M\ LES GKANUS ECRIVAINS FRANÇAIS
Celui-ci vint baiser à la joue Aubig-né, puis se tourna vers Béroalde disant : « Il faut que je meure ou que je vous sauve tous, pour Tamour de cet enfant : tenezvous prêts pour sortir quand je vous le dirai : cependant ' donne/ moi cinquante ou soixante écus pour corrompre deux hommes sans lesquels je ne puis rien. » On ne marchanda point ^ à trouver soixante écus cachés dans des souliers. A minuit, ce gentilhomme revint accompagne de deux, et ayant dit à Béroalde : k Vous m'avez dit que le père de ce petit homme avait commandement à Orléans ; promettez-moi de me faire bien recevoir dans sa compagnie. » Cela lui étant assuré avec honorable récompense, il fît que toute la bande se prit par la main; et lui, ayant pris celle du plus jeune, mena tout passer secrètement auprès d'un corps de garde, de là dans une grange par dessous leur coche, et puis dans des blés, jusques au grand chemin de Montargis, oii tout arriva avec grands labeurs et grands dangers.
(.S'a vie à ses enfants, I, 6.) III. — Écrivains politiques.
1. Nous nommerons seulement : Etienne de La Boétie (1530- 1563 , Tami de Montaigne, auteur de la 5>e7'i;t7f/(iero/on^aire, hardi pamphlet où il ne faut peut-être voir qu'un exercice de déclamation scolaire ; — Michel de l'Hospital (1505-1573), chancelier de France pendant une des périodes les plus troublées, et qui a laissé le souvenir d'un magistrat et d'un homme d'Etat aussi intègre que capable : ses œuvres consistent en Harangues, Mercuriales, Remontrances, etc.. dont Tactualité n'est pas le seul mérite ; — et nous nous arrêterons plus longuement à la Satyre Mé nippée.
2, La Satyre Ménippée. — Parmi tant de pamphlets que fit naître la Ligue, un seul est demeuré célèbre^, laSatyre Ménippée ',
7. Cependant, en attendant. — 8. On ne marchanda point, on nhésita pas à.
1. Ce nom de Ménippée était donné, chez les anciens, à des satires mêlées de prose et de vers, genre inventé, disait-on, par le philosophe grec Ménippe d"^ siècle av. J.-C.) et imité à Rome par T. Varron, contemjjorain de Cicéron. Ainsi le titre indique simplement le genre; il dut
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Dans la situation si confuse où la UKn't tic Ileni-i III ii\ ait jeté les difTérents partis politiques, les auleui-s de ce manifeste national firent entendre la note juste, celle de Français qui, tout en souhaitant que Henri IV se convertît à la religion catholique, ne croyaient pas que son prolestanlisnie pût disqualifier en lui le seul léf^ilinie héritier tle la couronne, et repoussaient de toutes leurs forces, soit un prince loi'rain, soit un ju-iiice espaiinol. 11 est sans doute très exagéré de dire que ce pamphlet, publié en 1594, ouvrit à Henri IV les portes de Paris. Mais il représente l'état d'esprit du parti modéré, composé à la fois des gens de robe et des bourgeois. — les craintes quinspiiaicnt ceux qui. sous prétexte de religion, ne travaillaient qu'à leur fortune propre. — la clairvoyance des Parisiens qui reconnaissaient en Henri IV le prince intelligent et brave capable de ramener la paix et la prospérité.
Ot ouvrage est dû à la collaboration de plusieurs écrivains avocats, ecclésiastiques, professeurs, dont les plus notables sont Pierre Filhou ^auteur de la harangue de Daubray, Jacques Gillot, Jean Passerai et Mcolas Rapin.
Voici une rapide analyse de la Satyre Ménippée : Nous sommes d'abord dans la cour du Louvre, le 10 février 1593, le jour où vont se réunir les Ktats, convoqués par le lieutenant-général, le duc de Mayenne, pour l'élection d'un roi. Deux charlatans, l'un espagnol le cardinal de Plaisance , l'autre lorrain (le cardinal de Pelevé). oflrent au public leur calholicon, drogue universelle '- Le catholicon de l'Espagnol a des propriétés merveilleuses et ironiques : il dispense de toutes les vertus réelles, il efîace toutes les vilenies. Celui du Lorrain est éventé. « manquant de l'ingrédient le plus nécessaire, qui est l'or ». — Ainsi sont symbolisés les deux partis qui voulaient imposer un roi étranger à la France et faire exclure Henri IV. — Vient ensuite la procession des députés : en tête, marche M. Uose, recteur de l'Université ; puis les curés de Paris, les moines mendiants, les prévôts des marchands et échevins, le cardinal de Pelevé, M. le Légat, M™* de Nemours mère de Mayenne; ; plusieurs dames de la cour, dont la duchesse de Mayenne, etc. Les curés, les moines, les échevins, sont, par-dessus leur robe, ridiculement accoutrés d'armures, et tous armés d'épées et de pertuisanes. — On est entré dans la
y avoir à la inéiiie <''i)Oquo une Toule île Mênippf'es, doiiL une seule est restée célèbre.
2. Pour bien comprendre la plaisanterie contenue dans ce mot ctLtholicon, il ne faut pas oublier ijue les apothicaires débitaient une drogue de ce nom, remède qui convenait, selon son étymologie à tous lei maux.