‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 211 sur 261 · S37), et il devint député à l'Assemblée nationale de I8i · texte numérisé non relu

S37), et il devint député à l'Assemblée nationale de I8i

Lamennais reste, sur plusieurs points, un écrivain d'actualité ; il a le premier soutenu certaines thèses socialistes. Mais il est surtout remar(|nable par son style (U'atoire et poétitiue ; il est, après lîossuet, un de ceux ([ui ont le mieux senti et reconstitué l'incomparable poésii' des livres samts.

Grands écrivains 25

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Les Paroles d'un croyant (1834).

Laineiiiuiis, au moiiicp.t où il écrit ce livre, est devenu socialiste et iifo/iistr ; et, de plus, il se croit en butte aux persécutions. De là, des allusions politiques et un accent toujours personnel.

La Providence.

Sous ses apparences de parabole, ce morceau est un petit drame, avec une exposition, un nœud et un dénouement. 11 sera donc intéressant d'en étudier la construction. De plus, on attirera l'attention sur la simplicité des incidents, en apparente opposition avec la beauté de la conclusion.

Deux hommes étaient voisins, et chacun d'eux avait une femme et plusieurs petits entants, et son seul travail pour les faire vivre.

l^t l'un de ces hommes s'inquiétait en lui-même, disant : « Si je meurs ou que je tombe malade, que deviendront ma femme et mes enfants? »

Et cette pensée ne le quittait point, et elle rongeait son cœur comme un ver ronge le frait où il est caché.

Or, bien que la même pensée fût venue également à l'autre père, il ne s'y était point arrêté ; « car, disait-il, Dieu qui conqaît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera aussi sur moi, et sur ma femme, et sur mes enfants. »

Et celui-ci vivait tranquille, tandis que le premier ne goûtait pas un instant de repos ni de joie intérieurement.

Un jour qu'il travaillait aux champs, triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson, en sortir, et puis bientôt y revenir encore.

Et, s'étant approché, il vit deux nids posés côte à côte, et dans chacun plusieurs petits nouvellement éclos et encore sans plumes.

Et, quand il fut retourné à son travail, de temps en temps il levait les yeux, et regardait ces oiseaux qui

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alhiienl el venaient portanl. la nourriture à leurs petits.

Or, voilà ((uau nionieiil où l'une des mères rentrait avec sa becquée, un \'aulour la saisit, l'enlève, et la pauvre mère, se déballant vairu'nuMil sous sa serre, jetait des cris perçants.

A cette vue, riiomme qui travaillait sentit son âme plus troublée qu'auparavant ; « car, pensait-il, la mort de la mère, c'est la mort des enfants. Les miens n'ont cpie moi non plus. Que deviendront-ils si je leur manque? »

l*>t tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.

Le lendemain, de retour au\ champs, il se dit : « Je . veux voir les petits de celte pauvre mère : plusieurs sans doute ont déjà péri.- » Et il s'achemina vers le buisson.

Et, re'^'"ardant, il vit les petits bien portants : pas un ne semblait avoir pâti.

Et, ceci layanl étonné, il se cacha pour observer ce qui se passerait.

l'^t, après un peu de temps, il entendit un lé<;er cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avait recueillie, et elle la distribua à tous les petits indistinctement : el il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.

Et le père qui s'était délié de la Providence raconta le soir à l'autre père ce qu'il avait vu.

H]t celui-ci lui dit : « Pourquoi s'inquiéter ? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous ne connaissons point. Croyons, espérons, aimons et j)oursuivons notre route en paix.

(' Si je meurs avant vous, vous serez le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres.

<( l^t si lun et l'autre nous mourons avant qu'ils

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soient en îi^e de pourvoir eux-mêmes à leurs nécessités, ils au^'ont pour })ère le Père qui est clans les cieux . » (Paroles d'un croyant, X\'II.)

Lejcilé (1834).

Il s'en allait errant sur la terre. Que Dieu g-uide le pauvre exilé I

J'ai passé à travers les peuples, et ils mont rég-ardé, et je les ai regardés, et nous ne nous sommes point reconnus. L'exilé partout est seul.

Lorsque je voyais, au déclin du jour, s'élever du creux dun vallon la fumée de quelque chaumière, je me disais : Heureux celui qui retrouve le soir le foyer domestique, et s"y assied au milieu des siens I Lexilé partout est seul.

Où vont ces nuag-es que chasse la tempête ? Elle me chasse comme eux, et ({uimporte où? L'exilé partout est seul.

