. de Montausier. Il avait tremblé des bruits qui avaient couru, dont il s'était disculpé de toutes ses forces ; rien ne le pouvait rassurer. Enfin, vaincu par plusieurs messa<;es coup sur coup, il y alla sur parole, mais toujours mourant de peur. Dès que M. de Montausier le vit, il courut à lui l'embrasser •*, le louer, admirer sa pièce, se défendre modestement de sa ressemblance, l'envier toutefois, ne résister pas à en être flatté, céder enlin à vouloir bien croire ce qui l'avait si fort mis en fureur. Molière, toujours plein d'cH'roi, ne croyait pas à ses oreilles et se défendait ; et la lin fut qu'il ne sut ni que faire ni que dire, quand M. de Montausier, averti que son souper était servi, convia Molière de ' se mettre à
2. Le Mi.sHntliropc (ul ioué pour la iininirre fois le 4 juin l<>6t). — 3. L embrasser, il ne faut voir dans ce geste que l'équivalent de notre poignée dr main. Cf. la 1" scène du Mifuinthrope. — i. Convia. . de, nous dirions convia à.
'A'2i J,i:S GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAI.M
lahlo. Molière fut loni^temps ù le com(3rcndre et a ros(îr, et ce fut iino scène charmante pour ceux qui en l'iircnl témoins, qui devint la nouvelle du lendemain, M. de Montausier but à Molière et Fassura de son amitié pour toujours et lui tint fidèlement parole.
{Ecrits inédits de Saint-Simon, éd. Feugère, t. VI, p. 317.)
4. Les Romans. — Honoré (FUrfé publie, de 1610 à 1627, VAstrée, roman pastoral, dune psychologie raffinée; La Calprenède donne des romans d'aventures {Cassandre, Cléopâtre) : M^^" de Sciidéry^ des romans héroïques et précieux, dans lesquels elle peint, sous des noms antiques, la société contemporaine {Ci/rns, Clélie): — dans le genre réaliste, Scarron écrit le Roman comique ; et Furetière, le Roman bourgeois. — Enfin, en 1677, M™" de La Fayette fait paraître, sous le nom de Scgrais, la Princesse de Clèves, chef-d'œuvre de délicatesse morale et de style. — Ch. Perrault publie en 1697 les Contes., puisés dans 1 folk-lure. mais dont il a le bonheur de fixer la forme.
citAPiTur: IX