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DISCOURS DE HENRI RECQUE

Appelé par la Société des auteurs dramatiques à apporter les regrets de nos confrères sur la tombe de M. Francisque Sarcey, je serai bref : Sarcey n’entendit jamais rien au théâtre, mais ce fut un excellent homme. La confiance parfaite avec laquelle il riait aux facéties usées des petits théâtres indique suffisamment une âme candide et un cœur sans reproche. Il fut, en effet, le dernier Français qui ait cru au calembour , au quiproquo de concierge et à M. Alexandre Risson.

Si le talent ne fut pas chez le critique regretté à la hauteur du caractère, il faut rendre néanmoins hommage à celte honnêteté d’esprit. Donnons donc nos regrets sincères au brave homme qui s’en va, et songeons toujours que le théâtre s’anémie, et que la

fortune est au directeur qui écoutera enfin les audacieux.

Ces discours furent écoutés dans le plus profond recueillement. Il n’y eut pas d’incidents à signaler. M. Gouzien fit signe qu’il voulait parler, mais sa voix se brisa dans sa gorge; ses longs cheveux, retombant sur son visage, masquèrent les traces de sa douleur. MM. Noël et Stoullig, très remués eux aussi, s’écrièrent dans un unanime élan : « Ce que c’est que de nous ! » La plupart des comédiens et des comédiennes de Paris pleuraient en silence, avec cette aisance d’émotion particulière aux artistes dramatiques. Bref, ce fut une scène touchante et communicative, respectueuse des règles essentielles, telles que le Maître les avait recommandées en trente ans de feuilleton : pathétique et simple, avec quelques gros effets — et un peu de convention.

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