‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 159 sur 261 · I.ISETTE · texte numérisé non relu

I.ISETTE

Ah ! grands dieux.

MONSIFIR SCRIPILE, Usdllt.

« Qui me sert deservantej « Pour épouï^er Crispia en léj:i;"ilime nœud, a Deux mille écus. »

cRispiN, à Géronte .

Monsieur... en vérité... pour peu...

Non... jamais... car enfin... ma bouche... quand j'y

[pense... 110 Je me sens suffoquer par la reconnaissance.

{A Lisette.)

Parle donc...

LISETTE, embrassant Géronte.

Ah 1 monsieur...

GÉRONTE

Qu'est-ce à dire cela ?

Je ne suis point l'auteur de ces sottises-là. Deux mille écus comptant I "

LISETTE

Quoi î déjà, je vous prie, Vous repentiriez-vous davoir fait œuvre pie? 115

Une tille nubile, exposée au malheur.

Qui veut faire une fin en tout bien, tout honneur, Lui refuseriez-vous cette petite grâce ?

GÉRONTE

Gomment 1 six mille francs 1 quinze ou vingt écus, passe-

LISETTE

Les maris, aujourd'hui, monsieur, sont si courus î l'iO Et que peut-on, hélas ! avoir pour vingt écus?

vvni^ sitcLE 539

GÉRONTE

On a ce que Ton peut, eutendez-vous, m'amie?

(Au notaire.) Il en est à tous prix. Achevez, je vous prie.

MONSIEUR SCRUPULE

« Item. Je donne et lègue... »

CRisi'iN, à p/irt.

Ah I c'est mon tour enfin.

Et Ion va nie jeter...

MONSIEUR SCRUPULt;

« A Crispin... »

[Crispin se fait petit.)

GÉRONTE, regardant Crispin.

A Crispin? 125

MONSIEUR SCRUPULE, Usant .

« Pour tous les oblig-eants, bons et loyaux services « Qu'il rend à mon neveu dans divers exercices, a Va qu'il peut bien encor lui rendre à l'avenir. . .

GÉRONTE

Où donc ce beau discours doit-il enfin venir? Voyons .

MONSIEUR SCRUPULE, Usailt.

« Quinze cents francs de rentes viag^ères, 130 « Pour avoir souvenir de moi dans ses prières. »

CRISPIN

Oui, je vous le promets, monsieur, à deux g-enoux ; Jusqu'au dernier soupir je prierai Dieu pour vous. Voilà ce qui s'appelle un vraiment honnête homme ! Si généreusement me laisser cette somme I 135

540 LES GRANDS KCRlVAlNS FRANÇAIS

GÉRONTE

Non ferai-je, parbleu î Que veut dire ceci ?

[Au notaire.) Monsieur, de tous ces legs je veux être éclairci.

MONSIEUR SCRUPULE

Quel éclaircissement voulez-vous qu'on vous donne ? Et je n'écris jamais que ce que Ton m'ordonne.

GÉRONTE

Quoi ! moi j'aurais légué, sans aucune raison, 140

Quinze cents francs de rente à ce maître fripon, Qu'Éraste aurait chassé, s'il m'avait voulu croire I

cRispiN, toujours à genoux.

Ne vous repentez pas d'une œuvre méritoire.

Voulez- vous, démentant un généreux effort,

Etre avaricieux, même après votre mort? 145

GÉRONTE

Ne m'a-t-on point volé mes billets dans mes poches? Je tremble du malheur dont je sens les approches : Je n'ose me fouiller.

ÉRASTE, à part.

Quel funeste embarras !

[Haut à Géronte.)

Vous les cherchez en vain ; voulue les avez pas.

GÉRONTE, à Eraste.

Où sont-ils donc? réponds.

ÉRASTE

Tantôt, pour Isabelle, 150

Je les ai, par votre ordre exprès, portés chez elle.

14G. Il s'agit de billets an porteur, d'effets négociables en banque, et représentant une partie de la fortune de Géronte.

'ar mon ordre

GÉRONTE

KHASïli

Oui, monsieur.

GÉRONTE

Je ne m'en souviens point.

CRISPIN

C'est votre létharg-ie

GERONTE

Oh ! je veux sur ce point, Qu'on me fasse raison. Quelles friponneries ! Je suis las, à la lin, de tant de létharj^'-ies. 155

[Le Légataire universel, acte V, se. vu.)

