X-IX*^ SIKCI.E
Lamartine, moins de virtuosilé que Victor Hugo. Cette jjhilosophic est un pessimisme hautain, (jui mène le |)oète non pas au désespoir ou à la foi. mais au stoïcisme et à la pitié. Le point de départ de ce pessimisme esl lisoleinont douloureux et humiliant, dans lequel se sent riiomme supérieur; Ihumanité, dont pourtant il est le guide, no le comprend pas et ne l'aime pas [Moïse . Or, ce n'est pas l'auiour ([ui le consolera : l'amour n'est que trahison [la Colère de Sainsov]. Ce n'est pas non plus la Nature, si accueillante pour Lamartine ; la Nature n'est pas une mère, mais une tombe la Muison du berger). Au moins, l'homme peut-il toiu'ner les yeux vers le ciel? A ses angoisses la Divinité donne-t-elle une solution? Non, Dieu est indifférent, et l'homme ne répondra plus que par un froid silence, Au silence éternel de la Divinité le Mont des Oliviers. Que l'homme donc se renferme dans un stoïcisme farouche. Comme le loup acculé par les chasseurs, qu'il « meure sans parler » [la Mort du loup\ Cependant il peut trouver une diversion à son malheur dans la pitié et dans l'amour pour ses semblables : il peut aimer la majesté des souffrances humaines {la Maison du berger) ; il peut lutter avec la nature et en triompher [la Sauvage) : il peut surtout préparer le progrès pour l'humanité future : ({u'il travaille à son œuvre, sans en attendre la récompense actuelle ou le résultat immédiat ; si cette œuvre est vraiment grande, quelque jour elle sera comprise et féconde (la Bouteille à la mer).
Il y a de la beauté dans ce pessimisme, et Vigny a su présenter ses idées dans « des symboles » bien choisis, saisissants par leur simplicité et par Wuv puissance. Mais enlin, c'est un système, et rien n'est moins favorable à l'inspiration lyrique, laquelle sort des contradictions psychologiques et morales du cu'ur. Et cette indilTérence superbe à l'égard de la nature prive les sujets de décor, de profondeur, et de ce que les paysagistes et les peintres en général appellent de lair. Voilà pourcpioi Vigny fait plutôt des bas-reliefs que des statues, et des dessins que des tableaux. Il lui arrive parfois de formuler, en des vers dune idéale beauté, les colères ou la résignation de son orgueil; la Maison du berger, la Mort ilu loup et le Mont des Oliviers contiennent quelques-uns des vers les plus parfaits de notre langue.
Le Cor (18-25).
Vigiiv était capitaine d'infanterie, et en garnison à Pau, lorsqu'il écrivit cette pièce. On ne connaissait pas encore en 1825 le texte authentique de hi Chanson de KolnnJ ; aussi ne faut-il pas s'étonner de trouver quelques divergences entre l'épopée du moyen âge et le poème de Vignv.
<>(>(> I.KS GHANOS l':t;ni\AINS FHANÇAIS
On étudiera : i" La composition : le poète commence par une impression : il entend le son du cor dans les Pyrénées, et ce son éveille en lui le souvenir de Roland. Le lecteur est iransporté à Roncevaux; il assiste aux derniers moments du chevalier ; il voit Charlemagne qui revient en France: il entend avec lui les appels du cor ; puis il arrive dans la vallée, où il plonge les regards, avec Charlemagne ; le son du cor semble retentir une dernière fois, comme pour réveiller le poète de .sa rêverie; 2° In liescription de la nature ; ^" la couleur Jocole,
J'aime le son du cor, le soir, au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille, Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.
Que de fois seul, dans l'ombre, à minuit, demeuré, 5 J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré ! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des paladins antiques.
0 montagnes d'azur ! n pays adoré î Rocs de la Frazona, cirque du Marboré, 10
Cascades qui tombez des neiges entraînées. Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées,
Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons. Dont le front est de glace et les pieds de gazons ! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre 15 Les airs lointains d'un cor mélancolique et tendre.
Souvent un voyageur, lorsque lair est sans bruit. De cette voix d'airain fait retentir la nuit ; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui hèle; 20
Une biche attentive au lieu de se cacher, Se suspend immobile au sommet du rocher; El la cascade unit, dans une chute immense, Son éternelle plainte au chant de la romance.
8. Paladins, paladin a la même ctymologie que palatin, et s'est dit d'abord des seigneurs attachés au service du palais ; puis, de tout chevalier. — 12. Gaves, on appelle gaines les cours d'eau qui descendent des Pvrénées.
MX*^ SIECLE
Ames des chevaliers, revenez-vous encor? 25
Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor? Roncevaux 1 Roncevaux ! dans ta sombre vallée, L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée?
Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui, 11 reste seul debout, Olivier près de lui ; 30
L'Afrique sur le mont l'entoure et tremble encore : « Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ; « Tous tes pairs sontcouchésdansleseauxdestorrents.» 11 rugit comme un tigre et dit : « Si je me rends, Africain, ce sera lorsque les Pyrénées 3o
Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées »
Tranquilles cependant, Gharlemagne et ses preux Descendaient la montagne et se parlaient entre eux, A rhori/.on déjà, par leurs eaux signalées, De Luzet d'Argelès se montraient les vallées.
