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ralsark qui fait communiquer ces bouches avec celles de l'Anderson, le grand lac des Esquimaux et la prétendue ile Nicholson.
— N'est-ce pas, me dit le grand-homme, que le pays que nous habitons est une ile?
— Les Zrhréléit en disent autant, lui dis-je. Par le fait, on ne peut y aborder que par mer, de quelque côté qu'on y arrive. Cependant ce n'est pas précisément une ile, ou, si tu veux, c'est une île, mais si grande, si grande qu'elle occupe presque toute l'étendue de cet hémisphère, du nord au sud.
ILagita la main d'un air capable et entendu :
— N'importe, n'importe! Tu avoues que notre terre est entourée d’eau salée; c’est donc bien une île, C'est bien là ce que disent nos histoires.
— Et que disent-elles, vos histoires?
— Elles rapportent que le Castor noir créa deux hommes, bien loin dans l'Ouest, sur une autre ile de la mer, et que de cette île ils abordèrent dans celle-ci pour y chasser les perdrix blanches. Ces tétras, les deux frères les tuèrent de concert, puis ils s'en disputèrent la possession, et finalement ils se battirent pour les avoir. Ils se les arrachèrent des mains.
— Ce n’était pas la peine de se battre pour si peu.
— Quand l’homme a faim, continua le chef, il ne raisonne pas. Ce fut la famine qui porta les deux frères à se battre pour cette maigre pitance.
— Le pays où ils abordèrent n’est donc pas riche?
— Oh! que si, chef, Natérovik est un bien beau pays
i situé dans l'Ouest ; il y fait plus chaud qu'ici, et le soleil y « montre toujours le nez, en hiver. Mais il parait que la
famine régnait sur cette plage, à cette époque. Maintenant
i les choses sont bien changées; les Natervalinet sont bien plus riches et plus heureux que nous.
— Et quel fut le résultat de cette rixe? continuai-je à demander.
— Ce fut qu'ils en vinrent à une séparation. L'un des deux frères demeura sur notre île et devint notre ancêtre. L'autre s'en retourna sur l'ile occidentale; celui-là fut le père des /nnoït tchoublouraotit ou Souffleurs, lesquels ne portent pas de foutaït ou boutons d'ivoire dans les joues.
Nous pensons que tous les Xrablounet sont issus de cette seconde souche, conclut /nnonarana avec un sourire courtois.
— Ettu oublies les Zrkréléit (Peaux-Rouges). D'où sortent-ils ceux-là ?
— Oh! ceux-là ne sont pas des hommes braves, ingénieux ni illustres. Ils sont sortis, dit-on, des lentes de nos poux, comme l'indique leur nom. Mais, acheva-t-il en riant, sans doute pour ménager l’amour-propre de Sidajen, je n’en suis pas bien sûr.
Les Tchiglit ont une singulière manière de compter. Je vis et entendis le chef énumérer les martres et les renards qu'il avait pris depuis l'automne. Il comptait couramment jusqu'à six, arbnati ; après quoi il reprenait : six-un, six-
deux, six-trois, etc; arbnati-aypa, arbnati-illaa, arbnati- M
tchitamat, etc., jusqu'au chiffre dix, krobit, c'est-à-dire un tout complet.
Ce sont les premiers Américains que je vois compter de ë
la sorte.
Pour exprimer les dizaines, ils ajoutent les pieds aux M
mains. Ainsi vingt se rend par : un homme entier ; trente, par : un homme et deux mains ; quarante, par : deux hommes, innoun mallerok.
Dans ces calculs, les Esquimaux, grands gesticulateurs, joignent la pantomime à la parole, rapprochant leurs pieds
de leurs mains étendues devant eux. Tout ceci est rationnel. # be
Mais je ne puis comprendre pour quelle raison ils
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expriment le nombre cent par itchangnerk, qui signifie croisé ou croir, à moins qu'ils ne fassent une croix au charbon sur une latte ou un poteau chaque fois qu'ils ont ce chiffre à écrire.
Les Tchiglit comptent les jours par nuits, les mois par lunes, les années par hivers. Ils reconnaissent beaucoup plus de saisons que nous, d’après les différents états de la terre et les divers degrés de force et de gradation du soleil ; mais ils ignorent les heures, la semaine et toutes les divisions du temps autres que celles que leur fournissent les phases de l'astre des nuits,
Je fus vivement satisfait de l'exhibition que Noulloumallok venait me faire de son savoir. Elle le grandit dans mon estime et je lui en témoignai ma gratitude.
Le compagnon du chef, le galeux Zyoumatounak, était allé sur le bord de la mer, au-devant d'une bande d'Esquimaux qui, parait-il, se rendait au fort Anderson. Il ne put donc à son tour me manifester son savoir-faire ; mais sa jeune femme, la belle Aoularéna N° 2, voulut le suppléer en m'initiant aux soins et aux apprêts d’un ménage esquimau.
Elle commença par nettoyer sa lampe de pierre, ou krolerk, des vieilles mèches carbonisées qu'elle contenait, afin de les remplacer par de nouvelles et de mettre ainsi sa lampe en état de lui faire honneur, en présence des hôtes nombreux que l’on allait recevoir par le retour de son mari.
Son premier soin fut d’arroser de l'huile de sa lampe un morceau de poisson entre-gelé mais cru, qu'elle m'offrit ensuite avec toute la gräce dont elle était susceptible. Je déclinai l'acceptation d° sa tartine avec courtoisie, et la Petite-Aiguille ingurgita le (riand morceau d'une seule bouchée.
Alors, prenant sa lampe à deux mains, elle la nettoya