‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 178 sur 261 · LI:S GRANDS KCHIN'AINS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LI:S GRANDS KCHIN'AINS FRANÇAIS

Le Meschacebé (1801).

Le prologue d'Atala contient une description dans laquelle Chateaubriand semble avoir réuni et combiné de nombreuses notes de son Voyage cil Aiiiniqnc. On remarquera dans cette description Vaccuinulalion des tfétails pittoresques, la juxtaposition des taches de couleur, le souci de placer les plantes et les animaux là où ils doivent produire leur effet. Si belle que soit cette page, elle sent trop l'artifice, et Chateaubriand y laisse paraître les défauts de ses qualités.

Le Meschacebé \ dans un cours de plus de mille lieues, arrose une délicieuse contrée, que les habitants des Etats-Unis apjDellent le nouvel Krien, et à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane. Mille autres fleuves, tributaires du Meschacebé, le Missouri, rillinois, TAkanza, l'Ohio, le Wabache, le Tenase, Tengraissent de leur limon et la fertilisent de leurs eaux. Quand tous ces fleuves se sont gontîés des délug-es de l'hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêts, les arbres déracinés s'assemblent sur les sources. Bientôt la vase les cimente, les lianes les enchaînent, et les plantes, y prenant racine de toutes parts, achèvent de consolider ces débris. Charriés par les vagues écumantes, ils descendent au Meschacebé : le fleuve s'en empare, les pousse au golfe Mexicain, les échoue sur des bancs de sable, et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalle, il élève sa voix en passant sur les monts, et répand ses eaux débordées autour des colonnades des forêts et des pyramides des tombeaux indiens ; c'est le Nil des déserts. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on voit sur les deux courants latéraux remonter, le long" des rivag-es, des îles flottantes de pistia et de nénuphar, dont les roses jaunes s'élèvent comme de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles, s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs ; et la colonie, déployant aux vents ses voiles d'or, va aborder endormie dans quelque anse retirée du fleuve.

1. Meschacebé, le Mississipi, qui se jette dans le golfe du Mexique.

xi.\^ .siî:CLE ♦»07

Les deux rives du Meschacebé présentent le (nbleau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des sa^ ânes - se déronlent à perte de vue ; leurs Ilots de verdure, en s'éloi^nanl, semblent monter dans l'azur du ciel, où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille butUes sauva^'^es. Quelquelois un bison ^ charité d'aïuiées, fendant les tlots à la ruige, se vient coucher, parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son Iront orné de deux croissants '', à sa barbe antique et limoneuse '"', vous le prendriez pour le dieu du tleuve, qui jette un (lùl satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives.

Telle est la scène sur le boi'd occidental ; mais elle change sur le bord opposé, et l'orme avec la première un admirable contraste. Suspendus sur le cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montag'nes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes; de toutes les couleurs, de tous les parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias '', les coloquintes ", s'entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l'extrémité des branches, s'élancent de l'érable au tulipier^, du tulipier à Talcèe", en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent, égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivière, sur lesquels elles jettent des ponts de tleurs. Du sein de ces massifs, le mairnolia '" élève son cône immobile ; surmonté de ses

2. Savane, de l'espag^nol S;ih;in,'t.s]sn\t\e dra^i de lit, lit de verdure, et, de là, plaine couverte; d'herbe. — :{. Bfson, brrut sauvapc. — 4. Croissants, les cornes forment sur le front du bœuf deux croissants ; les anciens représentaient les dieux des fleuves avec des cornes sur la tète, symbole de puissance. -- ;>. Limoneuse, qui a traîné dans le limon. — ti. Bignonias, plante de N'irginic. appelée .uissi jasmin- trompette. — 7. Coloquinte, sorte de concoii brc. — ■*<. Tulipier, arbre de la famille des mag-noliacées, d'une hauteur de 20 mèlres. 11 doit son nom à ses larges lleufs jaunes et vertes, qui ont la forme de tulipes. — !'. Alcée fdun mot grec qui signifie forer], rose trcmière. — !<•. Magnolia, cet arbre tire son nom de Pierre Magnol, botaniste français (f 171:);.

008 Li:S GHANDS l'CHMAl.NS lUANClAIS

larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n'a d'autre rival que le palmier, qui balance légèrement auprès de lui ses éventails de verdure.