Roland gardait les monts ; tous passaient sans elVroi. Assis nonchalamment sur un noir palefroi Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpin disait, tenant les saintes amulettes :
« Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu. Suspendez votre marche ; il ne faut tenter Dieu,
is. Roland commandait l'arriore-gyrde de larmoe lorsque Lharlemagne revint dTspaffne. en TTC. après avoir abandonne le siège de Saragosse; dans le val de?^on.:evaux, les montagnards basques tirent rouler ^u'" cette arrière-L-arde des quartiers de rocher, et l'.craserent La légende a tait de Iloland le neveu de Charlemaune, et a translorme les ^^asques en une lorn.id;.ble armée de Sarrasins (Cf. Chanson <lc IJo.;n,l.) - M. Obvier, u des dou/.<. pairs de France, ami intime de Holand; le moven âge oi)posait sa prudence à la témérit.- de Roland. - 31. L Afrique les Sarrasins. - V2. Palefroi, cheval de voyage ; le cheval de guerre est le destrier.
t)68 Lliïi (iftANDë ÉCRIVAINS fttAS'ÇAl!:^
Par Monsieur Saint-Denis, certes, ce sont des âmeri Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.
« Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor. » Ici, Ton entendit le son lointain du cor. 50
L'Empereur étonné, se jetant en arrière, Suspend du destrier la marche aventurière.
« Entendez-vous? dit-il. — Oui, ce sont des pasteurs Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs, Répondit Tarchevèque, ou la voix étoulFée 55
Du nain vert Obéron, qui parle avec sa fée. »
Et 1 empereur poursuit; mais son Iront soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orag'e des cieux. Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe. Le cor éclate et meurt, renaît et se prolonge. 60
u Malheur ! c'est mon neveu ! Malheur! car si Roland Appelle à son secours, ce doit être en mourant. Arrière, chevaliers ! repassons la montagne ! Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de
[l'Espagne I »
Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ; 65
L'écume les blanchit ! sous leurs pieds Roncevaux
Des feux mourants du joUr à peine se colore ;
A l'horizon lointain fuit l'étendard du More :
« Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?
— J'y vois deux chevaliers, l'un mort, l'autre expirant.
Tous deux sont écrasés sous une roche noire ; [70
47. Saint Denis, patron des rois de France. — 3ti. Obéron, personnage fantastique dun vieux poème français i7»o;i de i^orc/eauj; Shakespeare l'a introduit dans le Sonqe d'une nuit d'été, et lui a donné pour épouse la fée Titania. — 59. La trahison, en effet, dans la Clianson de Roland, il y a un traître, Ganelon.
l.e plus Corl clan- sa maiu clovo un oo.' crivoii-e; Souàme en .'exhalanl no«, appela .lenx l-n. ■> Dieu : que le son .lu cor est Insle an lon.l ,los bo.s .
(Lirrc „w,lcrne. - Calmanu-I.Ovy, éd.leur.)
Moïse (I8-2-2V
Moïse gravit le mont Ncbo d'où il -tenjple t^, le ^^^^^^^^ vrê les Hébreux de la servitude ^^'^ ^'^^^ ^luc relevé de ses promise. Debout devant le Seigneur, il lu ^"^'^.^^^^^^ .^^^ 3^ l,s,i.
lourdes fonctions. - U faut voir, dans c. M-^jf^-"^,,,,, (.«est-àtude ctquiaspireau .omm ,/ /./. M. m s> J^^^^ ^^ -^ ,
dire de Vigny la.-meme), a ^«^^^i^u a coni .^ ^^ .^.
Idm^r^l'^ir ïl^l n'a i^^s^'w: il souhaite de mourir.
l.^t debout devant Dieu, Moïse ayant pris place, Dans le nua-e obscur lui parlait lace a tace. 11 disait au Sei^nieur : « Ne finirai-ie pas ! ^ Où voulez-vous encor que je porte mes pas .^ Je vivrai donc toujours puissant et solitaire . Laissez-moi mendormir du sommeil de la terre.
Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ?
J'ai conduit votre peuple où vous avez voulu.
Voilà que son pied touche à la terre promise ;
De vous à lui qu\in autre accepte 1 entremise. H
\u coursier dlsraël qu'il attache le frein ;
Je lui lè-ue mon livre et la verge d'airam.
Pour(iuoi vous fallut-il tarir mes espérances,
Ne pas me laisser homme avec mes ignorances,
Puisque du mont lloreb jusques au mont Nebo lo
Je nai pas pu trouver le lieu de m<m tombeau?
Ilélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages .
..Ces deux vers forment Ir rrrr.inJ.l^it^>^il^é.\.V^^
Cette ...,<■ est ^f^^ ^^^^l^^:^.;;:^^^^^^ L U parties :
faire jaillir l eau ; le Luu esi it y" ' Dpiilt^rnnom)-. — \n.
a Moïse (/•.Joai, m, i -;• »-- \i-->î>hi»p<;
Jourdain, près de la mer Morte, dans le pays de. Moabites.
<)70 L]LS GRANDS liCRIVAlNS HtANÇAIS
Mon doij^t du peuple erriiiit a ^uidé les passages ;
J'ai l'ail pleuvoir du feu sur la lète des rois ;
Laveuir à ^^enoux adorera mes lois ; 20
Des tombes des humains j ouvre la plus antique,