La Renaissance du drame en \ers
Après 1870. se prf)duit une véritable renaissance du drame en vers.
l. Henri de Boruier il«2r)-l9ni) fit jouer, en I.S75, au Théâtre français, la Fille de Boh^nd. pièce restée au répertoire. — Il suppose que (ianel<»n. qui a Irahi Roland à Roncevaux, aéchappc au supplice: (ianelon. qui se dissimule sous le nom de Comte Amaury, a un fils, Gérald. modèle de bravoure et de loyauté. Gérald sauve de la mort la fille de Roland. R»n*Lhe, et l'aime: mais, (juand son père lui a révélé son vrai nom, Gérald sent qu'il ne lui est pas permis dépouser la lillc de R<dand, et s'exile. Mal^^ré une certaine lourdeur dans le style, ce drame est réellement beau; c'est une des œuvres les plus solides de notre répertoire contemporain ,
736 Li:S GHAXnS HCRIVAINS FH ANÇMS
La fille de Roland (1875).
I*^ Joyeuse el Durandal.
Au i*"" acte du drame, Gérald chante les deux cpées que la légende a immortalisées, celle de Charlemagne et celle de Roland. — Le public de 1875 vit une allusion patriotique aux provinces perdues dans les plaintes sur la captivité de Durandal.
La France, dans ce siècle, a deux grandes épées, Deux glaives, l'un royal, et l'autre féodal. Dont les lames d'un tlot divin furent trempées: L'une a pour nom Joyeuse, et Tautre, Durandal.
Roland eut Durandal, Charlemagne a Joyeuse, 5
Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d'acier En qui vivait du fer Tâme mystérieuse, Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer.
Toutes les deux dans les mêlées
Entraient, jetant leur rude éclair, 10
Et les bannières étoilées
Les suivaient en flottant dans l'air.
Quand elles faisaient leur ouvrage :
L'étranger frémissait de rage,
Sarrasins, Saxons et Danois, 15
Tourbe hurlante et carnassière,
Tombaient dans la rouge poussière
De ces formidables tournois !
Durandal a conquis l'Espagne,
Joyeuse a dompté le Lombard : 20
Chacune à sa noble compagne
Pouvait dire : « Voici ma part ! »
Toutes les deux ont, par le monde,
Suivi, chassé le crime immonde,
Vaincu les païens en tout lieu ! 25
Après mille et mille batailles,
Aucune d'elles n'a d'entailles,
Pas plus que le glaive de Dieu !
.vt.V 8lkLl^ 737
llélas ! la même iiii ne leur est pas donnée ; Joyeuse est lière el libre après tant de combats ; 30 Et, quand Roland périt dans la soudure journée, Durandal des païens fut captive là-bas.
Elle est captive encore, cl la France la pleure.
Mais le sort dilïerenl laisse riionneur é^al,
Kt la b'rance, attendant quelque chance meilleure, 35
.\ime du même amour Joyeuse et Durandal.
{La Fille de Roland, acte I, scène ii. Curel et Favard, édit.)
'2*^ (ianeloii raconte sa trahison.
Le traître Ganeloii, celui qui livra Roland et ses chevaliers aux Sarrasins, tut, selon la vieille épopée téodale, puni de son crime, et écartelé après jugement. Mais l'auteur de la Fille de Roland suppose que Ganelon n'est pas mort, et qu'il est revenu à la cour de Charlemagne sous le nom d'Amaury ; son fils est ce jeune et vaillant chevalier Gérald, qui délivre des mains des Sarrasins Berthe, la tîlle de Roland. — Dans la scène que nous citons. Ganelon (Amaury) raconte au moine Radbert le pèlerinage expiatoire qu'il a faità Roncevaux.
AxMAURV, K.ADBEHT.