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vulsés par la colère, l'écume à la bouche; il frémissait de rage, debout et silencieux devant le Dindjié Schækutahyiw, qui était pareillement armé, mais qui se possédait et n'avait pas sa langue dans la poche.
En les voyant se mesurer de l'œil, et le couteau tiré, mon premier mouvement fut de m'élancer entre eux pour empêcher l’effusion du sang, et de mander leurs chefs respectifs afin qu'ils éclaircissent le litige et le terminassent à l'amiable. Je savais que cet appel aux chefs flatte l'amour-propre des sauvages, en même temps qu'il sauvegarde l'honneur des parties intéressées, qu'irriterait l'interférence d'un tiers, blanc ou rouge.
Nous apprimes alors que ces deux hommes n'étaient pas les auteurs de la rixe, mais qu'ils se faisaient les défenseurs de leurs deux femmes, lesquelles s'étaient prises mutuellement aux cheveux et se roulaient à qui mieux mieux sur l'herbe, un peu plus loin, en poussant ces cris qui nous avaient glacés de frayeur.
Il s'agissait du vol d'une cuiller en corne que l'Esquimaude avait commis au détriment de la Loucheuse. Chacune d'elles tenait une des extrémités de l'instrument et le réclamait comme sien, la seconde à titre de propriété, la première à titre de conquête, d'annexion. Pourquoi pas ? Leur autre main était accrochée à la chevelure de là voisine.
Malheureusement, l'Esquimaude portait perruque, comme toutes ses semblables, et cette perruque était demeurée comme un trophée au pouvoir de la grosse femme de Schækutahyiw, à la confusion de son ennemie, mais à la plus grande hilarité de la population dindjié, qui, le couteau levé ou le fusil bandé, faisait cercle autour des deux combattantes.
L'Esquimaude poussait des cris de rage et pleurait à chaudes larmes, comme Chapelain, obligée qu'elle se voyait d'abandonner la cuiller pour ravoir sa perruque.
La honte d'être prise en flagrant délit de vol était pour beaucoup dans ses larmes.
La Loucheuse, triomphante, véritable mastodonte pour les formes et les proportions, avait un genou appuyé sur le ventre de la voleuse, et tenait bien haut sa cuiller, en protestant que c’étaitsa propriété, ce qui était confirmé par le chef dindjié et compagnie.
Ainsi prise en flagrant délit de vol et surtout de maladresse et d’infériorité dans la lutte, l'Esquimaude fut huée et dut se sauver bien vite sous sa tente.
Voyant la tournure que prenait l'affaire, et profitant de l'hésitation des deux maris, j'arrachai à ceux-ci leurs couteaux, que je jetai à terre et foulai aux pieds; puis je les forçai à se donner la main et à déposer toute haine, puisque ni l'un ni l'autre n'avait tort.
Ce devoir rempli, je me retirai vers le rivage, en ordonnant aux Dindjié de se disperser ; ce qu'ils firent aussitôt, bien qu'ils fussent protestants et presque aussi voleurs et balailleurs que leurs voisins esquimaux.
Mais je compris, en voyant le regard de haine et de dépit que me lança l'Esquimau, qu'il faut plus qu'une poignée de main pour calmer l’ire d'un homme de leur trempe et de leur caractère.
Mes deux Jean, le grand et le petit, étaient encore moins décidés à partir qu'avant cet incident; mais il était trop tard pour reculer. Je m'assis au milieu du canot et, pendant qu'ils nageaient, escortés des deux pirogues de nos hôtes, je me mis à jouer l'air national français de l'Empire : Partant pour la Syrie, tandis que l’oumiak de famille louvoyait sur la rivière, tirant des bordées à droite et à gauche comme un bateau manié par des femmes sans le secours du gouvernail.
C'était une après-midi splendide que celle du 22 juin 1868. Le soleil rutilait sur le dos de la Peel, qu'il fai-
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sait briller comme un miroir d'Archimède, en renvoyant une chaleur intense. Pas la plus légère brise n’en ridait la surface ; la chaleur était celle d’un four. Nous glissâmes le long de ces bords corrodés et hachés par les glaces, jusqu'à la première bifurcation des bouches de la Peel. Puis, au lieu de prendre le grand chenal de droite qui nous avait amenés du Mackenzie, nous nous engageimes dans le chenal occidental qui longe le pied des montagnes Rocheuses. Les Esquimaux le nomment Niro-kilov-alouk, ce que les Dindjié ont traduit par Nan-tisen-nilen ou le Courant qui longe la terre.
s'est l'Hosky river, ou rivière des Esquimaux des Anglais, le principal chenal de la Peel, celui qui conduit à la mer Glaciale et qui de ce cours d’eau fait un fleuve.
À notre départ du fort Mac Pherson, j'avais été vivement acclamé par toute la population dindjié ou loucheuse, infidèle, protestante ou catholique. Ma détermination avait excité un vif enthousiasme ; on la considérait comme un acte de bravoure dont les conséquences devaient être excellentes pour le bien de la religion, pour l'entente générale et la pacification des Znnoit.
Je ne demeurai pas longtemps sans expérimenter la mauvaise foi de ces nouveaux Carthaginois.
À peine avions-nous pénétré dans la Niro-kilov-alouk que ma pirogue fut subitement entourée par plusieurs krayait montés par des Esquimaux que je reconnus pour être le vieux chef Navikan et ses trois fils Oalik, Pabiana et Kriméona.
Comment ces hommes-là avaient-ils pu nous devrncer, alors que je véxais de parler au grand-homme à l'occasion du différend le Sciækutahyiw? Quel dessein l'avait porté à venir m'attendre et à me barrer le passage si loin du fort et de toute protection? Se souvenait-il encore de la réprimande que je lui avais faite à Anderson, trois ans
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