Une multitude d'animaux placés dans ces retraites par la main du Créateur y répandent Tenchantement et la vie. De rextrémité des avenues on aperçoit des ours enivrés de raisin qui chancellent sur les branches des ormeaux ; des cariboux ' * se baignent dans un lac ; des écureuils noirs se jouent dans l'épaisseur des feuillages ; des oiseaux-moqueurs^-, des colombes de Virginie, de la grosseur d'un passereau, descendent sur les gazons rougis par les fraises ; des perroquets verts à tête jaune, des piverts empourprés, des cardinaux '-^ de feu, grimpent en circulant au haut des cyprès ; des colibris ^"^ étincellent sur le jasmin des Florides '''', et des serpents-oiseleurs sifflent suspendus aux dômes des bois, en s'y balançant comme des lianes.

[Atala^ Prologue.)

c) Le Génie du Christianisme. — En 1802, Chateaubriand publie le Génie du Christianisme. Cet ouvrage était destiné à réfuter les objections et les railleries dirigées contre la religion chrétienne par les philosophes et par les encyclopédistes du xYiii" siècle. Ceux-ci refusaient à cette religion toute influence sociale, morale, artistique. Ils la traitaient de fanatisme, lui attribuaient tous les excès et toutes les violences du passé, tournaient en ridicule ses œuvres et ses cérémonies; et comme la Révolution avait aboli les ordres religieux, fermé les églises, et décrété le culte de la Raison, il semblait bien que le christianisme fût désormais périmé. Mais le Premier consul, sou-

11. Cariboux. rennes du Canada. — 12. Oiseaux-moqueurs, petit oiseau siffleur, qui ressemble au merle. — 13. Cardinaux, petits oiseaux au plumage écarlate. — li. Colibris, oiseaux dAmérique aux couleurs très vives. — 13. Floride, péninsule des Etats-Unis, près du golfe du Mexique. Il est à peu près démontré que Chateaubriand na pas visité la Floride.

dieux (i^ l'i'lablir lordro et do réfdi'mcr la scuil^-té, avait bien vu qiio la rclij;ifion chrétiemie restait celle de la majorité des Français, et que le pays dans son ensemble applaudissait au rétablissement du culte catholique. Aussi venait-il de né^^ocier el de sijrner le Concordat, lorsque parut l'ouvrage de (Chateaubriand (pi'il faut juj^cr, pour le fond, par rapport aux circonstances. Kn efTet, la partie théolo{j:ique et dojfmatique du livre est relativement faible ; mais, par contre, l'auteur met excellemment en liniiière les services sociaux rendus par le christianisme, et révèle à ses contemporains les beautés nouvelles que les poêles et les artistes junn eut tiri".- de cette reli;;ion,

La 1'" partie est intitulée : Dofiines et doclrines ; — la 2° partie : Poétique du christianisme ^Chateaubriand prouve que les épopées chrétiennes, celles de Dante, du Tasse, de Milton, de Voltaire lui-même, doivent leurs plus lieaux épisodes à la relijjrion ; de même, chez nos tragiques classiques, les pussions et les caraclères ont pix)tité des nuances nouvelles i-évélées par la psychologie chrétienne. Enfin il réfute le jugement de Boileau sur le merveilleux. Dans cette partie se trouve l'épisode de René). — La 3* partie, Beaux-Arts et Littérature, complète la deuxième (l'auteur y examine la philosophie, l'histoire, Véloquence, le sentiment (le la nature: ici est inséré l'épisode d'.Wa/a). — Dans la i" partie. Chateaubriand étudie le culte et les services rendus .1 la société par le clergé.

Nous choisissons, dans le Génie du Christianisme, (luebiues pages caractéristiques.

Le sentiment moderne de la nature 1 1802).

\'oici le célèbre passage où Ch-itcaubriand attaque la théorie classique sur l'usage du merveilleux ptûcn {ci. Boilkau, Art poétique, III). 11 devait écrire les Martyrs pour prouver sa thèse.

Ou ne peut guère supposer que des hommes aussi sensibles que les anciens eussent manqué dveux pour voir la nature et de talent j)our la peindre, si quelque cause puissante ne les avait aveuglés. Or, cette cause était la mythologie, qui, peuplant l'univers d'élégants fjHitùmes, ôlait à la création sa gravité, sa grandeur et sa solitude. Il a fallu ([ue le christianisme vînt chasser

(irands écrivains 20

{]{{) r,KS GRANDS l':CRl VAINS fRANÇAÏâ

ce peuple de Faunes, de Satyres et de Nymphes ', pour rendre aux grottes leur silence et aux bois leur rêverie. Les déserts ont pris sous notre culte un caractère plus triste, plus va^ue, plus sublime : le dôme des l'orôls s'est exhaussé ; les lleuves ont brisé leurs petites urnes ^, pour ne plus verser que les eaux de l'abîme du sommet des montagnes : le vrai Dieu, en rentrant dans ses œuvres, a donné son immensité à la nature.

