CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU XVIH' SIÈCLE
1. Les dates. — I-ia période de notre littérature appelée xvni' siècle commence environ à 1715, date de la mort de Louis XI \', et peut avoir pour date extrême la fin même du siècle, 1800. — Cependant il faut considérer que quelques-uns des écrivains dont leS œuVreS sont habituellement rattachées au .wiii* siècle, soit comme (jenre, soit coiumc influence, ont publié ces œuvres avant 1715. Ainsi le Dictionnaire de Bayle, qui est comme une première Encyclopédie, est de 1697. Fonlenelle donne en 1686 ses Entretiens sur la pluralité des mondes et en 1687 son Histoire des oracles. Regrnard, que l'on place dans le xvin» siècle, meurt en 1709. avant Boileau et Fénelon.
D'autre part, le xviii' siècle paraît se diviser en deux parties bien distinctes, séparées par l'année 1750, date du premier Discours de J.-J. Rousseau.
2. La société et l'opinion. — Dès les premières années du xviii- siècle, et du \ ivant même de Louis XIV, la cour perd son influence prép<indérante. Les salons, au contraire, deviennent des centres ijhilosophi([ues, et c'est là que se forme Vopinion. Chez M"" du Delland et chez M"** GeolTrin, on ne fait plus des maximes, des portraits; on ne lit plus de madrigaux ou de tragédies : on discute sur des questions sociales et politiques.
r.KS r.HANDS FCHIVAINS KHANCAIS
.'i. La philosophie et la religion. — Au wiirsu-clc, le mot philosojihie lia plus le nu'-inc sens qu'au xvii*. Vn philosophe, au sens où l'euteiideiiL \'oltaire et Diderot, n'est pas un penseur qui étudie, à la façon de DescarLes ou de Malebranche, des problèmes de métaphysique ou de psychologie. C'est ce que nous appellerions aujourd'hui un économiste, un politique, ou tout simplement un piihliciste. Le philosophe du xvin' siècle s'occupe de questi'jns sociales, et ne croit plus qu'au progrès. Or le proférés se réalisera par la tolérance, par Yég alité et par les npplications des sciences.
La religion est vivement attaquée par tout ce groupe philosophique : on la juge incompatible avec le progrès, et sa contrainte morale paraît gênante à une société corrompue. On la traite donc de fanatisme, et on prédit sa disparition prochaine. Et cette religion qui eut au xvii« siècle des représentants si autorisés et si dignes de respect, n'est plus défendue, au xvin*. que par un gouvernement décrié et par des prélats de cour. Il faudra les secousses de la Révolution pour provoquer une renaissance chrétienne.
4. La littérature du XVIIIe siècle : son originalité. — On n'imite plus les anciens ; mais on imite ceux qui, au xvii'^ siècle, avaient imité les anciens. La tragédie, la comédie, l'épopée, l'ode, la poésie didactique, seront conformes aux modèles laissés par les grands classiques et aux préceptes de Boileau. L'auteur de VArt poétique devient le législateur du Parnasse. Aussi tous ces ouvrages, pris en eux-mêmes, sont-ils vides et artificiels. — Mais ce n'est là qu'une apparence. S'ils manquent de solidité et de beauté, les poètes du xviir siècle furent intéressants à leur date, et le sont encore à titre documentaire : en effet, leurs ouvrages sont presque tous des thèses sociales et philosophiques. Une tragédie de Voltaire, une comédie de La Chaussée et de Destouches. une épopée comme la. Henriade, contiennent des idées : et ce sont ces idées, tolérance, égalité, progrès, etc. que le public applaudissait.
Mais surtout la véritable grandeur du xmii* siècle est dans certains ouvrages en prose, qui ne peuvent se cataloguer sous aucune étiquette, et qui n'appartiennent à la littérature que par la beauté de leur style : VEsprit des lois, le Siècle de Louis XIV, l'Histoire naturelle. l'Emile, etc..
5. Les sciences. — Le mouvement scientifique du xvni- siècle est des plus remarquables. Qu'il suffise de rappeler : en mathématiques, les noms de d'Alembert, de Laplace, de Monge, — en astronomie : Herschell. Clairaut. [Cassini, — en physique et
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chimie : Dufay, NoUet, Franklin, Priestlcy, Lavoisier, Brrlhollet, Fourcroy, — en sciences Ut-ilii relies : Budon, Daubcnton, Lacépèdc, Linné, Jussieu, Ilaiiy, — etc.
Le mouvement scientifique est lavurisé par Tintérêt qu'y prennent les princes, surtout à l'étranger, et la noblesse. Il est de mode d'être j)hysicien ou chimiste, comme jadis d'être bel esprit. Les femmes encouragent aussi les sciences par leur curiosité ; et M'"" du Chàtelet, qui traduit Newton et envoie des mémoires à l'Académie des sciences, n'est pas une exception.
Ce progrès des sciences a une influence générale ; il hal)itue les esprits k la netteté et à la méthode ; il est une heureuse réaction contre l'utopie philosopliique ; il transforme l'histoire, l'exégèse, la critique. Mais il a aussi de grands inconvénients ; il développe l'esprit positif et utilitaire au détriment de la morale et de l'arf.