LES GRANDS ÉCKIVAINS FRANÇAIS
Et /<•/ sueur coiiLiit de leurs visnffes bruns... Puis cette vision, donl les valeurs et le coloris rendraient jaloux un Hibeira ou un Henri Rej^nault :
C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches, Roug"e du flux vermeil de ses blessures fraîches, Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare, Superbe, maîtrisant son cheval, qui s'efl'are, 5
Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
Lisez encore La Trebbia, pour avoir une impression de fermeté toute romaine et déclat tout espagnol :
L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs. Le camp s'éveille. En bas roule et g-ronde le fleuve Où l'escadron lég-er des Numides s'abreuve. Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
Car malgré Scipion, les augures menteurs, 5
La Trebbia débordée, et qu'il vente ou qu'il pleuve, Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve, A fait lever la hache et marcher les licteurs.
Enfin Hérédiase souvient de ses ancêtres, les Conquisitadores, et de son pays, les Antilles.
Il peint les navigateurs espagnols et portugais qui vont chercher en Amérique le fabuleux métal Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines...
Chaque soir, espérant des lendemains épiques, L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;
Ou penchés à l'avant des blanches caravelles.
Ils regardaient monter en un ciel ignoré, 5
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
XIJC^ SIÈCLE 69Î
?.Le ton change, et l'art aussi, avec Sully-Priidhomme IS39- 1908). Celui-là ne fut pas longtemps un vrai parnassien et il n'atteiji^nit jamais, ce qui d'ailleurs lui importait peu, à léclat des deux précédents. En un style d'une sing^ulière netteté, aux transparences de cristal, SuUy-Prudliomnie analyse les plus délicates impressions ilu cœur, et traduit les conceptions les plus élevées de rintelli{,^ence.
Dans les Solitud2s, il a peint avec une simplicité puissante les anjîoisses de pauvres enfants mis trop jeunes en pension :
On voit dans les sombres écoles Des petits qui pleurent toujours.
Les autres font leurs cabrioles ; Eux, ils restent au fond des cours.
Leurs blouses sont très bien tirées, 5
Leurs pantalons en bon état, Leurs chaussures toujours cirées, Ils ont Fair sai^e et délicat.
Ils son<,^ent qu'ils dormaient naguères Douillettement ensevelis 10
Dans leurs berceaux, et que les mères Les prenaient parfois dans leurs lits.
0 mères, coupables absentes.
Qu'alors vous leur paraissez loin !
A ces créatures naissantes 15
Il manque un indicible soin,
On leur a donné les chemises,
Les couvertures qu'il leur faut ;
D'autres que vous les leur ont mises,
Elles ne leur tiennent pas chaud. 'JO
Mais, tout ing-rates que vous êtes, Ils ne peuvent vous oublier, Et cachent leurs petites têtes, En sanglotant, sous l'oreiller.