Le speclacle de Tunivers ne pouvait faire sentir aux Grecs et aux Romains les émotions qu'il porte à notre âme. Au lieu de ce soleil couchant, dont le rayon allongé tantôt illumine une forêt, tantôt forme une tangente d'or sur Tare roulant des mers; au lieu de ces accidents de lumière qui nous retracent chaque matin le miracle de la création, les anciens ne voyaient partout qu'une uniforme machine d'opéra "^

Si le poète s'égarait dans les vallées du Taygète^, au bord du Sperchius^, sur leMénale^ aimé d'Orphée, ou dans les campagnes d'Élore ', malgré la douceur de ces dénominations, il ne rencontrait que des Faunes, il n'entendait que des Dryades, Priape était là sur un tronc d'olivier, et \"ertumne avec les Zéphyrs menait des danses éternelles. Des Sylvains et des Naïades ^ peuvent frapper agréablement l'imagination, pourvu

I. Satyres, Nymphes, divinités champêtres des bois et des eaux, dans la mythologie grecque. — 2. Urnes, On représentait les dieux des fleuves, chez les anciens, sous la figure de vieillards ou de nymphes tenant une urne d'où s'échappait la source. — 3. Machine d'opéra. Chateaubriand compare les légendes deVAurorc, de Pliaëton, etc.. aux trucs dont on se sert dans un théâtre pour faire apparaître ou disparaître la lumière. L'opéra fut longtemps le théâtre à mHchiiies par excellence. — 4. Taygète, chaîne de montagnes en Grèce aux environs de Sparte, aujourd hui Monte di Maiiu'i. Il y a là un souvenir de Virgile, Géorgiques, II, 488, comme pour le Sperrhius. — 5. Sperchius, rivière de la Thessalië méridionale, aujourd'hui Hellada. — 6. Ménale, montagne d'Arcadie consacrée au dieu Pan; aujourd'hui Roino. — 7. Elore, fleuve sur la côte orientale de Sicile. — 8. Faunes, demi-dieux, habitant les forêts (myth. latine) ; —Dryades, nymphes des chênes; — Priape, dieu des jardins; — Vertumne était également, dans la mythologie romaine, le dieu des jardins; — Sylvains, demi-dieux des bois ; — Naïades, nymphes des sources.

qu'ils ne soient pas sans cesse reproduits ; nous ne voulons point

... chasser les Tritons de Tempire des eaux,

Oler à Pan sa Hute, aux; Parques leurs ciseaux ^...

Mais, enlin, qu'esl-ce ((ue lout cela laisse au tond de lànie? qu'en résulle-l-il pour le cœur?i{uel fruit peut en lirer la pensée ? Oh I que le poète chrétien est |)lus linorisc dans la solilude où Dieu se [)r(iniùne a\cc lui ! I^ibresde ce troupeau de dieux ridicules qui les bornaient de toutes parts, les bois se sont remplis d'une Divinité immense. Le don de prophétie et de sagesse, le mystère et la religion, semblent résider éternellement dans leurs profondeurs sacrées.

Pénétrez dans ces forets américaines, aussi vieilles que le monde; quel profond silence dans ces retraites quand les vents reposent ! quelles voix inconnues quand les vents viennent à s'élever ! Etes-vous immobile, tout est muet ; faites-vous un pas, tout soupire '". La nuit s'aj)proche, les ombres s'épaississent : on entend des troupeaux de bêtes sauvages passer dans les ténèbres; la terre murmure sous vos pas; quelques coups de foudre font mugir les déserts; la foret s'agite, les arbres tombent, un lleuve inconnu coule devant vous. La lune sort enlin de l'orient ; à mesure que vous passez au pied des arbres, elle semble errer devant vous dans leur cime et suivre tristement vos yeux. Le voyageur s'assied sur le tronc d'un chêne pour attendre le jour ; il regarde tour à tour Pastre des nuits, les ténèbres, le fleuve ; il se sent inquiet, agité, et, dans Tatlenle de quelque chose d'inconnu, un plaisir inouï, une crainte extraordinaire font palpiter son sein comme s'il allait être admis à quelque secret de la Divinité ; il est seul au fond des forêts, mais l'esjirit de riionimc remplit aisément les

'.». lioiLKAU, Art imt'liinu'. III. 221. - lu. Henjarquez la pioprit-lé portique de ce njot.

t>l"i I.ÈS GRANDS l'CHIVAINS FRANÇAIS

espaces (le Ici nature, et toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée de son cœnr*^.

Oui, quand Ihomme renierait la Divinité, Fêtre pensant, sans cortège et sans spectateur, serait encore plus aug^uste au milieu des mondes solitaires que s'il y paraissait environné des petites déités de la fable ; le désert vide aurait encore quelques convenances avec l'étendue de ses idées, la tristesse de ses passions et le dégoût même d'une vie sans illusion et sans espérance.