2. Dancourt (1661-1725) fut d'abord comédien; puis, de 1685 à 1718, il composa un grand nombre de pièces en prose, presque toutes d'actualité. Les principales sont : le Chevalier à lu mode (1687), étude piquante et vraie d'une société où le désir de faire fortune, et surtout d'en jouir, provoquait toutes sortes de manèges à la fois coupables et ridicules; — les Bourgeoises de qualité (1700) complètent le tableau précédent, et contiennent d'excellents types de parvenues qui se ruinent pour paraître; — la Maison de campagne (1688) est une spirituelle satire des parasites. — Dancourt a donc eu le mérite de présenter à ses contemporains une critique hardie de leurs travers nouveaux ; mais son actualité est cause qu'il s'est vite démodé, et (pie l'on n'estime plus aujourd'hui à leur juste prix ni le fond ni la forme de ses pièces.

3. Dufresny (16i8-1724) est intéressant par les situations toujours originales qu'il sait inventer, et par la rerre de son dialogue. Ses plus jolies pièces sont : l'Esprit de contradiction (1700), le Double Veuvage (1702), la Réconciliation normande (1719). Il a pu donner à Montesquieu l'idée et le cadre des Lettres persanes, par ses Amusements sérieux et comiques d'un Siamois.

4. Le Sage (1668-1747), resté cëlèbro surtout par son roman de Gil nias , a donné peut-être la plus forte comédie du xviii" siècle, Turcaret (1709. La pièce, en prose, est dirigée contre les Qnanciers, les partisans^ qui s'enrichi'ssaient aux dépens du

r>4*2 LES GRANDS LCKIVAINS 1RAN(^,AJS

pays el du Tiésdr public. Turcuret, le héros, est à la fois un sot l't un roué. Il fait la cour à une baronne qui accepte sans scrupule ses présents, pour les passer au chevalier, auquel son valet en escroque une partie. C'est « un ricochet de fourberies le plus plaisant du monde ». On voit M. Turcaret, si f,a'néreu.\ pour la bai'onne, faire poursuivre justprà la ruine de pauvres débiteurs, et enfin ruiné lui-même. Otte comédie vaut moins par linlrigue que par le réalisme des situations, des sentiments et du style. Elle est une des premières où la question d'argent ait été abordée et traitée pour elle-même. Le Sage est le véritable héritier de Molière contemplateur et moraliste ; Turcaret peut prendre place immédiatement après l'Avare et le Bourgeois gentilhomme.

Turcaret (1709).

Aujourd'hui, on eût consacré un acte de cette comédie à nous montrer M. Turcaret dans son cabinet, traitant des affaires, recevant des débiteurs. Au sviii* siècle, on ne changeait pas le décor pendant les cinq actes : toute la pièce se passe chez la baronne. Aussi Le Sage supposet-il que M. Rafle, commis de M. Turcaret, est venu le relancer jusque-là. Cette scène prouve, par sa précision, qu'il ne s'agit plus, comme dans r Avare, d'un caractère, mais d'une condition : Turcaret est bien un financier, un spéculateur.

Monsieur Tl'rcaret. — De quoi est-il question, monsieur Rafle ? Pourquoi me venir chercher jusqu'ici? Ne savez-vous pas bien que quand on vient chez les dames, ce n'est pas pour y entendre parler d'affaires ?

Monsieur" Rakle. — L'importance de celles que j'ai à vous communiquer doit me servir d'excuse.

Monsieur Turcaret. — Qu'est-ce donc que ces choses d'importance ?

Monsieur Rafle. — Peut-on parler librement?

Monsieur Turcaret. — Oui, vous le pouvez; je suis le maître : parlez.

Monsieur Rafle, tirant des papiers de sa poche et regardant dans un bordereau. — Premièrement, cet enfant de famille à qui nous prêtâmes Tannée passée trois mille livres, et à qui je fis faire un billet de

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neuf, par votre ordre, se voyant sur le point d'être inquiété pour le paiement, a déclaré la chose à son iiclc, le Président, qui, de concert avec toute la famille, travaille actuellement à vous perdre.

