‹ Les grands GuignolsChapitre 11 sur 34 · RENTRÉE DE MADAME ÜGALDE · texte numérisé non relu

RENTRÉE DE MADAME ÜGALDE

en outre une distinction plus grande, une délicatesse plus exquise, un fini plus merveilleux. Jamais plus charmantes fioritures ne se sont épanouies sur les lèvres d’une cantatrice; jamais traits plus brillants ne sont sortis d’un gosier de rossignol. Je citerai entre autres une gamme descendante d’une rapidité et d’une netteté admirables. A partir de ce moment, chaque phrase de M me Ugalde a été couverte par des applaudissements prolongés. C’est ce qui me dispense de blâmer Couderc d’avoir un peu trop crié dans le duo. Le public s’étant mis de la partie, Couderc aura voulu sans doute avoir raison du public, et puisque le parterre, par ses bravos, l’empêchait d’entendre les réponses de la reine, il a cru, dans l’explosion de sa flamme, pouvoir élever un peu le diapason sans blesser l’étiquette.

Le grand air du troisième acte a été le plus beau triomphe de M m * Ugalde. C’est là qu’elle a pu montrer, au public étonné et ravi, le fruit de ses récentes études. Comprenant, d’ailleurs, l’importance de cette transformation nouvelle que j’appellerai sa seconde manière, et ne voulant rien donner au hasard, elle s’est recueillie avant de prendre son élan, et a voulu

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s’assurer d’abord quelle pouvait faire jouer à son aise tous les ressorts de son beau talent. Cet air a été d’un bout à l’autre un modèle d’élégance, de couleur et de style. M“ e Ugalde nous avait habitués de longue main à cette verve étincelante, à ces fusées de notes, à ces éclairs, à ces surprises dont elle-même ne se rendait pas bien compte lorsqu’elle improvisait ses traits sur la scène et chantait, si j’ose dire, à bâtons rompus. Mais je ne lui soupçonnais pas, je l’avoue, une telle perfection de méthode, un talent si ferme, si égal et si soutenu.

La scène était tellement jonchée de bouquets, qu’on ne pouvait faire un pas sans écraser des tas de roses, de camélias, de pivoines et d’œillets. Si bien que lorsque la reine ordonne à Falstaff de s’asseoir à son bureau et d’écrire sous sa dictée, Battaille, se tournant plaisamment de tous côtés, a fait comprendre à Sa Majesté, par une pantomime digne de Lablache, qu’il ne savait où se placer, sièges, tables, parquet, tout étant encombré de bouquets et de couronnes.

La pièce est enlevée avec un rare ensemble; rien ne traîne, rien ne languit, rien ne tombe. J’insiste sur les qualités de comédienne qu’a déployées M mB ügalde.

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