VIII. — Emile Faguet né en
Parmi le? ciiti(iues encore vivants, celui (jui, par rabondance et par la qiialilc de ses œu\res, jouit de la plus grande autorité, est M. l'Emile b'ayuet. Professeur à la Sorhonne, il prit, après Jules Lemaître, la critique dramatique du Journal des Débals. Il a publié des Etudes sur le xvi*', le xvir, lo xviii* et le -MX' siècle, — des .\otessur le théâtre, — des Questions de thèiitre (1S90-1898), — des études sur les Politiques et MornUstes du XIX" siècle ^3 vol., lS9i-I900\ etc.,. En outre, il a donné des ouvrages de sociologie et de philosophie politique.
M. Em. Faguet, dans ses études critiques, présente les grands <'crivains dans leur ensemble, et cherche à réduire en de sobres, pi({uantes et puissantes formules, le génie d'un Montaigne, d'im J.-.T. Rousseau, d'un X'ictor Hugo, d'une M'"" de Staël. 11 procède par plans : vie, idées morales i^il y insiste), idées littéraires, art, style, etc. Et chacun de ces paragraphes est un cadre où l'auteur apparaît dans une de ses poses essentielles. Il use volontiers d'un style concis, antithétique, suggestif au plus haut point.
Dans ses derniers volumes {\ietsche, Platon, le Socialisme, etc ), M. E. Kaguet tend de plus en plus à traiter des questions de sociologie et de morale ; il y apporte autant d'intelligence et de hauteur de vues que dans la critique littéraire.
La sensibilité de Michelet (1887),
Il a été surloul un homme de senlimeuts vifs et infiniment tendres, un homuie de sym|)atlue, de pitié, d'amour profond et inquiet. Très refoulé et meurtri
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dans son enfance malheureuse et précaire, il ne pouvait être (jue très haineux ou très atlendri, nullement banal de cœur. Le fond était bon, il fut aimant ; il fut presque tout amour, d'une sensibilité qui aimait à se répandre, à s'épancher, qui cherchait des objets, et qui en créait presque pour en trouver. Virgile, dit-il, lui a donné le don des larmes. Il l'a bien plus que Virgile, et plus aussi la tendresse vraie, le besoin d'aimer. Il faut remonter plus haut que la vieille Rome pour trouver qui lui ressemble en cela. On dirait plutôt un Indien primitif, un rédacteur du Ramayana ', tout plein, non seulement du sentiment de la vie universelle, mais d'une pitié, plus encore, d'une affection fraternelle pour toute créature, surtout, pour les humbles, les déshérités et les plus faibles, ce qui est la marque même d'un cœur aimant.
La femme, l'enfant, le pauvre, le peuple, l'exilé, le proscrit ; plus bas, l'animal, cette âme obscure et empêchée, qui semble réclamer un droit, qu'on lui mesure, à la pensée et au sentiment ; plus bas encore, ou plus loin de nous, l'arbre, la plante, l'élément même, qui semble aveugle et monstrueux ; la mer, le glacier, ces terreurs de l'homme, nos auxiliaires pourtant et nos grands nourriciers, qui nous font et refont incessamment la vie éternelle, entretenant nos corps et nos âmes, et, qui sait ? âme eux-mêmes peut-être ; ce primitif égaré dans nos âges, aiguisé du reste de toute la science et toute la pénétration de pensées contemporaines, contemple, admire, embrasse tout cela, poursuit tout cela d'une sympathie toujours allumée et renaissante.
L'un des objets le mène à l'autre. C'est dans le livre du Peuple qu'est le premier germe du livre deTOiseau, et à l'inverse, dans le pauvre pic de nos forêts, robuste ouvrier qui fend les chênes, il admire, aime et plaint le « travailleur calomnié et persécuté ». Il lui faut des