MoNSŒiH TiRCARET, — Peine perdue que ce tra\aillà !... Laissons-les venir. Je ne prends pas facilement 1 épouvante.

Monsieur Rafle, après avoii regardé de nouveau dans le bordereau. — Ce caissier que vous avez cautionné, et qui vient de taire banqueroute de deux cent mille écus, . .

Monsieur TuRCARET, l' interrompant. — C'est par mon ordre qu'il. . . Je sais où il est ^.

Monsieur' Rafle. — - Mais les procédures se font contre vous. L'alTaire est sérieuse et pressante !

Monsieur Turcaret. — On raccommodera. J'ai pris mes mesures : cela sera réj^lé demain.

Monsieur Rafle. — J'ai peur que ce ne soit trop tard.

Monsieur Turuaret. — \'ous êtes trop timide ! . . . Avez-vous passé chez ce jeune homme de la rue Quinquampoi.v à qui j'ai fait avoir une caisse ?

Monsieur Rafle. — Oui, monsieur. Il veut bien vous prêter vint]jt mille francs, des premiers deniers qu'il touchera, à condition qu'il fera valoir à son profit ce qui pourra lui rester à la compagnie, et que vous prendrez son parti si l'on vient à s'apercevoir de la manœuvre.

Monsieur Turcaret. — Cela est dans les rèj^les; il n'y a rien de plus juste. \'oiIà un g^arçon raisonnable. \'ous lui direz, monsieur Rafle, que je le protégerai dans toutes ses alFaires... Y a-t-il encore quelque chose ?

1. Procédé hahituoi aux usuriers prêtant de l'argent à des « flls de famille n. L'usurier pourrait être poursuivi s'il exigeait un inli'rèt supérieur au taux légal. Mais il donne seulement la moitié ou le tiers de la somme que l'on reconnaît lui devoir. — 2. II s'agit là d'une ljanf|ueroule framluleusc dont les profits doivent être pour Turcaret.

,)ii LES (ÎHAM)S KCRIVAINS l'HANÇAIR

MoNsir.i'H Hafle, après avoir encore regardé dans l bordereau . — (^e j^rand homme sec, qui vous donna il y a deux mois, deux mille francs pour une Direction ** que vous lui avez fait avoir à Valognes . . .

Monsieur Turcaret. — Hé bien ?

Monsieur Rafle. — 11 lui est arrivé un malheur.

Monsieur Turcaret. — Quoi ?

Monsieur Rafle. — On a surpris sa bonne foi; on lui a volé quinze mille francs. . . Dans le fond, il est trop bon.

Monsieur Turcaret. — Trop bon ! trop bon ! Hé pourquoi diable s'est-il donc mis dans les affaires '' ? Trop bon î trop bon !

Monsieur Rafle. — Il m'a écrit une lettre fort touchante par laquelle il vous prie d'avoir pitié de lui. . .

Monsieur Turcaret. — Papier perdu I lettre inutile !

Monsieur Rafle — Et de faire en sorte qu'il ne soit point révoqué.

Monsieur Turcaret. — Je ferai plutôt en sorte qu'il le soit ; l'emploi me reviendra ; je le donnerai à un autre, pour le même prix.

Monsieur Rafle. — C'est ce que j'ai pensé comme vous.

Monsieur Turcaret. — J'ag-irais contre mes intérêts? Je mériterais d'être cassé à la tête de la compagnie !

(Acte ni, se. IX.)

5. Piron (1689-1773). — On a oublié les nombreuses et spirituelles comédies que Piron a composées pour le Tiiéâtre de la foire ; et Ton continue à lire, surtout pour son style aisé et piquant, la. Métromanie (1738). Dorante veut épouser Lucile, fille de Francaleu ; mais celui-ci, qui a la manie de rimer, préfère pour gendre Damis, un bel esprit. Grâce aux stratagèmes de Baliv^eau, un oncîe de Toulouse, Dorante peut épouser Lucile.