Ces arbres sont beaux, ces fleurs sont belles ; mais ce ne sont point les fleurs ni les arbres de mon pays ; ils ne me disent rien. L'exilé partout est seul.

Ce ruisseau coule mollement dans la plaine ; mais son murmure n'est pas celui qu'entendit mon enfance ; il ne rappelle à mon âme aucun souvenir. L'exilé partout est seul.

Ces chants sont doux ; mais les tristesses et les joies qu'ils réveillent ne sont ni mes tristesses ni mes joies. Lexilé partout est seul.

On ma demandé : « Pourquoi pleurez-vous ? » Et, quand je l'ai dit, nul n'a pleuré, parce qu'on ne me comprenait point. L'exilé partout est seul.

J'ai vu des vieillards entourés d'enfants, comme l'olivier de ses rejetons ; mais aucun de ces vieillards ne m'appelait son fils, aucun de ces enfants ne m'appelait son frère. L'exilé partout est seul.

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Il n'y a d'amis, de pères et de frères que dans la patrie. I/e\ilé partout est seul.

Pauvre exilé ! cesse de gémir : tous sont baunis comme toi, tous voient passer et sVm anouir pères, frères, amis.

La patrie n'est point ici-bas : l'homme vainement l'y cherche ; ce qu il prend pour elle n'est qu'un gîte d'une nuit.

Il s'en va errant sur la terre. Que Dieu guide le pauvre exilé ! [Ihid., XLI.)

Les cathédrales gothiques Poésie et musique 1841).

Chateaubriand « avait restauré la cathédrale gothique ». Lamennais l'i'a fait que développer les idées de Chateaubriand, mais avec une poésie à la fois sombre, colorée, mystérieuse, en rapport avec son objet. Il y joint l'expression d'une esthétique (science du beau) renouvelée de Platon et de saint Thomas.

... Figurez-vous être au déclin du jour, dans l'immense cathédrale chrétienne. Une frayeur religieuse, quelque chose de semblable à ce vague sentiment de l'inlini qu'on éprouve au sein des grandes solitudes de la nature, vous saisit à l'aspect de ces vastes nefs, de ces gigantesques piliers dont les sommets se perdent dans les ombres croissantes. Avec les dernières lueurs, la nuit éteint les derniers bruits ; un silence mystérieux vous enveloppe de toutes parts. Au dehors de vous, des ténèbres muettes ; au dedans, l'invisible souille dune puissance inconnue qui vous pénètre et vous domine irrésistiblement. Séparé de ce qui (rappe les sens, il se fait en vous comme un travail étrange ; des esprits passent devant r(L'il interne, l'imagination se peuple de fantômes sans corjis ; le temps, qui n'a plus de mesure, semble lui-même s'être évanoui. Tout

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à coup, dans le lointain, ap|)araît un point lumineux, puis un autre, puis un autre encore ' ; vous commencez à discerner les masses de Fédifice, les murs, pareils aux flancs d'une montagne escarpée, les fortes arêtes des angles, les courbures des arcs, les énormes pendentifs. La lumière augmente : sur ces masses qu'unissent des lignes harmonieuses, se montrent les plantes, les animaux, les formes innombrables des êtres sortis de leurs 'entrailles inépuisablement fécondes. Ixlatants de mille couleurs dont les rellets se croisent et se mélangent, ils portent à vos sens comme une révélation de la vie, et les suaves vapeurs qui parfument l'atmosphère en accroissent encore l'impression. Lorsque, au milieu de ce monde naissant, vibre soudain la voix tour à tour majestueuse, douce, sévère, de l'orgue, qu'elle remplit de ses accords indéfiniment variés les voûtes frémissantes, ne dirait-on pas la voix de tous ces êtres dont la création vient de s'opérer sous vos veux ? Mais leur langage indéterminé ne parle qu'à ce qui sent et non pas à ce qui pense. Tel est le caractère de l'art musical.

Plastique de l'ouïe, si on peut le dire, la musique, elle aussi, comme la poésie, revêt d'un corps l'idée immatérielle, mais d'un corps aérien qui échappe à l'œil, et que saisit seul le sens le plus délié, le plus délicat. Mais elle émeut plutôt qu'elle n'éclaire ; elle ne produit pas la vision de la réalité spirituelle, elle y prépare en quelque soi"te par une intime aspiration, elle en donne le pressentiment. Gomme les lueurs indécises de l'aube, glissant sur de vagues horizons, montrent seulement les masses confuses des objets dont l'astre du jour manifestera les formes distinctes, elle annonce le monde idéal et ne le révèle pas. La Poésie, qu'elle précède dans la génération de l'Art, et

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