‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 142 sur 261 · I. Ministre, pasteur prolestant · texte numérisé non relu

I. Ministre, pasteur prolestant

wiii' siici.i; iV.>

En ouvrant la porte, j'entendis à la voûte un certain rclenlissenienl que je crus ressenil)Ier à des voix, et qui commença d'ébranler ma Icrmeté romaine -. J^a porte ouverte, je voulus entrer ; mais à peine eus-je fait quelques pas, que je m'arnHai. lin apercevant robscurité [irol'onde qui rég:nail dans ce vaste lieu, je fus saisi d'une terreur qui me lit dresser les (dieveux. Je rélrog^rade,je sors, je me mets à fuir tout tremblant. Je trouvai dans la cour un j)etit chien nommé Sultan, dont les caresses me rassurèrent. Honteux de ma tVayeur, je revins sur mes pas, tâchant pourtant d'emmener avec moi Sultan, qui ne voulut pas me suivre. Je franchis brusquement la porte, j'entre dans l'église. A peine y fus-je entré cpie la frayeur me reprit, mais si fortement que je perdis la tète ; et, quoique la chaire fut à droite et que je le susse très bien, ayant tourné sans m'en apercevoir je la cherchai longtemps à planche. Je m'embarrassai dans les bancs; je ne savais plus où j'étais ; et, ne pouAant trouver ni la chaire ni hi porte, je tombai dans un bouleversement inexprimable. Enfin j'aperçois la porte, je viens à bout de sortir du temple, et jemen éloigne comme la première fois, bien résolu de n'y jamais rentrer seul qu'en plein iour.

Je reviens jusqu'à la maison ; prêt à entrer, je distingue la voix de M. Lambercier à de g-rands éclats de rire ; je les prends pour moi d'avance; et, confus de m"y voir exposé, j'hésite à ouvrir la porte. Dans cet intervalle, j'entends M"" J.ambercier sinquiéter de moi, dire à la servante de prendre la hm terne, et M. f^ambercier se disposer à me venir chercher, escorté de mon intrépide cousin, auquel ensuite on n'aurait pas manqué de faire tout l'honneur de l'expédition.

i. Romaine, la Lrailition nous fait considérer les Honiains oninnip dos modèles de verlu stoïque.Ici, l'expression est ironiqui'.

ibO l.i:S (JHAM)S I.CUINAINS IKANÇAIS

A l'iiislanl Unîtes mes frayeurs cessent, et ne me laissent que celle d'être surpris dans ma fuite. .le cours, je vole au temple ; sans m'éj,'-arer, sans tâtonner, j'arrive à la chaire, j'y monte, je prends la Bible je m'élance en bas ; dans trois sauts, je suis hors du temple, dont j'oubliai même de fermer la porte ; j'entre dans la chambre hors dhaleine, je jette la Bible sur la table, elfaré, mais palpitant d'aise d'avoir prévenu le secours qui m'était destiné.

[Emile, liv. II.)

Leçon de choses (1762).

Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir cette curiosité, ne vous pressez jamais de la satisfaire. Mettez les questions à sa portée, et laissezlui les résoudre. Qu'il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, mais parce qu'il l'a compris lui-même ; qu'il n'apprenne pas la science, qu'il l'invente. Si jamais vous substituez dans son esprit l'autorité à la raison, il ne raisonne plus ; il ne sera plus que le jouet de l'opinion des autres '.

Vous voulez apprendre la g-éog-raphie à cet enfant, et vous lui allez chercher des globes, des sphères, des cartes : que de machines ! Pourquoi toutes ces représentations ? Que ne commencez-vous par lui montrer l'objet même, afin qu'il sache au moins de quoi vous lui parlez ?

Une belle soirée, on va se promener dans un lieu favorable, où l'horizon bien découvert laisse voir à plein le soleil couchant, et l'on observe les objets qui rendent reconnaissable le lieu de son coucher. Le len-

1. Pareille éducation suppose un enfant à l'esprit naturellement curieux et actif. Peut-être est-ce jouer sur un exemple trop exceptionnel.

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denlairt^ poiii" respirer le frais, on retourne au hiênie lieu avant que le soleil se lève. On le voit s'annoncer de loin par les traits de teu qu'il lance au devant de lui. L'incendie augmente, l'orient paraît tout en llammes : à leur éclat on attend l'astre longtemps avant qu'il se montre : à chaque instant on croit le voir paraître ; on le voit enlîn. Un point brillant part comme un éclair, et remplit aussitôt tout l'espace ; le voile des ténèbres s'ellace et tombe. L'homme reconnaît son séjour, et le trouve embelli. La verdure a pris durant la nuit une vigueur nouvelle ; le jour naissant qui léclaire, les premiers ravons qui la dorent, la montrent couverte d'un brillant réseau de rosée, qui réfléchit à l'œil la lumière et les couleurs. Les oiseaux en chœur se réunissent et saluent de concert le père de la vie ; en ce moment pas un seul ne se tait ; leur gazouillement, faible encore, est plus lent et plus doux que dans le reste de la journée, il se sent de la langueur d'un paisible réveil. Le concours de tous ces objets porte aux sens une immense impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu'à Tâme. Il y a là une demiheure d'enchantement, auquel nul homme ne résiste : un spectacle si grand, si beau, si délicieux, n'en laisse aucun de sang-froid -.

i. « L'n jour, Voltaire fit demander au comte de la Tour s'il voulait raccompagner dans une promenade, à trois heures du matin. " Mon cher comte, lui dit-il, je sors pour voir un peu le « lever du soleil. Voyons si Rousseau a dit vrai. » Ils partent par le temps le plus noir... Enfin, après deux iieures dcxcursion fatigante, le jour commence à poindre. Voltaire frappe des mains avec une véritable joie d'enfant... Déjà quelques teintes vives et rougeâtres se projetaient à l'horizon. Voltaire s'accroche aux bras du guide, se soutient sur M. de la Tour, et les conteini)lateurs s'arrêtent sur le sommet d'une petite montagne. De là le spectacle était magnifique ; les rochers du Jura, les sapins verts se découpant sur le bleu du ciel dans les cimes, ou sur le jaune chaud et âpre des terres ; au loin, des prairies, des ruisseaux ; les mille accidents du suave paysage (|ui précède la Suisse et l'annonce si bien ; enfin, la vue qui se prolonge encore dans un hori/on sans bornes, et un immense cercle de l'eu empourprant tout li' ciel.

Grands écrivains 16

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