Olifant, cor d'ivoire fait d"une défense d'éléphant
fer ensanglanté. Les félons païens sont réunis ici pour leur malheur : je vous le jure, ils périront tous. »
u Gompaj,nion Roland, sonne/ votre olifant. Charles Tentendra, lui cpii passe aux défilés ; je vous le jure, alors les Francs reviendront sur leurs pas. » — « Ne plaise à Dieu, lui répond Roland, qu'il puisse être dit par nul homme vivant, que jamais j'aie sonné du cor à cause des païens ! Jamais on ne pourra en faire reproche à mes parents. Quand je serai au fort de la bataille, je frapperai mille et sept cents coups, et vous verrez l'acier de Durandal ensanglanté. Les Français sont braves, ils frappent en bons chevaliers ! Désormais, ceux d'Espagne (les Sarrasins) n'auront rien qui les garantisse de la mort. »
Olivier dit : u Je ne vois pas où serait le déshonneur. J'ai vu les Sarrasins d'Espagne : les vais et les monts en sont couverts, ainsi que les landes et les plaines. Grandes sont les armées de cette nation étrang"ère : pour nous, nous sommes en petit nombre. » Roland répond : « Mon ardeur n'en est que plus {grande. Ne plaise à Dieu et à ses très saints anges que France perde à cause de moi son honneur ! La mort vaut mieux que la honte ! Parce que nous frappons bien, l'Empereur nous aime. »
Roland est preux, et Olivier est sage ^ : tous deux ont merveilleux courage. Puisqu'ils sont à cheval et en armes, désormais la mort ne les empêchera pas de livrer bataille. Rraves sont les comtes, et leurs paroles sont nobles. Les félons païens chevauchent avec grande colère... (vers 1049-1080)
Mort de Roland.
Le poète, quel qu'il soit, a établi, peut-être instinctivement, la plus habile gradation dans les tnorts qui précèdent celle de Roland. Les pairs tombent successivement ; les derniers instants d'Olivier donnent lieu à un épisode très pathétique : le sang laveugle, il frappe sur Roland qu'il prend pour un païen, puis il lui demande pardon, l'embrasse et expire, tandis que Roland se pâme de douleur. Meurent ensuite Gau-