‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 45 sur 261 · I. — Théologiens · texte numérisé non relu

I. — Théologiens

1. Calvin (1509-1564). — Jean Chauvin {qui latinisa son nom en Ciilvinus. d'où sortit à son tour la nouvelle forme française (jaiviji:, était né à Noyon. Ses parents, catholiques, le destinaient à l'Église, Mais après avoir étudié le droit à Orléans et les langues anciennes à Bourges, Calvin se convertit au protestantisme. A Bâle, où il se réfugia, il publia la première édition, en latin, de son principal ouvrage : \ Jnstitulion chrétienne (1536 . Bientôt il s'établit à Genève. Mais il y fit sentir si despotiquement son autorité que les libertins (paitisans de la liberté) le bannirent en 153S. Il se retira à Strasbourg, et fut rappelé à Genève deux ans après. .Tusqu'à sa mort. 1564. il régna en maître absolu sur la ville.

Calvin avait récrit en français, en 1541, l'ouvrage latin publié d'abord en 1536. Sous cette forme nouvelle, V Institution chrétienne, dédiée au roi François P"", eut un grand succès. Ses mérites principaux sont : 1" La logique et renchainement rigoureux du raisonnement. Cette méthode, si rare au xvi* siècle, annonce celle de nos grands écrivains classiques; — 2" Calvin rend à notre langue cet immense service d'y verser en quelque sorte tout le trésor biblique et théologique. Ces matières, réservées jusqu'alors à la dignité du latin, étaient pour la première fois exposées en langue vulgaire, plus de cent ans avant les Provinciales de Pascal. — Le style de Calvin est grave et serré, mais sans couleur.

2. Saint François de Sa'es 1568-16-22^..— François de Sales appartenait à une des plus illustres familles de la Savoie, et il était déjà, quoique fort jeune, conseiller au Sénat de Chambérv, quand une vocation impérieuse le poussa vers l'Église. Aussitôt prêtre, il s'adonna à la prédication du catholicisme dans les pays protestants, et il réussit, par l'onction de son éloquence et

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par sa charité tniite chrétionne, k y opôrcr fie nombreuses conversions. Devenu en ljî>6 coadjnteur tU- révoque de Genève, il continua à préchei* : il \\n[ mémo A Paris où il obtint un j^Tand succès. — Vax IGOS, il publia Vlnlroduclinn ù In vie dovoLc : en lt>16, le Truilé de rntnonr de Dieu. Mais smi occupation principale resteloujours la conversion des protestants; et juscpi'à sa mort, il fut un infatig-able missionnaire.

Son principal ouvraire, Vlntroduclion à l;i vie dévote, est tout simplement un recueil de lettres de direction adressées par François de Sales à M""" de Charmoisy. dAnnccy. I/aulcur essaye de guider dans la dévotion une personne du monde oblijrée de vivre dans le monde ; de là, le caractère pratique et simple des conseils quil donne sur chacune des vertus chrétiennes. \'oici d'ailleurs comment, dans sa Préface Al e.xpose son dessein, en un style d'un charme pcm-traut cl d'une aimable poésie.

Préface de l'auteur 1008).

Mon cher lecteur, je te prie de lire celle préface, pour ta satisfaction et la mienne.

La bouquetière Glycera savait si proprement ' diversilier la disposition et le mélang-e des tleurs qu'elle mettait en ses bouquets, que avec les mêmes Heurs, elle faisait une g-rande variété de bouquets : de sorte que le célèbre peintre Pausias ^ demeura court, voulant contrefaire à l'envi ^ celte diversité d'ouvrage ; car il ne sut chang-er sa peinture en tant d'assortiments comme Glycera faisait ses bouquets. Ainsi le Saint b^pril dispose et arrange avec tant de variété les enseignements de dévotion quil donne par la bouche et la plume de ses serviteurs, quj la doctrine étant toujours une

1. Proprement, liabilenienl. — i. Pausias. peintre j,Tec. de Sicyoae, contemporain du célèbre Apellc, vécut de 'iù(^ à 330 avant Jiisus-Christ. Il était surtout renommé comme peintre de fleurs. — 3. Contrefaire à l'envi. reproduire, en rivalité avec elle Knvi est ainsi expliipié dans le dictionnaire étymologique de Laurent et Richardot : « A l'envi. adverbe formé du vieux français envi qui est le nom verbal du verbe passif e/iwj'er = inviter, puis : provoquer, défier. Ce mot envier (latin invilare) a pour doublet inviter, comme le nom verbal envi a pour doublet invite. Un envi était une mise par laquelle le joueur encliérissnit sur son adversaire. F'ar suite, à l'envi — en misant pour ainsi dire contre quelqu'un, en rivalisant ave<- lui. •■

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même, les discours néanmoins, qui s'en l'ont, sont bien dilTérents selon les diverses façons desquelles ils sont composés. Je ne puis donc cerlainemenl et ne prétends en aucune façon rien dire dans celle Inl roduction, que ce qui a élc dit i)ar ceux qui ont écrit sur ce sujet avant moi. Ce sont, pour ainsi parler, mon cher lecteur, les mêmes fleurs, qui ont passé déjà par les mains des autres, que je vous présente ici. Mais le bouquet que j'en ai fait se trouvera tout différent par la diversité de la disposition que jç leur ai donnée.

