ODE TIRÉE DIT PSAUME XLVIII
Qu'aux accents de ma voix la terre se réveille ;
Rois, soyez attentifs ; peuples, ouvrez Toreille ;
Que l'univers se taise et m'écoute parler.
Mes chants vont seconder les accords de ma lyre ;
I /Esprit-Saint me pénètre, il m'échaufle, il m'inspire 5
Les grandes vérités que je vais révéler.
4. On pourrait tout aussi bien penser que c'est la lyre qui va seconder la voix. Rousseau délaye ici le texte du p.saume : « Je découvrirai sur la harpe ce que j'ai à proposer. » — 6. 11 y a dans celle strophe une réminiscence de ces vers de Racine (Athalie, III, vu) :
Cieux, écoutez ma voix ; lerre, prèle l'oreille ....
Est-ce l'Esprit divin qui s'empare de moi ?
C'est lui-même : il m'échaulTe, il parle, mes yeux s'ouvrent. . .
• D'ailleurs, les deux poètes puifccnt à la même source. — Il y a là également des souvenirs de Bossuet, le grand lyrique du xvu"' siècle.
l.t:S GHANDS HCKIN AINS FRANÇAIS
1/hoiiime en sa propre force a mis sa confiance.
Ivre de ses grandeurs et de son opulence,
J/éclat de sa fortune enfle sa vanité.
Mais, o moment terrible I ô jour épouvantable 10
Où la^^mort saisira ce fortuné coupable,
Tout charg'^é des liens de son iniquité !
Que deviendront alors, répondez, grands du monde^ Que deviendront les biens où votre espoir se fonde. Et dont vous étalez Torgueilleuse moisson? 15
Sujets, amis, parents, tout deviendra stérile ; Et, dans ce jour fatal, Thomme à l'homme inutile Ne paîra point à Dieu le prix de sa rançon.
\^ous avez vu tomber les plus illustres têtes,
Et vous pourriez encore, insensés que vous êtes, 20
Ignorer le tribut que l'on doit à la mort !
Non, non, tout doit franchir ce terrible passage;
Le riche et l'indigent, l'imprudent et le sage,
Sujets à même loi, subissent même sort.
D'avides étrangers, transportés d'allégresse, 25
Engloutissent déjà toute cette richesse.
Ces terres, ces palais, de vos noms ennoblis.
Et que vous reste-t-il, en ces moments suprêmes?
Un sépulcre funèbre, où vos noms, où vous-mêmes
Dans l'éternelle nuit serez ensevelis. 30
Les hommes, éblouis de leurs honneurs frivoles
Et de leurs vains flatteurs écoutant les paroles,
Ont de ces vérités perdu le souvenir.
Pareils aux animaux farouches et stupides,
Les lois de leur instinct sont leurs uniques guides, 35
Et pour eux le présent paraît sans avenir.
Un précipice affreux devant eux se présente ; Mais toujours leur raison, soumise et complaisante,
14. Où, sur lesquels. — 30. Ici les souvenirs du poète latin Horace semblent se mêler à ceux de la Bible.
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Au (levant de leurs yeux met un voile imposteur. iO Sous leurs pas cependant s'ouvrent les noirs abîmes Où la cruelle mort, les pi-enant pour victimes, Frappe ces vils troupeaux dunt elle est le pasteur.
Là s'anéantiront ces titres ma^^niliques,
(]e pouvoir usurpé, ces ressorts politiques,
Dont le juste autrefois sentit le poids fatal : 45
Ce qui fit leur bonheur deviendra leur torture ;
Et Dieu, de sa justice apaisant le murmure,
Livrera ces méchants au pouvoir infernal.
Justes, ne craij^nez point le vain pouvoir des hommes: Quelque élevés qu'ils soient, ils sont ce que nous
[sommes, 50 Si vous êtes mortels, ils le sont comme vous. Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères, Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères, Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous.
2° On peut citer encore Lk Franc de Pompignan, tlont l'ode la plus célèbre est consacrée à la mort de Jean-13aptiste Rousseau, — Pah.w, mélancolique et passionné, — Ecoichahi)- Lebuix, surnommé Lehrun-P induré, auteur de l'ode Sur le Vaisseau le Vengeur, et qui a excellé dans l'épigramme.