Il y a dans Thomme un instinct qui le met en rapport avec les scènes de la nature. Eh ! qui n'a passé des heures entières, assis sur le rivage d'un fleuve, à voir s'écouler les ondes î Qui ne s'est plu, au bord de la mer, à regarder blanchir l'écueil éloigné ^- 1 II faut plaindre les anciens, qui n'avaient trouvé dans l'Océan que le palais de Neptune et la grotte de Protée '^ ; il était dur de ne voir que les aventures des Tritons et des Néréides^ ^ dans cette immensité des mers, qui semble nous donner une mesure confuse de la grandeur de notre âme, dans cette immensité qui fait naître en nous un vague désir de quitter la vie pour embrasser la nature et nous confondre avec son auteur.

(Génie du Christianisme, '2^ partie, livre V. chap. i.)

La mélancolie de René (1802).

Le sentiment de la nature, conçu d'une façon si large et si vague, entre pour beaucoup dans la mélancolie romantique. René, héros d'un épisode célèbre inséré dans le Génie du christianisme, personnifie un état d'âme qui devait se retrouver chez Lamartine et chez Musset.

...Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les

11. Cf. le passage cité p. W6. — 12. On trouve dans ces lignes quelques-uns des thèmes poétiques familiers à Lamartine. — 13. Protée. dieu marin, qui gardait les troupeaux de Neptune, et qui avait la faculté de changer de forme à son gré. Cf. Virgile, Géorgiques, IV, épisode d'Aristée. — 14. Tritons et Néréides, dieux et déesses de la mer.

\1X'' SIKCLE <)l.'î

eaux fonl entendre dans le silence d'un désert; on en jouit, mais on ne peut les peindre.

L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. TanttM j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuaj;"es et des fantômes ; tantôt j'enviais jusqu au sort du pâtre que je voyais réchaulTer ses mains à l'humble l'eu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur^ Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs ^.

Le jour, je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de chose à ma rêverie! une feuille sèche que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souille du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s'élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma têle. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait ; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : « Homme, la saison de ta

1. Allusion aux légendes d'Ossian. Ossian, barde gaélique du III* siècle, sous le nom duquel l'Ecossais Macpljerson (1738-1790; publia deux poèmes épiqui-s: FiiKjnl (1762) et Temora (1763). Ces deux ouvrages, sans authenticité réelle, étaient habilement composés avec des fragments de poésies gaéliques originales. Le succès et l'influence en lurent considérables dans tous les pays. — 2. Sur cette comparaison du cœur humain avec la lyre, cf. la Préface de Lamartine à ses Premières Méditations.

()1 1 LES GRANDS lîcnn AINS FRANÇAIS

mifi^ralion n'esl pas encore venue ; attends que le vent (le la mort se lève, alors tu déploieras Ion vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces dune autre vie ! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visag-e enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté et comme possédé par le démon de mon cœur '^.

La nuit, lorsque Taquilon ébranlait la chaumière, que les pluies tombaient en torrent sur mon toit, qu'à travers ma fenêtre je voyais la lune sillonner les nuag^es amoncelés, comme un pâle vaisseau qui laboure les vagues, il me semblait que la vie redoublait au fond de mon cœur, que jaurais la puissance de créer des mondes. Ah ! si j'avais pu faire partager à une autre les transports que j'éprouvais !

Hélas ! j'étais seul, seul sur la terre î Une langueur secrète s'emparait de mon corps. Ce dégoût de la vie que j'avais ressenti dès mon enfance revenait avec une force nouvelle. Bientôt mon cœur ne fournit plus d'aliment à ma pensée, et je ne m'apercevais de mon existence que par un profond sentiment d'ennui ^.

Je luttai quelque temps contre mon mal, mais avec indifférence et sans avoir la ferme résolution de le vaincre. Enfin, ne pouvant trouver de remède à cette étrange blessure de mon Cd'ur qui n'était nulle part et qui était partout, je résolus de quitter la vie.

(Génie du (Christianisme, II® part., liv. IV, René.)

Prière à bord d'un vaisseau (1802),

Dans son Génie du Christianisme, Chateaubriand aime à rappeler les spectacles dont il fut témoin, et qui peuvent concourir à prouver tout ensemble la vérité et la beauté de la religion chrétienne.

Il a assisté, pendant son voyage en Amérique (1791-92), ÀCQltc prière ;

3. Cf. l'Isolement de Lamartine : Et moi je suw semblable !i la feuille flétrie. Kmporiez-moi comme elle, orageux aquilons ! — 4, Ennui, dans le sens très fort du xvii* siècle .

Page 1