‹ Les grands enterrementsChapitre 18 sur 21 · DISCOURS DE M. CLARETIE FILS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. CLARETIE FILS

Comme administrateur général de la Comédie- Française et comme ami, je suis frappé par un double deuil. Cette émotion excusera la brièveté de mon discours.

Il s’est créé, depuis quelque temps, une école littéraire qui semble faire profession de misanthropie et de peindre la vie sous les couleurs les plus noires. C’est l’utilité des existences charmantes et supérieures de présenter la défense de l’humanité, en montrant ce que le cœur de l’homme peut contenir de beau, de délicat, d’élevé enfin. Le Bar Gy fut un de ces plaidoyers vivants : à côté de lui, on se sentait heureux de vivre, fier d’être un homme. Il était impossible de l’approcher sans subir le charme entraînant d’une sympathie irrésistible.

OBSÈQUES DE LE BAR GY

Il y a quinze jours encore, venant me voir à ma maison de Viroflay — ah! que les roses sentaient bon ce matin-là et que la vie semblait légère ! — il me dit en me présentant un de ses jeunes élèves :

— C’est un véritable cadeau que je vous fais : c’est moi-même à vingt ans !

Excellent Le Bar Gy : c’était la modestie même. Quand la mort est venue nous le ravir, le gouvernement allait récompenser toutes ses vertus en lui accordant le plus grand honneur que puisse ambitionner un homme : cette croix qui brille sur la poitrine des héros modestes et des artistes éminents et semble être le signe de ralliement des grands esprits et des grands cœurs !

Le défilé des amis fut très long. A côté de la classe, au grand complet, du regretté professeur, dont les élèves se reconnaissaient à leur impeccable élégance et à leur émotion pleine de tenue, on remarquait la majorité des artistes du Théâtre-Français : mademoiselle Ludwig, la charmante sous-doyenne, mademoiselle Reichenberg, plus jeune que jamais, M. Baillet, toujours plein d’avenir. Les deux fils Carjat, déjà photographes, conversaient mélancoliquement avec les quatre frères Lionnet fils.M. Delaunay recevait avec grâce les félicitations de tous : très remuant, très sautillant, avec sa figure rose qui souriait par habitude, et son nez espiègle de vieux gamin sous la neige de ses cheveux. Pour honorer particulièrement la mémoire de son jeune rival, l’Éternel Jeune Premier avait décidé de revêtir, ce jour-là, le personnage d’Olivier de Jalin.

OBSÈQUES DE MADAME LEPRINCE

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