3. Direction, dans la ferme des impôts. — 4. Voilà ce que, dans la cornéflie-rosse contemporaine, on appelle un « mot de nature ».

xvin^ SIECLE .)4o

6. Gresset 1 1709-1777). — Plus connu comme auteur du charmant badinuge de Verl-\'erl. Gresset remporta un f;raiid succès avec le Méchant (17i7j. Le héros de cette comédie, Ciéon, le inéchanl, mérite ce nom par sa sécheresse d'àme, sou scepticisme moi'al, et son art de brouiller les ^ens, << pour le. plaisir». Il essaye de jeter le trouble dans la maison de Florise, et dempccher le maria^-^e de Chloé, sa fille, avec ^'alère. Il est démasqué par Lisette. Le Met/uml est écrit dans uu joli style, et quelques vers sont restés célèbres : Elle ;i de juUs yeux pour des yeux Je province, et surtout : L'esprit ([u'on veut avoir yàle celui quon a.

ni — Marivaux et Beaumarchais.

1. Marivaux JtiS8-17(33y. — Né à Paris, habitué des plus célèbres salons, Mari\au.v fut à la l'ois romancier, moraliste et auteur comitjuo. Après avoir commis une tragédie dWnnihal, il tra\ailla pour la Comédie italienne où il donna d'abord des pièces satiriques. Sou vrai début date d'Arlequin poli par l'amour 1^1720;, suivi bientôt de ses chel's-d'œuvre : la Surprise de l'amour (1722), la Double Inconstance 1723), la seconde Surprise de l'amour (1727 , le Jeu de l'amour et du hasard (1730), le Legs l~ '66), les Fausses Confidences l~,S~), l'Épreuve ,lliO].

Marivaux devina que l'amour pouvait ne pas être tragique, et intéresser, sans tomber dans la fade galanterie. Avec une étonnante sûreté dans le choix du moment psychologique, il peignit les troubles de l'amour naissant dans des cœurs timides, ombrageux ou fiers. 11 distingua toutes les nuances délicates qui s'y rattachent. Et, s'il ne fit pas rire aux dépens de cet amour toujours vertueux et sincère, il charma tous ceux qui ont aimé, aiment ou aimeront,^ par la pénétration et la précision de son enquête. Il disait lui-même : << J'ai guetté dans le cœur humain toutes les niches dillérentcs où peut se cacher lamour lorsqu'il craint de se montrer ; et chacune de mes comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ces niches. »

Il en résulte que le premier rang, chez Marivaux, revient aux personnages de femmes. Ces femmes forment une galerie harmonieuse et variée : elles reposent, par leur attitude modeste et élégante, par leur langage retenu et sincèi'e, par leur idéal de simple vertu et de bonheur honnête, des bourgeoises et des jeunes filles délurées de Dancourt et de Uegnard.

La Surprise de iamour nous montre comment Lelio et la comtesse, obligés de se rapprocher pour discuter sur l'établisdra nds t'crivn iiis . 1 s

546 f-LS c;kam)S kckIxaiNs FhançaIS

seincnl de leurs ([ans, eu ajrivciit peu à jit'ii à s'aimer sans su le diro. puis à se lavoiioi- et à se iiiariep. — Le Jeu de l'amour cl du huaard a un début de joli vaude\ ille : Silvia va recevoir la visite d'un prétendu, Dorante, et elle demande à son père la permission de chanjj^er de costume avec sa soubrette, afin d'observer iiicognilo ce futur mari ; mais Dorante, de son côté, a eu l'idée de prendre la livrée de son lacjuais Pasquin, pour le même motif. Il en résulte une situation piquante. Le spectateur suit avec une curiosité sympathique le progrès de l'amour involontaire de Sylvia pour ce pseudo- valet, et de Dorante pour cette étrange soubrette. La double reconnaissance se fait très spirituellement, et le mot de Sylvia : « Je vois clair dans mon cœur », est une des plus jolies trouvailles de Marivau.v. — Les Fausses (Confidences reprennent un peu le sujet de la Surprise: l'analyse des sentiments, qui rapprochent malgré eux et pour leur bonheur le comte et la baronne, y est exquise. — L'Épreuve nous ]">résente un type charmant déjeune fille dans Angélique, et la même pièce contient le rôle de maître Biaise, un paysan madré, d'un comique très naturel.

Ne croyons pas, d'ailleurs, que le sens du comique manque à MariA'aux. D'abord, il excelle à nous montrer la confusion et le trouble gentiment ridicules où les « surprises de l'amour » jettent ses personnages. Et puis, il peint avec esprit et un certain sens du réalisme les laquais, les paysans, les pédants, etc. A la représentation du Jeu de Vamour et du hasard, on est charmé, mais on rit beaucoup.

