‹ Les grands enterrementsChapitre 5 sur 21 · OBSÈQUES DE SARCEY · texte numérisé non relu

OBSÈQUES DE SARCEY

tuation dans la critique. Bergerat, poète chevelu, nous parlait d’un jeune comédien qui venait de débuter à l’Odéon et présageait l’avenir aux jeunes : il se nommait Porel. Moi, je rêvais de devenir journaliste, de donner ma part de travail et de peine à l’œuvre sublime d’abnégation, qui est la Presse, cette gloire du dix-neuvième siècle.

Que ces temps sont lointains ! Il y a huit jours, mon convive de 1865 se trouvait dans mon cabinet directorial de la Comédie — dans ce cabinet où ont défilé tant d’illustrations contemporaines. Un peu alourdi, mais encore vert, malgré son âge, il me disait avec cette bonhomie savoureuse dont vous vous souvenez : « Pourquoi avez-vous engagé mademoiselle Marsy pour les coquettes quand mademoiselle Nancy Martel tient si bien l’emploi? » Puis

il m’entretenait du répertoire : c’était là ses dernières passions.

Au fond, c’était un tendre. Son enveloppe un peu fruste cachait une âme sensible. Quand il avait serré une fois la main d’une femme, il ne croyait plus pouvoir la frapper, même avec une fleur....

Aussi bien ce maître regretté, qui laissera parmi nous d’unanimes regrets, a-t-il conquis tous les droits au litre le plus enviable parmi ceux qu’un homme de cœur peut ambitionner : celui de sympathique.

Quelle est, en effet, la raison mystérieuse pour laquelle un homme est sympathique? c’est l’estime qu’on a de lui, et celle qu’on soupçonne qu’il a de

vous....

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