La Chanson de Roland (xi" sièckv
1. L'histoire. — Nous savons, par la chronique latine d'Eginhard, querarrière-jj^ardede Gharleniaf^ne, à son retour d'Espagne, en 778, fut sur|)rise et anéantie dans la vallée de Roncevaux par les montagnards ijasques ; ceux-ci écrasèrent les chevaliers français sous des quartiers de rocher, puis regagnèrent leurs abris et échappèrent à toute vengeance. L'arrière-garde française était commandée par le comte de la marche de Bretagne, Roland.
2. La légende. — On tiansforma de bonne heure les éléments de ce fait divers. Roland devint le neveu de Charlemagne. .\ rarrière-garde, on plaça les flouze pairs de France îOliviei-, Turpin, etc.;, et vingt mille chevaliers. Ceux-ci furent surpris grâce à la trahison cfe (lanelon, chevalier français qui voulait se venger de Roland. Les adversaires ne furent plus d'obscurs montagnards lia-^cpics. mais des Sari'asins, au nombi'c de cent mille. Enfin. Charlemagne revient à Roncevaux, et tire une \engeance éclatante du traître et des agi'esseurs.
3. Analyse du poème, — On peut y distingtier trois parties : dans la première se prépare la trahison. Ganelon, envoyé en ambassade auprès du Sairasin Marsile, en profite pour orga-
b i,i:s GRANDS f,i:hi\ains français
niser avec lui la surprise au val de Roncevaux ; — dans une seconde pai'lie, les Français sont attaques par les Sarrasins : Olivier conseille à Roland de sonner son olifanl (cor d'ivoire) pour appeler Gliarlemagne à son secours; mais Roland, trop or{::ueilleux, refuse, et sa lémcritc le rendra responsable du désastre. Après un combal acharné, tous les Français succombent : Roland meurt le dernier; il a consenti enfin à sonner son olifant, mais parce que renipereur, qui anivera trop tard pour le secourir, n'aura plus qu'à le venger ; — la troisième partie est consacrée à la poursuite des Sarrasins par Charleniagne et à la punition de Ganelon. La fiancée de Roland, Aude, sœur d'Olivier, meurt en apprenant la nouvelle du désastre.
Nous citons trois des plus beaux épisodes de ce poème : le Cor, lu mort de Roland et la mort d'Aude.
Le Cor.
Olivier, à la vue des Sarrasins qui se préparent à attaquer et à cerner l'arrière-garde, demande à Roland de sonner son olifant, afin d'appeler Charlemagne à leur secours. Par trois fois, Roland refuse ; il pousse ainsi le courage jusqu'à l'excès, jusqu'à la desmesure, ce qui peut faire considérer sa mort comme une expiation.
Olivier dit : « Les païens ont grande force ; il me semble qu'il y a bien peu de Français. Compagnon Roland, sonnez donc votre cor : Charles l'entendra, il fera revenir rarniée. » Roland répond : « J'agirais comme un fou ! En douce France, j'en perdrais ma g-loire ! Mais plutôt je frapperai de grands coups de Durandal ^ ; le fer en sera sanglant jusqu'à Tor de la garde. C'est pour leur malheur que les félons païens sont venus à ce défile : je vous le jure, ils sont tous condamnés à mort. »
u Compagnon Roland, sonnez donc Folifant "^ ; Charles Tentendra, il fera revenir l'armée ; le roi nous secourra avec ses barons. » Roland répond : « Ne plaise au Seigneur Dieu que mes parents soient jamais blâmés à cause de moi, ni que France la douce tombe en déshonneur I Mais je frapperai assez avec Durandal, ma bonne épée ceinte à mon côté ; vous en verrez tout le