Marivaux écrit dans un style souple et délicat, mais sans mièvrerie, et surtout sans faiblesse. Ce style est dramatique ; il a de la verve et une sûreté parfaite dans la notation des nuances. Ses imitateurs seuls, et non point lui. sont coupables de marivaudage.

Nous citons de Marivaux deux passages où ses qualités de fin psychologue, d'abord, puis d'auteur conj/gue, apparaissent peutêtre le mieux. — Le premier est tiré de YÉpreuve. le second, du Jeu de Vamour et du hasard.

L'épreuve (1740).

Lucidor, jeune geùtilhonime, .1 reçu l'hospitalité dans la famille d'Angélique. Il s'est épris de la jeune fille qui, de son côté, l'aime. Lucidor, qui n'est pas assez fat pour se croire aimé pour lui-même, veut s'assurer des sentiments d'Angélique, les mettre à l'épreuve. La pièce finira parle mariage d'Angélique et de Lucidor.

wiii" sii;t;i,i'. .)W

ANGÉLIQUE, LUCIDOR

Li'cinoR. — Je voisavec joie que votre amilié répond à la mienne.

Angéliql'e. — Oui, mais malheureusement vous nèles pas de notre village, et vous retournerez peut-être bienlot à votre Paris, que je n'aime ijuère. Si j'étais à voire place, il me viendrait plutôt chercher, que je n'irais le voir.

l.ucinoR. — Eh ! (|u'imporle que j'y retourne ou non, puisqu'il ne tiendra qu'à vous que nous y soyons tous deux?

Angélique. — Tous deux, monsieur Lucidor! eh mais ! contez-moi donc comme quoi.

Llcidor. — C'est que je vous destine un mari qui y demeure.

Angélique. — r]st-il possible? Ah çà ! ne me trompez pas, au moins ; tout le C(cur me bat : loge-t-il avec vous?

Lucidor. — Oui, Angélique ; nous sommes dans la même maison.

Angélique. — Ce n'est pas assez; je n'ose encore être bien aise en toute confiance. Quel homme est-ce?

Lucidor. — Un homme très riche.

Angélique. — Ce n'est pas là le principal. Après? •

Lucidor. — Il est de mon âg-e et de ma taille.

Angélique. — Bon : c'est ce que je voulais savoir.

Lucidor. — ■ Nos caractères se ressemblent ; il pense comme moi.

.Angélique. — Toujours de mieux en mieux. Que je l'aimerai !

Lucidor. — C'est un homme tout aussi uni, tout aussi sans façon que je le suis.

Angélique. — Je n'en veux point tl autre.

Lucidor. — Qui n'a ni ambition, ni gloire, et qui n exigera de celle qu il épousera que son c(cur,

,)'\S i.i.s (;i;am>s i;t:Ki\AiNS ujançais

Anc.ki.iqii:, ri.'iiil. - Il l'aura, monsieur Lucidor, il l'aura: il Ta cK'jà : je Taiine autant que vous, ni plus, ni moins.

Lrcn)OR. — Vous aurez le sien, Angélique, je vous en assure; je le connais; c'est tout comme s'il vous le disait lui-même.

Anoklique. — Eh ! sans doute; et moi, je réponds aussi comme s'il était là.

Lucidor. — Ah ! que de Thumeur dont il est, vous allez le rendre heureux.

Angélique. — Ah 1 je vous promets bien qu'il ne sera pas heureux tout seul.

Lucidor. — Adieu, ma chère Angélique ! il me tarde d'entretenir votre mère et d'avoir son consentement. Le plaisir que me fait ce mariage ne me permet pas de dilTérer davantage; mais, avant que je vous quitte, acceptez de moi ce petit présent de noce, que j'ai droit de vous olTrir, suivant Fusage, et en qualité d'ami ; ce sont de petits bijoux, que j'ai fait venir de Paris.

Angélique. — Et moi, je les prends, parce qu'ils y retourneront avec vous, et que nous serons ensemble ; mais il ne fallait point de bijoux ; c'est votre amitié qui est le véritable.

Lucidor. — Adieu, belle Angélique, votre mari ne tardera pas à paraître.

Angéliqie. — Courez donc, afin qu'il vienne plus vite.

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