Ceux qui ont traité de la dévotion ont eu, presque tous, en vue l'instruction des personnes qui sont fort retirées du commerce du monde; ou du moins ils ont enseii;né une sorte de dévotion qui conduit à cette retraite entière et universelle. Pour moi, je me suis proposé d'instruire des personnes qui vivent dans les villes, dans leurs ménages, et même à la cour; qui sont obligées par leur condition à un certain dehors d'une vie commune, et qui souvent, sous le prétexte d'une prétendue impossibilité, ne veulent pas seulement penser à essayer ce que c'est que vie dévote. Ils veulent toujours croire que, comme aucun animal n'ose goûter de la graine de la plante que les naturalistes appellent Palma Chrisfi., nul homme, occupé des affaires du siècle, ne doit aspirer à la palme de la piété chrétienne. Mais qu'ils sachent que la grâce n'est pas moins féconde en ses ouvrages que la nature. Les mères-perles "* se forment et se nourrissent dans la mer, sans en prendre une seule goutte d'eau : tout amère et salée qu'elle est, on y trouve des sources d'eau douce vers les îles Chélidoines '"•, et les pyraustes ^ volent au

4. Mères-perleS;, dans cette expression, comme dans mère-goutte , mère-laine, le mot mère vient du latin m.eram. pure. Mère-perle, perle naturelle. — b. Chélidoines^ îles situées au sud des côtes de Lycie (Asie- Mineure) et ainsi appelées à cause des nombreuses tortues (grec chélidon) que l'ony trouvait. — 6. Pyraustes, sortes de papillons de nuit.

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milieu des flammes, sans se brûler les ailes. De même une âme, soutenue par une généreuse résolution, peut vivre clans le commerce du monde, sans en prendre esprit ; ^^oûter la douceur du service de Dieu, parmi toutes les amertumes du siècle, et, à travers toutes ses convoitises les plus ardentes, s'élever à Oieu par les désirs sincères de son amour. Il est vrai que cela porte de Jurandes dilTicullés. t'^t c'est pourquoi je voudrais bien qu'on s'appliquât avec plus d'ardeur qu'on n'a pas fait jusqu'à présent, à les aplanir aux g-ens du monde, comme tout faible que je suis, je lâche d'aider un peu, par cet ouvrage, la bonne volonté de ceux qui voudront faire un {généreux essai de la dévotion.

Mais si cette Introduction parait au jour, cela ne vient {)oinl du tout ni de mon projjre mouvement, ni de mon inclination. Il y a quelque temps qu'une personne de beaucoup d'honneur et de vertu ", pressée par la grâce de Dieu d'entrer dans les voies de la perfection, en forma le dessein, et m'y demanda mon assistance particulière ; et parce que, outre plusieurs sortes de devoirs, qui me tenaient attaché à ses intérêts, je lui avais trouvé, longtemps auparavant, beaucoup de dispositions à une solide piété, je donnai tous mes soins à son instruction. Après Tavoir donc conduite par des exercices de dévotion, que j'ai jugés les plus convenables à sa condition et à son désir, je lui en laissai quelques mémoires par écrit, pour y avoir recours dans ses besoins, et elle les communiqua à un savant et dévot religieux ^. \ éritablemenl grand religieux, qui, les ayant crus utiles à plusieurs autresmexhorta fort de les donner au public. Or, il lui fut aisé de me persuader, parce qu'il s'était acquis une Jurande autorité sur ma volonté par son amitié, et sur mon esprit par la solidité de son jugement.

7. Mme de Charmoisy. — 8. Le P. Je;in Forricr, ji-suitc, recteur du oolU'ge «le Chambc'ry

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Ainsi, j)<»iir rendre cet ouvrage plus utile et plus ai^réabie. je le revis, jv mis quelque, ordre, et j'y ajoutai plusieurs instructions que je croyais nécessaires. Mais, en vérité, ce fut presque sans avoir eu le temps de le bien l'aire. C'est pourquoi, vous n'y verrez rien d'exact, et vous n'y trouverez qu'un amas d'avertissements, que j'y donne de bonne foi, en tâchant de les expliquer le plus intelligiblement que je puis. Et à l'ég-ard des ornements de la langue, je n'y ai pas seulement voulu penser^ ayant assez d'autres choses à faire.

J'adresse la parole à Philothée, parce que, voulant rapporter à l'utilité publique ce que j'ai d'abord écrit pour une seule personne, je dois me servir d'un nom commun à tous les fidèles, qui aspirent à la dévotion : et ce terme <( Philothée » signifie celui ou celle qui aime Dieu.

(Introduclion à Ja vie dévote^ préface.)

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